Rentrée des classes, le chemin de l’école barré à Combani

Après un mois de vacances et l’installation d’un calme relatif entre les villages de Combani et de Miréréni, le conflit qui oppose les deux localités a pris un nouveau tournant en ce lundi de rentrée. En barrant les routes d’accès au village très tôt dans la matinée, des habitants de Combani ont complètement paralysé le village. Pas de rentrée donc, pour des centaines d’élèves scolarisés sur place ou y transitant. Ailleurs sur le territoire, la reprise des cours s’est déroulée dans le calme.

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Les grilles, descellées avant le lever du soleil, ont été cachées. De quoi donner du fil à retordre à la gendarmerie pour rétablir la circulation. La Deal est intervenu en fin de journée pour combler les tranchées. ©I.R.M

« Je suis fou de rage ! », tempête Gilles Halbout. Car si, la rentrée s’est « globalement bien passée sur l’ensemble du territoire », impossible pour le recteur de faire l’impasse sur les événements ayant eu cours à Combani dans la journée. Une impasse, précisément, puisque très tôt dans la matinée, des villageois en guerre ouverte contre leurs voisins de Miréréni ont décidé de desceller les grilles des canalisations traversant les routes de leur village. Objectif affiché selon la gendarmerie : « empêcher les élèves de Miréréni de se rendre au collège de Tsingoni ». Résultat, c’est une bonne partie de l’île qui transite habituellement par le village qui s’est également retrouvée bloquée. Tout comme les élèves de Combani eux-mêmes…

Pas de circulation de la journée 

« Les écoles du village sont restées fermées puisque le personnel n’a pas pu y accéder. De leur coté les collégiens et lycéens ont eu beaucoup de difficultés et donc du retard pour gagner leurs établissements », peste encore le recteur de Mayotte. « Je suis outré, mais je ne suis pas le seul, j’ai échangé avec les parents d’élèves de la commune qui sont dans le même état d’esprit. Comme ils disent, les élèves ne sont pas les seuls à qui il faut de l’éducation ! Comment peut-on se permettre d’attenter ainsi à la liberté de circulation ? », s’interroge-t-il comme beaucoup, dépassé par la situation.

À l’image de la gendarmerie qui, malgré sa présence, n’aura pas pu rétablir la circulation de la journée. « Nous nous sommes retrouvés empêchés du fait de contraintes techniques. Avec des barrages classiques nous aurions pu dégager la route mais là il s’agit de tout autre chose. Les grilles qui ont été enlevées ont été cachées pour qu’on ne puisse pas les remettre en place », explique-t-on chez les forces de l’ordre. En fin de journée, une solution semblait tout de même avoir été trouvée aux côtés de la Deal, laquelle comptait « effectuer des travaux de comblement ». Soit boucher les tranchées béantes. Et si des voix, à l’instar de celle du recteur, se sont élevées pour appeler à la fermeté à l’égard des auteurs de ces actes, « nous sommes plutôt, dans l’immédiat, concentrés sur le rétablissement de la circulation », admet la gendarmerie. Sans exclure totalement d’éventuelles poursuites judiciaires.

Une rentrée dans le calme sur le reste du territoire 
En septembre, des jeunes brûlaient une quinzaine de voitures à Combani, et endommageaient plusieurs installations (Photo IRM)

Un travail qui ne devrait pas exiger de dépêcher les plus fins limiers de France puisque des habitants ont revendiqué leur geste. Officiellement pour réclamer la création d’un cimetière dans leur village. Dans leur conflit avec Miréréni, les habitants de Combani s’étaient en effet vu refuser le droit d’enterrer leurs morts dans le cimetière du village voisin – et ennemi. « Mais les motifs sont multiples, un jour c’est pour cette raison, demain ça peut être pour autre chose », considèrent les militaires, postés depuis des semaines entre les deux villages. Quoi qu’il en soit, « les solutions relèvent du seul maire de la commune », jugent-ils. Il semblerait à ce titre que la mairie soit en voie d’accéder à la demande de création de cimetière. Suffisant pour que cette portion de route repose, enfin, en paix ?

Et c’est en paix, justement, que s’est déroulée la rentrée ailleurs sur le territoire. « Absolument aucun incident n’est à déplorer », relève la gendarmerie nationale qui avait déployé un dispositif d’envergure pour l’occasion. « Cela s’est passé dans le calme, commente également Gilles Halbout, mais il faut continuer à être vigilants sur la sécurité comme sur la santé. » Sur 185 écoles, 5 n’ont pas ouvert leurs portes, comme celle de Mtsamoudou, où les sanitaires manquaient encore à l’appel. Concernant le second degré, des modulaires doivent encore arriver au collège de Bandrélé et au lycée Bamana pour gagner un peu d’espace. Et de temps, puisque l’immobilier est affiché comme priorité du rectorat. « Il y a encore du chemin mais nous sommes dans la bonne voie », résume le chef de l’académie. Gageons qu’elle soit plus libre que celle de Combani.

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