Et toujours des agressions nocturnes sur les routes…

Les nuits se suivent et continuent à se ressembler sur les routes de Mayotte. Des voyous érigent des barrages ça et là, pour prendre les automobilistes au piège. Le commissaire Halm mise sur la proximité en journée pour apaiser le quartier de Kawéni. Reste à renforcer les patrouilles de nuit sur l’ensemble des zones.

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Des violences qui nécessitent une présence continue des forces de l'ordre de nuit (Image d'Archives)

Les échos des exactions se font de plus en plus faibles, les noctambules n’osant plus trop se risquer sur les routes. Ce samedi, c’est un automobiliste qui nous indiquait s’être fait méchamment caillasser à Kawéni, et ce lundi soir, un autre qui signalait un barrage enflammé dans le même quartier du côté de l’Espace Coralium, proche des pompiers.

En zone gendarmerie, le secrétaire du syndicat des transitaires du port de Longoni, nous rapporte que dans la même nuit de lundi à mardi, à l’entrée de Koungou en venant de Mamoudzou, « un nouveau type de barrage a été mis en place par les voyous pour racketter et agresser les automobilistes et autres véhicules ayant le malheur de vouloir rentrer chez eux :  des barrières de chantier disposées sur la route avec un engin de travaux public de type « BOBCAT » », un matériel conséquent à déplacer…

Toujours dans la même soirée, vers 18 h 30, il rapporte que la femme et les enfants d’un professeur de Musique du collège de Majicavo qui habitent au Val fleuri sont passés en voiture au rond-point qui mène au collège de Majicavo et ont été pris à partie par des délinquants, « seul le réflexe de la maman d’accélérer leur a permis d’échapper au pire, les trois sont fortement choqués ! »

Des forces de l’ordre qui semblent toujours en sous-effectifs

Le commissaire Halm souhaite apporter une forte réponse de proximité de jour (Archive)

Le reste de l’île semble moins touché, il est donc toujours difficilement compréhensible que l’axe du nord, partant de Longoni jusqu’à Passamainty, et même Vahibé, ne soit pas plus étroitement surveillé. Ce n’est pas la 1ère fois que nous relatons ces méfaits, et il semble que les effectifs de forces de l’ordre soient toujours insuffisants. Encore une fois, il ne sert à rien de comparer un département de 300.000 habitants avec un autre en métropole, nous sommes les seuls à avoir une telle surreprésentation de jeunes de moins de 18 ans. C’est ce quota qu’il faut prendre en compte.

Nous avons contacté le commissaire Halm, qui déplore dans un 1er temps ne pas avoir connaissance de ces faits, alors qu’il était de garde ce week-end. « Nous avons enregistré un seul fait majeur ce vendredi vers 17h alors que la circulation était dense, des jeunes ont simulé un accident pour soutirer de l’argent ». Il y a eu deux interpellations.

Le commissaire reconnaît un regain d’actions à Kawéni, « un groupe tourne sur ce secteur, nous incitant à renforcer notre présence. J’engage fortement les gens qui se trouvent dans ces situations à faire le 17, et à déposer plainte ensuite. Le service territorial de la Police judiciaire est en ordre de marche. Pour exemple, sur les évènements violents des 8 et 9 octobre au rond point du Baobab, provoqués par la juxtaposition de deux conflits de quartier, dans les 10 jours, les protagonistes principaux ont été présentés à la justice. »

65 services civiques supplémentaires

Les volontaires civiques en appoint des EMS

Mais comme le disait dans nos colonnes le procureur Miansoni, quand la Justice passe, c’est déjà trop tard, et un jeune de Kawéni a été grièvement blessé dans ces rixes.

C’est aussi ce qui a poussé Sébastien Halm à se doter de services civiques supplémentaires aux abords des établissements scolaires. Et de manière conséquente, dans une démarche qu’il décrit comme volontariste de ramener le calme sur la commune chef-lieu : « Nous passons de 25 à 65 services civiques supplémentaires, une augmentation inédite sur tout le territoire national. Ce dispositif avait en effet porté ses fruits sur les établissements du nord de Mamoudzou, à K1, K2, au lycée de Mamoudzou Nord, à Bamana, couplés avec les Equipes Mobiles de Sécurité de l’Education nationale.  Ce lundi en milieu d’après-midi, ils ont mis en fuite des jeunes armés de bâtons ».

Des jeunes issus des quartiers qu’ils vont surveiller en proximité donc, et qui en plus de toucher une rémunération, seront formés : « Nous leur donnons les bases pour décrocher un entretien d’embauche, pour présenter un CV, ou pour pouvoir décrocher un emploi dans le gardiennage. Mais nous sommes en échange intransigeants sur leur rigueur et leur tenue. Ils doivent comprendre que c’est un plus lors d’une embauche ultérieure. » Il n’y a plus qu’à espérer que cette pacification diurne du quartier se poursuive la nuit.

En attendant, les usagers de la route aux heures tardives demandent toujours que des patrouilles régulières sur l’ensemble des routes de l’île permettent aux habitants de sortir sans risque, sans quoi il ne sert à rien d’aider financièrement bars et restaurants, il n’y a plus qu’à attendre de les voir couler.

Anne Perzo-Lafond

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