Le vaccin, une petite dose pour l’homme, un grand pas pour la société

C’est un bacoco de bientôt 72 ans qui a encore bon pied bon œil qui s’est fait vacciner sous les flashs et les caméras ce mardi matin. Le discours du président du Département dépasse la valeur symbolique en évoquant la nécessité d’éviter la paralysie de l’hôpital en particulier, et de la société en général.

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Vaccin, covid, Mayotte
Le président Soibahadine, au-delà de l'exemple

Pas très à l’aise avant la piqûre, Soibahadine Ibrahim Ramadani se dit « rassuré » d’avoir la directrice de l’ARS Mayotte à ses côtés. « On ne sent rien ! », lâche Dominique Voynet qui a reçu la 1ère injection lors de la nocturne réservée aux soignants la semaine dernière. « Prévenez-moi quand vous allez piquer ! », ironise même la tête de l’exécutif, alors que l’infirmier avait déjà retiré sa seringue, « mon ami le docteur Martial ne m’avait pas menti, il en redemande même ! ».

C’est plus sérieusement qu’il assurait le service après-vente défendant la vaccination à la fois pour son cas personnel, mais aussi pour la communauté : « En ce qui me concerne, je suis une personne âgée, mon système de défense est donc affaibli, il faut le renforcer par ce vaccin, doublé par le respect des gestes barrière. Deuxième raison, je souffre de maladie chronique, comme beaucoup de mahorais à la suite du changement de notre mode de consommation. Diabète, hypertension, surpoids et même apnée du sommeil sont la conséquence d’une alimentation trop grasse et trop sucrée. Enfin, je suis un homme public, qui multiplie les contacts, et donc le risque. Or, le virus circule plus qu’avant à Mayotte, amplifié par le variant sud-africain. Le contexte est préoccupant, chacun et chacune doit se protéger pour que Mayotte retrouve sa sérénité. A ceux qui hésitent, je dis que c’est une posture dépassée, en protégeant son entourage, on permet la reprise économique et sociale du pays, sans quoi, la paupérisation pointe. » Un discours que complète Dominique Voynet dans un murmure, « et on permet d’éviter la fermeture des écoles ».

La vaccination du président du Département, un nouveau symbole pour l’ARS qui souhaite toucher les plus de 75 ans, dont beaucoup sont encore réticents sur l’île. « Nous avons rencontré les maires ce lundi pour voir comment ils peuvent se mobiliser », nous rapporte Dominique Voynet.

Davantage de candidats au vaccin

La MJC reconvertie en centre de vaccination commence à prendre un rythme de croisière

Le contexte culturel local avec une pharmacopée à base de plantes « médicinales », n’aide pas. En outre, un bon connaisseur de la société mahoraise nous indiquait qu’un parent âgé sera rassuré de se faire vacciner en présence de son fils ou sa fille, surtout si celui-ci ou celle-ci reçoit aussi l’injection.

Mais au vu de la file d’attente ce mardi devant la MJC de M’gombani reconvertie en centre de vaccination, on pressent que l’offre va devoir suivre. Après la 1ère salve de 1.170 vaccins, la 2ème, du même volume, est en cours. Les soignants ont ouvert le bal, c’est désormais le tour des habitants de plus de 65 ans, avec ou sans comorbidité, ainsi que celles considérées à haut risque sans limite d’âge, toutes les personnes au contact des publics fragiles et vulnérables, ainsi que tous les personnels de l’Éducation nationale de plus de 50 ans, enseignants ou non enseignants.

La directrice de l’ARS l’annonce : « Nous accélérons le rythme de livraison des vaccins. La semaine prochaine, nous en recevrons 1.170, la semaine qui suit, le double, et la semaine d’après, le triple, soit 3.510, qui intègre la 2ème injection pour les premiers vaccinés. »

Le Moderna moins frileux

Les 6 doses tirées d’un flacon de Pfizer/BioNtech attendent les candidats

Deux centres de vaccination sont ouverts, la MJC de M’gombani à Mamoudzou, de 8h à 16h, et le CCAS de Pamandzi, de 9h à 16h, ces lundi et mardi, va lui succéder le CCAS de Boueni, les jeudi et vendredi. Il s’agit de toucher les habitants du sud, malgré les contraintes liées au vaccin : « Nous ne pouvons déplacer les flacons qu’une seule fois après les avoir sorties du congélateur. Il faut vacciner dans la foulée. » Un homme se renseigne sur les personnes âgées grabataires ou handicapées qui ne peuvent se rendre en bus vers les centres de vaccination. « Cela va être compliqué actuellement, mais nous avons commandé un autre vaccin, le Moderna, qui reste contraignant, mais peut être stocké à -20°C », lui répond Dominique Voynet.

En amont, il faut continuer à se faire dépister, et à tracer les cas contacts, mais aussi les personnes qui ont contaminé, comme sait le faire Taïwan qui contient l’épidémie, avec 1 seul cas en 8 mois.

L’élargissement du public cible draine de plus en plus de monde

Dominique Voynet clarifie le rôle des centres de dépistage : « Certains sont réservés aux symptomatiques ou à ceux qui sont envoyés par l’ARS, c’est le cas du CHM et des Centres médicaux de référence*. D’autres aux voyageurs, c’est le laboratoire Troalen et le Centre pour voyageurs qui était à l’aéroport, et qui vient de migrer ce mardi à la MJC de Tsoundzou. Enfin, ceux qui sont inquiets sur leur état de santé peuvent aller dans les pharmacies pour des tests antigéniques. Je rappelle que, même si ces tests ont un coût pour la collectivité, ils sont gratuits. »

La MJC se remplit peu à peu. « Je me suis fait vacciner car je suis une personne à risque, et que je rencontre du public », nous indique le trésorier de l’UDAF qui a précédé Soibahadine Ramadani. Dehors, le directeur d’un service public attend son tour, « je suis à risque, et trois personnes l’ont eu dans le bureau. Je n’ai pas envie de finir en réanimation. »

Car du côté des hospitalisations, ça sature, nous rapporte l’ARS, puisque ce lundi, 60 malades étaient admis au CHM pour cause de Covid, et que l’établissement est passé en niveau 2 du plan de gestion des tensions hospitalières.

Anne Perzo-Lafond

* Dzaoudzi, M’Ramadoudou, Kahani et Dzoumogné

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