Avec la nouvelle année, un nouveau départ pour les sauveteurs en mer

Si 2020 a illustré la grande difficulté dans laquelle se sont trouvés les bénévoles de la société nationale du sauvetage en mer (SNSM) de Mayotte, 2021 semble définitivement acter un renouveau. Bloqués à quai, les sauveteurs pourront désormais reprendre la mer et les secours qu’ils y prodiguent grâce à leur nouveau bateau. Un navire qui embarque avec lui autant de nouvelles missions que d’ambitions. Le point avec Thibault Demonet, secrétaire adjoint de la SNSM 976.

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Le Tamani, attendu pour la mi-janvier est le plus gros semi-rigide de la la SNSM nationale.

J. D. M : Cette nouvelle année commence avec une bonne nouvelle pour les usagers du lagon puisque votre bateau de secours doit arriver mi-janvier. Quelles en sont les caractéristiques ?

Thibault Demonet : Les choses ont effectivement bien avancé depuis les difficultés que nous avons pu connaître en 2020. D’abord, le Tamani doit effectivement arriver mi-janvier. Un nom shimaoré signifiant le désir, le souhait et qui traduit notre volonté, en tant que station mahoraise, de montrer notre engagement pour l’île, pour les Mahorais et avec eux.

Le Haraka avait rendu l’âme et nous empêchait de travailler correctement depuis deux ans. L’arrivée du Tamani est donc bien un renouveau pour nous. Il s’agit d’un bateau de neuf mètres de long, équipé de deux moteurs de 300 chevaux. Avec sa coque en aluminium, c’est le plus gros semi-rigide de toute la flotte nationale de la SNSM. Ceci pour répondre aux particularités de Mayotte : il nous fallait un bateau qui puisse accéder aux lieux d’intervention jusqu’à 80 cm de profondeur, ce qui est évidement impossible avec un gros bateau comme celui de la gendarmerie. Il nous fallait également un moyen d’intervention dans et en dehors du lagon, avec une capacité de déplacement rapide puisque nous n’avons qu’une station sur le littoral.

En dehors du bateau en tant que tel, le Tamani est aussi très spécifique dans le sens où il est le seul présent pour les secours. Ce qui l’amène à faire tant des missions à proximité du littoral qu’au large, jusqu’à 20 milles nautiques (Environ 40 km, ndlr).

J. D. M : Dans quelle mesure vos missions vont-elles évoluer avec ce nouveau bateau ?

T. D : Il y a d’abord le secours à personne. Nous avons beau être une association, c’est une mission extrêmement professionnelle, menée sous la direction du Cross Réunion [Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage]. Nous avons maintenant un navire qui arrive, muni d’un radar, qui a également la capacité de recevoir deux personnes en position dorsale pour recevoir des soins. Nous aurons également des motopompes pour évacuer l’eau des cales etc.

Pour faire tout cela de manière professionnelle, il faut que le personnel soit formé. Nous avons donc deux patrons qui reviennent du pôle national France de Saint-Nazaire et qui ont été formés au pilotage très particulier dont nous avons besoin pour nos missions. Par ailleurs, quand le Tamani arrivera, le constructeur viendra également former les équipiers à la prise en main de ce bateau très spécial.

Ensuite, il faut aussi que les équipiers soient formés aux premiers secours. Nous avons ainsi mis en place des formations sur le secours à personne et la prise en charge primaire. L’arrivée du bateau est donc une grande nouvelle, mais pendant tout ce temps, nous avons aussi travaillé sur ces problématiques, ainsi que celles liées à l’éloignement de l’île, du turn-over, du manque de formateurs sur place etc. C’est donc tout cela que nous avons construit pour 2021: l’arrivée d’un bateau, du personnel formé, du matériel, des partenaires et une chaîne de secours pensée pour Mayotte.

Les sauveteurs bénévoles de Mayotte en intervention avant d’être dépourvus de moyens nautiques

J. D. M : Justement, comment va s’intégrer votre action avec celles des différents acteurs locaux ?

T. D : Je sors d’une réunion avec le Centre hospitalier de Mayotte qui a toujours fait parti de nos partenaires. À l’époque, il nous fournissait tout le matériel d’intervention comme les défibrillateurs etc. Nous renouvelons donc ce partenariat très précieux, tant au niveau de matériel qu’au niveau des enseignements qu’il peut nous prodiguer au niveau de la patientèle spécifique à Mayotte. Puisqu’on le sait, dans le cadre de l’immigration clandestine, on peut par exemple retrouver en mer des personnes polytraumatisées venues se faire soigner sur le territoire. Nous renouvelons également avec le CHM un partenariat sur le SMUR maritime. Au delà du secourisme que nous faisons en interne, il s’agit là de partir avec médecins et infirmiers à bord.

Enfin, pour arriver au centre hospitalier, il nous faut bien une ambulance à quai. Ce qui nous amène à travailler avec les pompiers du Sdis.

Il y a dans ces différents partenariats un objectif avant tout humain, permettant que les intervenants des différents services se rencontrent, puissent travailler en bonne intelligence etc. Mais il y a aussi un autre aspect, plus professionnel, qui permet de déterminer les compétences de chacun. Par exemple, il nous faut une convention avec le Sdis pour pouvoir emmener des pompiers sur une plage difficilement accessible par la terre. Tout cela est très réglementé et nous devons donc identifier clairement les prérogatives des uns et des autres, tant pour être dans les clous juridiquement que pour être le plus efficace possible sur le terrain.

J. D. M : À l’image des évacuations sanitaires, ces partenariats ont aussi un intérêt économique…

Sainte clotilde, cardiologie, Mayotte, CHM, Dominique Voynet, ARS, David Izzo
Un partenariat étroit avec le CHM

T. D : Tout à fait. Je rappelle cependant qu’aucun bénévole ne reçoit le moindre euro. En revanche, récolter des fonds par l’intermédiaire de partenariats ou du mécénat nous permet d’acheter le matériel qui est très couteux, d’entretenir le bateau, d’organiser des formations etc. Dans ce cadre, nous envisageons par exemple une convention avec le CHM pour organiser le transfert de patients entre Petite et Grande-Terre durant la nuit plutôt que de mobiliser une barge. L’objectif est bien entendu de prodiguer le meilleur service de secours possible, tout en garantissant la sécurité de nos équipiers, mais aussi de rendre pérenne l’association car ces secours là sont gratuits.

J. D. M : N’est-il pas incroyable d’avoir du tant se battre sur une île pour obtenir un moyen de secours en mer ?

T. D : C’est un travail de longue haleine qui aboutit et que l’on a mis en place il y a quatre ans de cela quand nous avons commencé à nous battre pour le renouvellement du bateau. Certes il y a encore beaucoup de choses à faire mais je préfère voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Quand on connaît Mayotte et les différentes difficulté auxquelles elle fait face, on ne peut que se satisfaire d’en être déjà arrivé là.

Le combat a été dur, il a fallu se battre mais on y est arrivé. Allons donc plutôt vers le positif et continuons à expliquer ce que nous faisons pour répondre aux mieux aux besoins du territoire.

Beaucoup de choses positives se sont passées en quatre ans. Par exemple nous étions alors guidés par un Cross en métropole qui ne connaissait absolument pas le lagon et dorénavant nous le sommes depuis La Réunion d’où l’on connaît mieux la zone. Nous avons aussi mis en service un dispositif qui nous permet de savoir quels équipiers sont immédiatement disponibles de manière à pouvoir constituer un équipage dans les 15mn. Les choses avancent. Et s’il y a des lacunes à Mayotte, il y a aussi des trésors, à commencer par la solidarité. C’est la chance de Mayotte cette solidarité que l’on ne retrouve plus en métropole. On le voit bien quand un pêcheur ne revient pas, les autres vont le chercher en barque avec une lampe à huile. C’est beau à voir.

J. D. M : Quels sont les prochains chantiers prioritaires pour la SNSM 976 ?

T. D : La suite logique serait la surveillance des plages comme cela se fait ailleurs dans le pays mais on va y arriver. Nous avons aussi besoin en urgence d’un local pour stocker en sécurité notre matériel d’intervention et faire des réunions. Si on nous vole notre motopompe, les bateaux resteront en train de couler. Notre rôle d’association est aussi de continuer à faire de la prévention, d’organiser des rencontres, de sensibiliser aux dangers de la mer.

J. D. M : Le mot de la nouvelle année ?

T. D : Nous sommes prêts, le secours à personne va reprendre et de manière encore plus efficace, plus professionnelle. Et pour que tout cela perdure il nous faut du monde, des partenaires et une bonne logique de travail. Mais tout cela est extrêmement positif. Ça nous stimule, nous donne envie d’aller plus loin pour se battre pour le collectif, se mettre au service des Mahorais et des gens de la mer au sens large.

Propos recueillis par Grégoire Mérot

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