Gaz du Mozambique : quels secteurs bénéficieront de la « base arrière » ?

Alors que les dernières négociations sont menées, nous avons fait le point sur les attentes légitimes de Mayotte sur un projet qui affiche ses dizaines de milliards de dollars autour du gaz naturel liquéfié.

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Des installations françaises à proximité de l'exploitation (extrait du dossier développement gazier au Mozambique)

C’est dans les prochaines semaines que l’entreprise Technip FMC, spécialisée dans le management de projet, doit donner ou non son aval pour positionner Mayotte au sein du projet gazier du Mozambique. Découvertes au début des années 2010, les vastes réserves sous-marines au large des côtes nord du Mozambique sont estimées à 5000 milliards de m3, susceptibles de faire de ce pays le 4ème exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).

Le montant des investissements dans une des régions les plus pauvres du monde semble pharaonique par rapport au niveau de vie des populations, plus de 50 milliards de dollars sur les seuls projets gaziers d’ENI, Total et Exxonmobil, et donc davantage en prenant en compte l’ensemble des investissements. C’est là que Mayotte a une carte à jouer. Mais de quel ampleur ?

Pour l’évaluer, nous sommes partis du projet global, pour regarder dans le détail des services qui pourraient être rendus ici.

L’objectif pour Total, ENI et Exxon, est d’aller chercher une des plus grande réserve de gaz au monde à 60km des côtes nord du Mozambique, au large de la baie de Palma, et à 2.000 m de profondeur. Et de le ramener à terre. Pour cela, plusieurs dizaines de forages en dérivation seront effectuées en mer, nous informe un spécialiste du dossier si sensible, qu’il souhaite rester anonyme. Des gazoducs sous-marins seront installés notamment par la société Technip FMC, qui avait dépêché des émissaires à Mayotte le mois dernier. Ensuite, le gaz sera acheminé à terre, pour être traité dans une usine de liquéfaction actuellement construite par un consortium de sociétés dirigé par la société d’ingénierie italienne Saipem. Cette phase qualifiée de « onshore », « où tout se passera au Mozambique », est exécutée en parallèle d’une phase « offshore », mené par technip FMC de travaux en mer.

Tout doit être prêt pour 2024, année de début d’exploitation du gaz par la société Total. Concernant la phase offshore, elle fera intervenir une trentaine de navires, et sollicitera donc des services extérieurs, pourquoi pas à Mayotte, notamment lors de la rotation des équipages et du transit des équipements. Le préfet Jean-François Colombet a mis en place une Task force depuis plusieurs mois pour mettre en avant les capacités de notre territoire. Le port de Longoni est en première ligne.

Une grue migratrice

Elisabeth Brone, Jean-Baptiste Djebarri, Mayotte, Longoni, DSP, MCG, Grand Port Maritime
Le quai n°1 à Longoni serait dédié au projet, libérant le n°2 (en haut à droite) pour l’exploitation habituelle du port

Il s’agit en effet d’accueillir les navires, de les charger en matériels entreposés à Longoni et de faire transiter les équipages en rotation, afin de les acheminer ensuite vers l’aéroport. « Les besoins portent sur un port en eau profonde et un espace de stockage disposant des standards modernes et de sécurité », explique notre interlocuteur. On sait que le quai numéro 1 est sollicité, et que des travaux doivent y être menés, en raison de son état, qui implique un fonctionnement actuellement en « mode dégradé », selon l’expression d’un ancien préfet qui en avait pourtant maintenu l’exploitation. L’état des lieux aurait été revu à la hausse depuis selon un récent diagnostic moins alarmiste, mais les travaux doivent être menés, « il doit être prêt en octobre 2021 », avait indiqué Jean-François Colombet.

En outre, et dans le cas où des containers devraient être manutentionnés, le quai 1 n’est pas doté de grues, « sur le quai 2, deux sont en permanence utilisées, et leur taille pourrait être trop importante pour les besoins des industriels. Une grue plus adaptée pourra éventuellement être amenée de l’extérieur. »

Outre le quai, des points sont en négociation, comme la « mise en place d’une zone franche, pour répondre aux problématiques douanières ». Si les problèmes de gouvernance du port par MCG ne les concernent pas ouvertement, ils pourraient néanmoins déteindre sur la suite des opérations. D’ailleurs, il pointe des négociations sur les tarifs portuaires, « les coûts globaux sont comparés avec les ports de la région », comme Pemba la ville portuaire chef lieu de la province de Cabo Delgado, zone d’exploitation du gaz. Il s’agit aussi de mettre en place des visas de transit, « inexistants actuellement à Mayotte ».

Le couvert sans le gîte

Les installations du projet gazier de Total

L’hôpital aussi pourrait être sollicité, mais de manière marginale, selon lui, « un maximum d’une trentaine de personnes solliciterait ses services par an. » Jusqu’à présent les sociétés qui travaillent sur cette zone envoyaient leurs blessés en Afrique du Sud, « mais elles cherchent le risque zéro et les standards européens. »

Il s’agirait donc surtout d’acheminer du personnel du port à l’aéroport, et d’en assurer le gîte et le couvert. Pour le premier, les capacités hôtelières de Mayotte sont insuffisantes, incitant l’opérateur à « installer une base vie avec 40-60 lits ». Et pour la restauration, les besoins seront à couvrir sur Mayotte, « Technip FMC lancera un appel d’offre ».

Outre ces problématiques internes à notre île, au Mozambique les problèmes à surmonter sont aussi de taille sur un projet que certains ne voient pas d’un bon œil. Notamment en raison de l’émission de gaz à effet de serre que vont induire les trois projets gaziers. Mais aussi, en défense du sort des population de Cabo Delgado, rapporté par l’association « Les amis de la terre », « L’insurrection, prétendument reliée à l’Etat islamique et à Al-Shabab, s’est construite sur un enchevêtrement de tensions sociales, religieuses et politiques, exacerbées par l’explosion des inégalités et les violations des droits humains liés aux projets gaziers ». (Lire De l’eldorado gazier au chaos (les amis de la terre france)

Revenons à Mayotte. Bien qu’un nombre restreint de secteur soit sollicité, les retombées seront à la mesure des services que Mayotte sera capable de mettre en avant. Le projet sonne comme un défi pour le territoire, et représentera un nombre non négligeable d’opportunités pour les entreprises mahoraises sans compter bien sûr les retombées pour l’activité portuaire et aéroportuaire, comme le souligne notre interlocuteur, « nous sommes vraiment partis de zéro », mais des défis à relever néanmoins pour assurer dans le futur, met-il en avant, « deux ou trois ans après, Exxon fera la même démarche pour son exploitation de gaz naturel liquéfié. Mayotte pourra alors candidater, forte de son expérience. »

Anne Perzo-Lafond

1 COMMENTAIRE

  1. la seule a vraiment profiter de cette manne financière sera IDA NEL ,et si les gaziers lui imposent des tarifs bas ,pour compenser elle augmentera les tarifs portuaires sur les imports destinés aux commerces et entreprises Locales comme elle l’a déjà fait pour attirer les compagnies maritimes en transbordement.

    Bilan ce seront les consommateurs ,entreprises,commerces et contribuables qui paieront la compensation des bas tarifs pratiqués pour les exploitants gaziers du Mozambique et qui supporteront les augmentations tarifaires du port !

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