Icare dévoile les armes de la « continuité pédagogique »

A l’issue du confinement, une étude nationale a mis en lumière les méthodes déployées par les enseignants pour a minima garder un contact pédagogique avec leurs élèves. Mayotte a eu son propre sondage grâce à l’institut Icare, qui mériterait d’être élargi et approfondi.

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Icare, continuité pédagogique, Mayotte
Relever le niveau du numérique, en matériel et en capacité d'utilisation, un défi à ne pas lâcher à Mayotte (Images d'archives d'une médiathèque)

La chape de plomb* qui est tombée sur la France le 17 mars 2020 a généralisé voire engendré, tout un tas de notions qui n’étaient pas destinées au plus grand nombre. La « continuité pédagogique » tentait de renouer le cordon ombilical entre prof et élèves isolés chez eux, quand les « vacances apprenantes » devaient atténuer la perte d’apprentissages.

Du côté des élèves, des évaluations nationales du CP à la 6ème de septembre, livraient une baisse globale des acquis sur l’ensemble du pays, et des différences entre les milieux sociaux, montrant sans surprise que le confinement les avait creusés.

Il est donc intéressant de savoir ce que les enseignants ont mis en place dans le cadre d’une « continuité pédagogique », qui s’est avérée pour certains n’être qu’un fil ténu. Dans le cadre d’un questionnaire adressé à des enseignants du 1er et 2nd degré de métropole et d’outre-mer, l’Institut Icare, en partenariat avec l’INSPE de La Réunion et le Centre universitaire de Mayotte, publie un rapport d’enquête préliminaire, sous la plume de Gaëlle Lefer Sauvage, Sylvain Genevois & Nathalie Wallian. L’objectif était d’appréhender le vécu des enseignants de Mayotte en période de confinement et la manière dont ils avaient adapté leur enseignement à distance pour assurer la « continuité pédagogique ».

Leurs réponses sont mises en perspectives avec les données nationales. A Mayotte, ce sont 219 enseignants qui ont répondu, c’est peu, sur 6.000 effectifs au total (premier et second degrés), soit 3,5%. L’échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble des enseignants puisque figure peu le 1er degré (2,3%), pourtant à grande majorité originaire du territoire. On peut donc penser que le fossé avec le reste du pays est plus marqué que ne le fait apparaître l’étude, notamment sur les équipements numérique et leur utilisation. La proportion de contractuels et de titulaires est à peu prés équivalente, 35% ont plus de 11 ans d’enseignement.

Les manuels scolaires numériques et papier autant utilisés

Le recteur Gilles Halbout s’était exprimé sur l’impact de la fracture numérique pendant le confinement

Une fois dépassée la gymnastique de l’écriture inclusive qui ralentit le débit de lecture, il se révèle être malgré tout un document intéressant sur le fonctionnement des enseignants sondés.

Sur 23 pages, on y lit le profil des enseignants confinés, en grande majorité à domicile, mais ils sont presque deux fois moins à être avec leurs enfants que ceux du reste du pays, plus en sécurité que désorientés au début du confinement, toujours en comparaison de leurs homologues.

Le point crucial étant les outils utilisés, on apprendra que ce sont en tête, et comme sur les autres enseignants du pays, l’ordinateur portable (81%) et le téléphone avec Internet (66%) qui sont dégainés à domicile comme usage professionnel. C’est de manière identique la messagerie électronique qui est la plus sollicitée des applications numériques, 89%, et l’Environnement Numérique de Travail (ENT, 42%). Les services majoritairement mobilisés au quotidien par les enseignants mahorais sont les emplois du temps en ligne (69,4%), la gestion des absences en ligne (77,2%), le cahier de textes numérique (57,1%).

Les ressources proposées par des sites académiques sont sollicitées à 62%, contre 51% sur le plan national. A souligner, les manuels scolaires version numérique seraient davantage utilisé à Mayotte 34% (contre 28%), alors que leur version papier est sollicitée dans la même proportion, 32%. Par contre si l’envoi ou la réception des devoirs s’est fait massivement par messagerie, 82%, il l’a également été sur support papier, à 38%, contre 18% en métropole, un signe de fracture numérique chez les élèves. Ils ont été 38% à mutualiser leurs cours avec d’autres enseignants (28% en métropole. »

La plupart des enseignants mahorais enquêtés considèrent que « le numérique ne remplace pas l’enseignant », 88,1 %, ils sont 80% sur le reste du pays.

Gain d’autonomie pour l’élève ou isolement… les impacts divergent

Les bornes wifi à Koungou, alimentées par photovoltaïque

A la question « Pendant le confinement, avec qui échangez-vous pour pouvoir travailler à distance ? », seulement 34% répondent « avec les élèves » contre 55% au national.

Des enseignants bien conscients des enjeux puisque 87% d’entre eux estiment que l’enseignement à distance engendré par le confinement risque d’aggraver les inégalités entre les élèves. A 66% ils estiment néanmoins que cela peut développer l’autonomie des élèves, et pour 48%, maintenir une présence à distance auprès des élèves.

Les principal obstacle à cette continuité pédagogique, encore plus à Mayotte qu’ailleurs, c’est « le manque d’équipement informatique des familles », à 96% (66% au national), et le risque d’accroitre la fracture numérique (53%, contre 35%).

Le confinement a touché une île où 40 % des habitants vivent dans une maison en tôle au confort rudimentaire, où ils détiennent moins souvent des équipements électroménagers ou numériques. « Seuls 17 % des ménages disposent d’un accès haut débit à leur domicile, soit quatre fois moins qu’en métropole. De fait, le suivi d’une scolarité à distance est difficile, d’autant plus que beaucoup de jeunes ne peuvent pas être aidés par leurs parents : 70 % des enfants mineurs ont des parents sans diplôme, contre 11 % en métropole », nous expliquait l’étude INSEE sur les conditions de confinement à Mayotte.

Face à cette difficulté, le rectorat a mis en place des stratégies de contournement : distribution de livret de cours par les écoles et les mairies, et programme Nation apprenante avec des cours sur les deux chaines de TV publique et privée. Des associations comme Caritas France-Secours Catholique ont mis en place des aides à la connexion en nombre pour les lycéens.

Bien qu’étant sous-équipée, Mayotte peut mettre en place des solutions pour dépasser ce faible taux de 17% de connexion au haut-débit. Des communes avaient montré l’exemple à l’image de Koungou qui a installé il y a 6 ans des bornes wifi pour tous dans la commune.

Consulter le Rapport d ‘enquête enseignement

Anne Perzo-Lafond

* Mayotte était confinée du 16 mars (comme en métropole) jusqu’au 25 mai 2020 pour le premier degré (et jusqu’au 1er juin pour le secondaire)

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