Une enfant de 5 ans martyrisée par sa maman

Le Tchingwé, fouet improvisé avec une branche souple, est presque une institution à Mayotte. Mais si la frontière entre correction et violences condamnables est parfois sujette à débat, cette maman a dépassé les limites de l'entendement, transformant sa fille en souffre douleur.

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Me Souhaili invitait à entendre ce qui amène les Mahorais à se faire justice.

Le sort de la petite fille est digne de celui de Cosette, la jeune héroïne de Victor Hugo réduite en esclavage et maltraitée par les Thénardiers.

La petite fille bien courageuse qui est venue témoigner à la barre du tribunal ce mercredi l’est d’autant plus qu’elle le faisait contre sa maman, qui la maltraite depuis ses 4 ans. En fait de témoignage, le fillette, âgée d’à peine plus de 6 ans aujourd’hui, a tenu à dire qu’elle aimait quand même sa maman et voulait retourner vivre avec elle. Non sans exprimer une certaine appréhension. Et pour cause.

Avant d’être placée chez sa grand-mère paternelle par la justice, la fillette a vécu un calvaire. L’enquête a démarré quand le dispensaire d’Iloni a appelé les gendarmes suspectant des violences. C’est la grand-mère qui avait conduit la petite pour une blessure à l’oeil. En l’examinant, le médecin avait alors constaté de multiples cicatrices dans son dos.

Interrogée, la grand-mère expliquait alors que la mère lui avait demandé de mentir, expliquant que la blessure à l’oeil était due à un accident en jouant, et les cicatrices, à des violences subies à l’école coranique. Une thèse que l’enquête a rapidement pu écarter.

Un cercle vicieux

C’était en fait la maman qui déchaînait sa violence sur l’enfant. Le plus souvent, cette dernière était punie car « elle faisait pipi au lit ». Une énurésie sans doute aggravée par ces mêmes violences. D’autant que contrairement à sa petite sœur, l’enfant victime n’avait pas droit à une couche la nuit, causant une angoisse supplémentaire qui aggravait le problème.

« La frapper ne marchait pas, pourquoi vous avez continué ? » interroge un assesseur. « Parce qu’elle faisait pipi au lit » se bornait à répondre la maman. C’est à peu près la seule explication que les juges obtiendront s’elle. Ca, et une reconnaissance totale des violences qui lui étaient reprochées. En revanche, aucune excuse, aucun remord et pas un mot pour sa fille ne sont sorties de sa bouche. Invitée à avoir une parole pour l’enfant assises dans la salle, la mère marmonne juste « je ne peux pas ».

Mais ce qui aura peut-être le plus choqué les magistrats, pourtant rodés aux histoires sordides, c’est la réaction de la mère quand la garde de l’enfant lui a été retirée.

« Votre première phrase, ça a été : qui va faire les corvées maintenant » s’indigne la procureure. Pour elle,  » ce qui est déconcertant c’est l’attitude de madame » qui reconnaît mais refuse de s’expliquer plus avant. Pour la substitut en tout cas, « les faits sont graves, odieux, ils ont duré dans le temps. » Et s’adressant à la maman : « Vous ne comprenez pas tout le mal que vous lui avez fait, quand vous l’avez battue, quand vous l’avez traitée comme une moins que rien. C’est une enfant en construction, elle va devoir grandir avec ça. »

« Une esclave moderne »

C’est le dispensaire qui a alerté les gendarmes

Au fil des mois, la mère aura en effet rivalisé d’ingéniosité pour torturer l’enfant. Coups de fouet, de fil de fer, de chargeur de téléphone. Le Tchingwé lui aura laissé un éclat de bois dans l’œil, qu’elle aurait pu perdre, rappelle Me Souhaïli, avocat de la fillette.

« En plus de se faire battre, plaide-t-il, c’est une esclave moderne, elle a 5 ans, elle s’occupe de ses sœurs, les lave, fait à manger, fait le ménage. A 5 ans elle a autant de responsabilités, c’est inadmissible. Je m’interroge sur la capacité de madame à récupérer sa fille. Les conditions ne sont pas réunies » estime l’avocat.

Interrogée sur ce qu’elle ferait si elle avait une baguette magique, la fillette répond « retourner chez ma mère », mais ajoute que celle-ci ne lui « manque pas ».

« Ce qu’il y a de terrible dans ce dossier, c’est que malgré l’enfer vécu à son domicile, un enfant c’est ça, il aime quand même » indique la procureure qui appelle à « protéger » la mineure. Elle demande 24 mois de prison, dont 12 avec sursis probatoire et obligation de soin mais aussi le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
Le tribunal n’ira pas si loin, prononçant 18 mois de prison intégralement assortis d’un sursis probatoire de deux ans, l’obligation d’un suivi psychologique, de suivre un stage de sensibilisation et d’indemniser la fillette à hauteur de 4000€.

Le parquet va de son côté « saisir le juge des enfants pour qu’elle soit placée en protection de façon plus durable, il faut qu’un juge des enfants se penche sur cette situation. »

Le père lui, semble avoir disparu de la circulation.

Y.D.

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