Pour que Corsair ne reste pas un faire-valoir

Le Conseil économique et social a cherché à en savoir plus sur les vraies raisons du retour de Corsair International. Et rappelle que la concurrence ne vaut que si l’on s’en sert.

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Corsair, Mayotte
Le retour de Corsair, un envol salutaire pour la compagnie

Son visage de jeune premier s’affichait sur tous les médias la semaine dernière. Jules Perreau représentait tout ce que les mahorais pouvait espérer : le retour de la concurrence face à Air Austral. Du pain béni pour le directeur régional océan Indien de Corsair International qui passait vite fait pour le bon samaritain. Mais pour ne pas tomber de Charybde en Scylla, notre département a tout intérêt à déminer les intentions des uns et des autres.

Cette voix, c’est le CESEM qui l’a portée. Le 2 octobre, une délégation du Conseil économique et social a en effet reçu le représentant de la compagnie sur le retour. Le marché est en pleine croissance, avec un recours renforcé à l’aérien par la population locale, que ce soit pour des soins, pour se former, pour affaires, etc. Et des arrivées attendues de compétences, dans tous les domaines, notamment ceux de la consommation du Contrat de convergence. Un contexte porteur pour la compagnie qui était annoncée en difficulté le mois dernier, ce qu’elle dément, « nous avons une trésorerie confortable qui nous permet de poursuivre nos opérations sur le réseau existant », nous précise la direction.

Un retour de Corsair qui gaze

Le projet gazier au Mozambique devrait accroitre le trafic aérien si Mayotte joue le rôle de base arrière

Les élus du CESEM, tout en se félicitant de ce retour de Corsair, nous expliquent avoir interrogé Jules Perreau sur la motivation réelle de la compagnie : « Est-elle inscrite dans la perspective de construction de la piste longue annoncée par le président de la République en octobre dernier ? Ou bien, de manière générale, Corsair a-t-elle des ambitions sur la zone au regard du développement des projets gaziers sur le Mozambique ? En effet, une mission de la Direction Générale du Transport a été envoyée à Mayotte pour mener une étude sur les conditions d’amélioration de la desserte aérienne sur Mayotte, rapport non rendu public à ce jour. Dans le même ordre d’idée, le Groupe TOTAL, qui a investi 22,3 milliards d’euros dans le cadre du projet gazier au Mozambique, a initié des discussions en haut lieu avec l’Etat et une mission s’est rendue sur Mayotte pour notamment examiner la problématique du prix du kérosène dans le Département ».

En dehors du cœur d’activité de Corsair que représentent les outre-mer, et qui justifie sa présence à Mayotte, la bascule de la flotte de Corsair International de Boeing vers Airbus, avec cinq A330, lui permet de revenir avec moins de contraintes vers notre piste courte.

C’est aussi « une logique de marché » qui a guidé le retour de Corsair, rapporte le CESEM, en visant une combinaison des clientèles réunionnaise et mahoraise sur les deux fréquences hebdomadaires Mayotte-Métropole aller-retour via La Réunion, « rendant la ligne économiquement viable et pérenne. L’objectif à moyen et long terme pour la compagnie est de réaliser des vols directs, ce que ne permet malheureusement pas pour l’instant la piste courte actuelle. »

Jouer la carte de la concurrence

Des offres qui permettent une combinaison des deux clientèles réunionnaise et mahoraise

Corsair a communiqué sur la baisse des prix des billets, avec un aller-retour Mayotte-Réunion avec bagage en soute à partir de 198 euros, et un Mayotte–Paris via La Réunion, autour de 500 euros, avec un petit surplus de 80 euros en fonction de la saison. Trois classes seront proposées : Premium, Business et Economique. En terme d’ouverture sur la côte est-africaine, Corsair n’envisage pas de desservir la ligne Mayotte-Mozambique.

Le CESEM dit rester « très attentif et vigilant sur le comportement de ce futur duopole » formé avec Air Austral, en raison de « plusieurs précédents, notamment Kenya Airways mais aussi Air Madagascar ont montré des changements (défavorable pour les passagers de Mayotte) dans leur politique tarifaire dans leur rapprochement avec Air Austral. »

Mais il enjoint aussi la population à jouer cette carte, et de ne pas profiter des baisses des prix de billets sur le marché pour foncer vers la concurrence : « Tout l’enjeu du retour de Corsair dans le ciel mahorais réside dans l’attitude qu’adoptera la clientèle locale pour accompagner cette dynamique tarifaire. Il appartient donc à celle-ci de faire jouer pleinement le droit à la concurrence dans le transport aérien local, afin que les habitants de Mayotte puissent commencer à bénéficier durablement d’une baisse des prix du billet d’avion. »

Anne Perzo-Lafond

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