L’INSEE publie tardivement un PIB 2018 en berne marqué par la crise sociale

Vous avez bien lu le PIB 2018 ! Cette évaluation de la richesse dégagée par le territoire deux ans après n’est plus très intéressante, surtout que ce n’est pas une bonne mouture avec une petite hausse de 3,2%.

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INSEE, PIB, Mayotte
Peu de production de richesse en 2018, hormis les services publics

Alors qu’en juin dernier, La Réunion prenait connaissance du montant de son PIB (Produit Intérieur Brut) 2019, l’INSEE, qui chapeaute les deux départements français de l’océan Indien, vient de livrer la mouture 2018 pour Mayotte. Pourtant ces dernières années nous avons enrichi notre panel statistique de tout un tas de graphiques et de tableaux, commençant à rattraper notre retard dans ce domaine, celui du PIB (l’activité d’un territoire), se laisse encore désirer.

Il démarre avec une mauvaise nouvelle ce bulletin sur le PIB 2018, année du grand mouvement social : il n’augmente que de 3,2%, contre 7,5% l’année précédente. « Des mouvements sociaux en début d’année ont entraîné la paralysie de l’île, réduisant fortement l’activité économique pendant plusieurs semaines. » L’INSEE note une forte hausse du chômage au deuxième trimestre 2018, qui atteint 35 % (+ 5 points en un an). Mais on sait aussi qu’à Mayotte, le chômage répond aux variations du halo, ceux qui sont en recherche de travail sans s’être déclaré, et qui officialisent de plus en plus leur situation.

Les créations d’entreprises reculent de 18 %, et les entrepreneurs déclarent être prudents sur les perspectives d’activité.

La faible augmentation du pouvoir d’achat des ménages, +0,7% en 2018, « soit un rythme cinq à six fois inférieur aux années précédentes », est à mettre en lien avec la fin de la mise en place de l’indexation de 40% des salaires des fonctionnaires. Qui représentent près des trois-quarts des salaires versés à Mayotte. L’indexation était étalée sur plusieurs années, jusqu’en 2017. En conséquence, le revenu disponible brut par habitant ralentit de moitié, et comme la forte croissance de la population impose de se partager le même gâteau mais à plusieurs, la richesse par habitant a cru faiblement.

La consommation des ménages n’est plus la locomotive

A la stagnation du PIB de Mayotte correspond à un redressement dans le reste de la France en 2018

D’autre part, les salaires versés par les collectivités territoriales reculent, en lien notamment avec la baisse du nombre de contrats aidés pour lesquels la masse salariale a été divisée par deux entre 2017 et 2018.

Les moteurs de la croissance à Mayotte en 2018 n’ont pas changé mais ont inversé leur position. Sur la 1ère haute marche du podium, loin devant les autres, les services fournis par les administrations publiques, l’éducation et la santé, représentent 61% du PIB, contre 23% au national. Habituellement 1ère contributrice de la croissance du PIB, la consommation des ménages arrive en 2ème place, avec +2,1% de croissance en 2018, contre +9,5% l’année précédente, toujours en lien avec la baisse du pouvoir d’achat.

Et quand on consomme moins, on importe mois, induisant la 1ère bonne nouvelle du bulletin de l’INSEE : la balance commerciale est moins déficitaire ! Mais nous restons très dépendants aux importations, « le déficit du commerce extérieur représente 27 % du PIB. »

La vraie mauvaise nouvelle du côté du front social et de ses 5 semaines de blocage, c’est la secousse provoquée sur le faible tissu économique de l’île : la valeur ajoutée dégagée par les sociétés ralentit nettement et « augmente sept fois moins vite que l’année précédente (+ 1,3 % en 2018 contre + 9 % en 2017) ». Ce qui a réduit leur marge, « leur excédent brut d’exploitation recule de 15 %. »

Les ménages sont parvenus à créer de la richesse, +5,6%, c’est la 2ème bonne nouvelle de ce PIB. La moitié par le paiement des loyers, l’autre, par des entrepreneurs individuels qui exercent dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, de la santé et de la construction, en réponse à la forte croissance démographique.

Pour une meilleure analyse des acteurs de la croissance et leur évolution, une publication plus rapide du PIB serait la bienvenue.

A.P-L.

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