Campagne de vaccination : l’aiguille n’est pas à l’heure

Retard, dotations jugées trop faibles, difficultés à se rendre auprès de toutes les personnes vulnérables, la campagne vaccinale souffre d’écueils que ne viennent pas arranger les inconnues pesant encore autour du variant. Le point avec le docteur Maxime Jean, infectiologue à l’ARS.

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Malgré les écueils dont souffre la campagne de vaccination sur le territoire, celle-ci suscite de grands espoirs. Encore faut-il que le gouvernement d'un côté, la population de l'autre, entendent les messages des autorités sanitaires. ©D.R

Alors que Mayotte bat chaque jour plus largement tous les records nationaux dans la circulation du coronavirus, le territoire fait figure d’outsider dans la course à la vaccination. « Nous sommes limités par les dotations qui nous sont accordées par le ministère, le nombre de doses est beaucoup trop bas », regrette ainsi le docteur Maxime Jean, infectiologue à l’Agence régionale de santé et « Monsieur Vaccin » de la structure. Pour ajouter à cette mauvaise entrée en piste, rappelons que la campagne a souffert d’un faux départ avec l’arrivée tardive des premières doses et du supercongélateur censé les préserver.

« On a eu du retard par rapport aux autres territoires et notamment aux Outre-mer, mais dorénavant la machine est lancée et ce retard ne devrait pas s’aggraver », veut rassurer l’infectiologue. Dans le même temps, « Dominique Voynet ne cesse de plaider pour que les dotations augmentent », poursuit-il. Avec quels effets ? « On voit que le nombre augmente un petit peu sans que ce soit une évolution majeure. » 2 340 doses sont attendues jeudi 11 février, le même nombre une semaine plus tard, puis le double le 25, correspondant au début de la campagne de rappels. Pour mars, c’est l’inconnue. « C’est encore bien insuffisant. Peut-être que l’évolution inquiétante de la situation incitera à augmenter les dotations mais pour l’instant nous n’en savons rien, ce n’est pas nous qui décidons », déplore Monsieur Vaccin.

« On écoule rapidement tous les stocks »

Autre source d’inquiétude lors du démarrage de la campagne le 25 janvier : le manque d’engouement de la population. « Les quatre premiers jours, ça a eu du mal à prendre. C’est étonnant car d’habitude, la population mahoraise est largement favorable aux vaccins. Je pense que toutes les rumeurs qui ont pu circuler, de la même manière qu’en métropole, ont pour la première fois eu des effets ici », constate Maxime Jean. La bride s’est cependant rapidement relâchée à en croire l’ARS. Et avec un si faible nombre de doses, « on écoule rapidement tous les stocks ». Au 7 février, 2436 personnes avaient ainsi reçu le précieux sérum.

Un privilège ? En principe non puisque « nous vaccinons sans distinction aucune de nationalité ou autre, cela s’adresse gratuitement à toutes les personnes de plus de 65 ans ou à risque », rappelle Monsieur Vaccin. Sauf que… « Les caractéristiques de conservation et d’utilisation du vaccin nous limitent beaucoup pour aller vers les gens, nous essayons de délocaliser au maximum pour couvrir au mieux l’île mais nous sommes obligés de rester en centre. Sachant qu’il n’y a pas de transport collectif, pas toujours de moyen de transport personnel, des difficultés à prendre le taxi notamment durant le confinement, le mouvement des populations vers ces centres est très compliqué, encore plus quand on est une personne âgée ou fragile. C’est le gros écueil de la vaccination à Mayotte », regrette encore le docteur Jean, saluant cependant « le très fort engagement des communes dans cette campagne ».

S’adapter aux réalités du territoire

Alors, puisque « pour l’instant avec le vaccin Pfizer nous ne sommes pas en mesure de proposer la vaccination à domicile par une infirmière libérale ou le médecin de famille », ne serait-il pas judicieux d’utiliser un autre vaccin ? Ou tout du moins de faire de la diversité

Vaccin, covid, Mayotte, Pfizer/bioNtech
Le docteur Martial Henry recevait le 25 janvier sa 1ère dose de vaccin, officiellement la première injection sur le territoire.

dans les fioles ? « Bien sûr. Avec des vaccins qui ont des modalités moins strictes nous pourrions envisager une politique de vaccination plus en adéquation avec le territoire », acquiesce l’infectiologue. « Plus qu’ailleurs, les spécificités du territoire doivent guider le choix du vaccin, Dominique Voynet ne cesse d’essayer de sensibiliser le gouvernement à ces réalités. » Mais ? « Mais ce n’est pas nous qui faisons les arbitrages, c’est assez opaque », lâche Maxime Jean.

Des arbitrages rendus d’autant plus importants que l’explosion de cas à laquelle Mayotte fait face trouve sa cause dans le variant sud-africain, désormais « partout sur le territoire », toutes classes sociales, âges ou sexes confondus. Le vaccin Pfizer serait « raisonnablement », efficace contre le covid mutant découvert dans la nation arc-en-ciel. Celui d’AstraZeneca beaucoup moins à en croire les autorités de ce même pays, qui ont décidé de le bannir de leur arsenal. Moins contraignant et adapté à une population jeune, il aurait pourtant pu ravir l’ARS Mayotte en d’autres circonstances. Le Moderna, plus simple de conservation, serait également efficace contre le variant… Mais n’est pas encore disponible. Et encore faut-il que les autorités centrale décident de son envoi à Mayotte.

Dans l’attente et en dépit de ce mauvais départ, de grands espoirs sont placés dans la vaccination. « Malgré le retard, si on arrive à combiner tous les moyens, protéger les plus vulnérables, limiter la transmission avec le confinement, on pourra espérer éviter une situation complètement ingérable. Mais il faut pour cela que les moyens soient là et que tout le monde joue le jeu », pointe Monsieur Vaccin. Double piqûre de rappel.

G. M.

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