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mercredi 19 janvier 2022
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Le Collectif des citoyens demande des comptes au Syndicat des Eaux

La coupe est pleine, juge le Collectif de citoyens d’Estelle Youssouffa pour évoquer les errements du Syndicat Mixte de l’Eau et de l’Assainissement (SMEAM). D’un côté la Chambre des comptes pointe des milliers d’euros, voire des millions, dépensés sans compter, d’un autre, les habitants voient leurs robinets coupés 24h chaque semaine. La menace d’une action en justice est brandie.

Nous aurions pu intituler cet article, « Le cave se rebiffe », mais si cette saga ressemble à un film, les dialogues ne sont pas d’Audiard. Pourtant, il illustrerait à merveille la menace d’un Collectif de citoyens de Mayotte, se rebellant contre les abus d’élus du territoire en leur demandant des comptes : « Nous sommes des clients, des administrés, des contribuables et des citoyens en colère, privés d’eau et rançonnés par des factures hors de prix. Nous, Mahorais de base, ne sommes pas des pigeons : nous allons en justice pour que le braquage du siècle du SMEAM s’arrête et que l’on respecte notre droit fondamental à l’eau. »

Les rapports de la Chambre régionale des Comptes (CRC) vont leur fournir des biscuits. La gestion y est successivement pointée du doigt, que ce soit le rapport du 8 octobre 2020 qui reproche « l’absence de production du compte de gestion à la date d’adoption du compte administratif, l’absence de comptabilité d’engagement fiable, etc. ou celui du 20 août 2020, qui souligne que « la trésorerie manquante pour régler les factures est de plus de 23 millions d’euros », auxquels il faut ajouter 15 millions d’euros d’emprunts à la BFC.

En mars 2017, Ericka Bareigts signe un plan urgence eau en pleine pénurie

Le résultat de voyages et de frais téléphoniques hors de proportion, un train de pacha mené sous la présidence de Mohamadi Bavi. Entre 2013 et 2017, la masses salariale a quasiment doublé, et la productivité a chuté de 50%… De là à en déduire que les travaux à mener sur la production d’eau potable en ont souffert… Ils étaient sans doute trop occupés au téléphone, puisque les factures se montaient sur un an à 63.000 euros pour 117 abonnements, dont 5.400 pour l’un.

En conséquence, le Collectif a engagé un cabinet d’avocats, Devers, « pour demander les justificatifs administratifs et légaux des opérations et dépenses du SMEAM comme la loi nous y autorise. Nous irons jusqu’au bout de cette démarche légale et porterons l’affaire devant les tribunaux si les réponses adéquates ne sont pas fournies, si des pratiques délictueuses apparaissent. » Il se base pour cela sur le Code des relations entre le public et l’administration qui donne la liberté d’accès aux documents administratifs.

Tout incident ne serait pas fortuit

Signature du nouveau contrat d’affermage entre Vinci et le Syndicat des eaux en début d’année 2020

Sont demandés entre autre, le contrat de progrès signé avec l’Etat en août 2018, le marché d’assistance à communication d’un montant de 400.000 euros, jugé superflu par la CRC, les délibérations prises en matière de voitures de fonction, les délibérations autorisant des missions hors Mayotte pour 188.000 euros de frais et de 53.000 euros de billets d’avion, d’un voyage à Pondichéry (Inde) en octobre 2018 occasionnant 25.000 euros de dépenses, d’un déplacement en décembre 2018 pour dix élus et le directeur de cabinet aux « Entretiens territoriaux de Strasbourg », pour près de 22 000 euros hors billet d’avion, et de 2,2 millions d’euros de travaux à bons de commande avec une entreprise de la place pour l’entretien de réseaux publics de collecte, etc.

Des demandes d’éclaircissements aussi sur la somme de 1,9 million d’euros que le précédent président a versé à Vinci, avec lequel il avait soit disant engagé un bras de fer. Que le syndicat ait une dette de 12 millions d’euros envers la multinationale, c’est une chose, mais qu’il aggrave le trou de trésorerie du syndicat au point de risquer de ne plus pouvoir payer les salaires, c’était le pompon, indiquait le nouveau président Fahardine en septembre dernier. C’est la préfecture qui avait dû reprendre la main pour engager 100% des investissements en 2020.

La période des travaux de rehausse de la retenue de Combani, en pleine pénurie d’eau, est aussi questionné.

Nul doute que le contrat d’affermage entre le SMEAM et Vinci sera abordé au cours des échanges, jadis très favorable au second, il devait être renégocié pour un meilleur équilibre.

En référence à des « incidents » qui se sont produits en réponse aux justificatifs demandés, le Collectif met en garde, « personne n’admettra qu’un nouveau cambriolage inopiné, un incendie subi ou la destruction pseudo accidentelle des preuves survienne pour empêcher la vérité d’éclater. »

Anne Perzo-Lafond

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