Issa Issa Abdou : « Quand Mayotte est en danger, c’est la France entière qui est en danger »

"Il faut tirer la sonnette d'alarme", alerte Issa Issa Abdou. Pour le vice-président du conseil départemental, le gouvernement se doit d'être plus attentif au cas de Mayotte avec les dangers que fait planer le coronavirus et son variant sud-africain. Entretien.

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"Même si comparaison n’est pas raison, il faut bien admettre que l’on est moins réactif pour Mayotte que pour les autres territoires comme La Réunion", regrette Issa Issa Abdou.

Le JDM : Comme d’autres représentants du territoire, vous étiez dimanche aux côtés du préfet pour faire le point sur la crise qui nous guette. Quelle est votre analyse au sortir de cette réunion ?

Issa Issa Abdou : D’abord, j’ai trouvé que la méthode était la bonne et il faut la saluer. Avant nous, le préfet s’est entretenu avec les forces vives, notamment les syndicats, et je pense qu’il est nécessaire d’œuvrer ainsi, collectivement. Sur le fond, nous avons partagé trois éléments qui à mon sens devraient guider les décisions à venir. En premier lieu, la nécessité de sauver des vies, évidemment. Ensuite, la nécessité de maintenir une continuité territoriale. Je pense qu’on l’a compris suite à la première vague, à trop vouloir se protéger, on s’est mis en danger, y compris sanitairement. Il était par exemple très compliqué de se faire acheminer des médicaments. Enfin, nous pensons qu’il faut le plus possible préserver l’économie du territoire qui a été touchée de plein fouet quelques mois auparavant.

Je pense que nous partageons le constat qu’il faille s’appuyer sur ces trois piliers là. Maintenant, comment parvenir à ménager ces intérêts, c’est toute la question.

Il semble que l’on s’accorde sur le fait que, pour l’instant, le confinement ne serait pas une bonne chose. Pour autant, avec plusieurs cas avérés de la variante sud-africaine, on s’est dit qu’il fallait tout de même montrer à travers des actes que ce n’est pas un événement anodin. Partant, le couvre-feu n’est pas exclu. Mais je pense que si nous pouvons faire appliquer strictement ce qui est déjà acté, à l’image de l’interdiction des rassemblements de plus de six personnes, nous aurons  bien avancé. Cela a des conséquences immédiates. D’un autre côté, nous avons interpellé le préfet sur le fait que si la population devait faire un effort, il fallait dans le même temps que l’on arrête de laisser rentrer les kwassas sur le territoire comme dans un moulin.

Le JDM : Que vous a-t-il répondu sur ce point ?

I. I. A : Je pense que tout le monde a en tête le fait qu’au vu de la situation aux Comores, et notamment à Mohéli, il faut être absolument vigilant sur la question. Le préfet nous a expliqué que les forces de la LIC avaient un taux d’interception de près de 80% mais que le 100% était difficilement atteignable. Selon lui parce que les Comores ne jouent pas leur rôle au départ. Insistant sur ce point qui ne me paraît pas être une réponse dont on peut se satisfaire, on m’a répondu que c’est au niveau du Quai d’Orsay que cela se joue. Qu’il appartient au ministre des Affaires étrangères de hausser le ton là-dessus. J’ai donc demandé à la députée Ramlati Ali qui était présente et qui est également co-signataire de l’accord-cadre avec les Comores d’interpeller le gouvernement là-dessus. Car on voit bien que cet accord qui comprend des engagements dans la maîtrise des départs de kwassa n’est pas respecté. Je pense qu’il appartient à notre État de droit qu’est la France de rappeler que l’on ne peut pas continuer éternellement à aider un pays qui ne respecte pas les obligations pour lesquelles il s’est engagé. J’espère que cela sera entendu.

Je rappelle, cependant, comme l’a fait Dominique Voynet, que sur les quatre cas avérés de contamination au variant sud-africain, un seul est issu de l’immigration clandestine. On ne peut donc pas faire l’alpha et l’omega sur les beachages.

Le JDM : Concrètement, qu’est-il ressorti de la réunion ?

I. I. A : Que nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! Le danger est réel. Mais la volonté est toute aussi réelle, notamment à travers les maires, de se prémunir le plus possible. Ils ont par exemple décidé d’annuler les différentes cérémonies publiques, mais aussi privées en interdisant les manzarakas. Ils ont aussi convoqué dès lundi matin les notables et les imams pour qu’ils fassent respecter scrupuleusement les protocoles sanitaires sous peine de fermeture immédiate des mosquées. On s’est donc quittés fortement convaincus que chacun allait jouer sa partition. Nous nous retrouverons dans 15 jours pour faire le point sur l’évolution de la situation. Si nous nous apercevons que le risque grandit, alors nous monterons en gamme avec, pourquoi pas, les solutions les plus draconiennes comme le confinement.

Le JDM : Sentez-vous que l’on a tiré des leçons de la première vague ?

I. I. A : Oui, c’est notamment ce que j’évoquais à propos de la continuité territoriale. Il y a eu, lors de cette première vague beaucoup de fausses bonnes idées. Nous sommes sans doute allé un peu vite en besogne en voulant tout fermer, ce qui a été contre-productif à plusieurs égards. En même temps, c’est peut-être cela qui nous a permis de ne pas être reconfinés en même temps que la métropole. Des questions se posent encore, mais je pense qu’effectivement, nous avons plus de recul et de discernement. En revanche, il faut rappeler que la donne est nouvelle sur un point non négligeable qu’est le variant sud-africain. Et personne ne sait réellement comment l’aborder puisque l’on peut douter de l’efficacité des vaccins Pfizer BioNTech. Encore plus de prudence est de mise sur ce point.

Le JDM : Pensez-vous que les dangers que font courir ce nouveau variant amèneront le gouvernement à être plus attentif et réactif au sujet de Mayotte ?

I. I. A : En tant que président du CHM, j’attendais des vaccins qui étaient promis pour le 11 ou 12 décembre. Je constate qu’ils ne sont toujours pas là. J’espère qu’ils seront là le 22 comme prévu mais même là, je ne peux que constater que nous sommes très loin du compte sur les dotations. Même si comparaison n’est pas raison, il faut bien admettre que l’on est moins réactif pour Mayotte que pour les autres territoires comme La Réunion. Cette nouvelle donne que forme le variant devrait au contraire imposer d’être extrêmement attentif au sort de Mayotte. À cette heure, ça n’en prend pas malheureusement pas le chemin, alors que toute la région est attaqué. Il faut tirer la sonnette d’alarme.

C’est pour cette raison qu’il faut continuer d’expliquer qu’agir pour Mayotte va dans l’intérêt de tous. Mayotte attaquée, c’est demain la Réunion, après-demain la métropole. C’est une évidence, comme c’est une évidence entre les Comores et nous. Le virus ne connaît pas de frontière, encore moins dans un même pays. Quand Mayotte est en danger, c’est la France entière qui est en danger.

Le JDM : Une forte coopération régionale sanitaire ne permettrait-elle pas de limiter les risques de propagation ?

I. I. A : Si, bien sûr. Je pense que le député Kamardine a raison d’insister sur ce point. Il doit d’abord y avoir un réflexe humaniste, humanitaire à l’égard de nos voisins, mais au delà de cet aspect, c’est agir pour Mayotte. Une région attaquée et débordée par ce variant, c’est Mayotte encore une fois qui en paye aussi le prix. Oui, bien sûr, faire en sorte que le maximum de nos voisins soient soignés est une manière directe de nous protéger.

Un avion sanitaire a déjà été dépêché et je pense qu’il faut continuer en ce sens, amplifier les efforts.

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