Première rentrée pour l’enseignement supérieur et la recherche à Mayotte

L’enseignement supérieur et la recherche sont un peu la vitrine de luxe d’un territoire. Non seulement parce qu’elles dégagent de la matière grise, mais parce qu’elles permettent des innovations, notamment pour les entreprises.

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CUFR, Recherche, enseignement supérieur, Mayotte
Les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche faisaient eux-aussi leur rentrée

Ce n’est pas une marelle qu’il aurait fallu mettre dans leur cour, mais un jeu d’échecs : les acteurs de la formation supérieur et de la recherche faisaient leur rentrée ce 29 septembre autour du chancelier des universités qu’est Gilles Halbout.

Si Mayotte n’en est encore qu’à ses balbutiements dans ces domaines, c’est que la 1ère des innovations vient de sortir de l’œuf : celle de notre rectorat de plein exercice depuis le 1er janvier 2020, et un plumage de 18ème région académique de France que nous venons de revêtir. Pour une 1ère rentrée sous ce format, le recteur Gilles Halbout a voulu rassembler tout ce que le territoire compte d’organismes offrant une formation supérieure ce mardi devant les médias.

L’IFSI de Mayotte

On associe habituellement l’enseignement supérieur aux seuls Centre universitaire de Formation et de Recherche (CUFR), BTS et Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI). Si l’offre globale est encore timide avec 1.154 places en enseignement supérieur pour les bacheliers, elle promet de s’étoffer rapidement à écouter les différents acteurs autour de la table, avec des innovations dans plusieurs domaines. La progression des capacités d’accueil dans le supérieur est de 25 % sur les trois dernières années, et à l’horizon 2023, dans le cadre de la construction des lycées, environ 220 places supplémentaires sont prévues.

A tout seigneur, tout honneur, le rectorat offre 16 BTS et ouvre une classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieur au lycée Bamana. Cette année, 9 lycéens sur 10 ont eu une place en enseignement supérieur, à Mayotte ou à l’extérieur, une proportion qui atteint 99% pour les titulaires d’un Bac général. Une gageure. Mais il faut ensuite réussir sa 1ère année. Pour cela, plusieurs dispositifs de type rattrapage sont mis en place. C’est par exemple un Diplôme universitaire de préparation aux études supérieures au CUFR, qui s’inscrit dans la réforme nationale de l’enseignement supérieur, « 40% ont intégré cette année une licence », indique Aurélien Siri, directeur du CUFR, et à l’IFSI, un dispositif d’accompagnement, « d’octobre à mars pour tous les candidats qui n’ont pas le niveau », explique Josiane Henry, sa directrice.

« Formons nos premiers de cordée ! »

Ébauche de la future Technopôle de Dembéni (©CCI)

La présence de la Chambre de Commerce et d’Industrie n’était pas anodine, qui porte avec d’autres partenaires l’ambitieux projet de Technopôle intégrant notamment le CUFR, mais aussi les Technologies de l’Information et la Communication (TIC), les activités marines, les services aux entreprises sur les stratégies d’innovation, l’agro-transformation, etc. « Nous ne voulons plus subir mais structurer le marché de la consommation notamment au moyen de startup innovantes. On peut former nos premiers de cordées », étayait le président de la CCIM Mohamed Ali Hamid.

Peu à peu, l’enseignement supérieur gagne chaque secteur. L’agriculture, avec l’inauguration cette année d’un BTS Développement, animation des territoires ruraux, « et nous réfléchissons à l’après BTS sur les secteurs d’agrologie, de biologie et de développement durable », expliquait Bertrand Wybrecht, le directeur de l’alimentation, de l’agriculture et de la Forêt (DAAF) en ciblant le besoin en la matière, « il nous faut un Institut Technique agricole ici ». L’aérien, avec la création du groupement Aerotech OI de partenaires interrégionaux et régionaux, incluant une formation de maintenance aéronautique au lycée de Petite Terre. La mer, avec en gestation un lycée des métiers de la mer et du littoral qui colle à la demande ministérielle.

L’ensemble va former un Campus des métiers et des qualifications, « ce sont de vrais pôles de compétitivité. Il n’y en a aucun ici, alors que La Réunion en possède trois », souligne Philippe Lefebvre, directeur du GIP au rectorat.

Le CUFR n’est pas en reste, avec une montée en puissance de l’accueil, 1.091 étudiants en licences et 403 en master. Une formation aux étudiants entrepreneurs est mise en place, ainsi qu’un Cycle d’étude en Ecologie Globale, « pour étudier des phénomène locaux et régionaux, comme la subsidence liée au volcan », précise Aurélien Siri, et cette année, la structure accueille son premier professeur des universités. L’université de plein exercice est annoncée par Gilles Halbout, « dans les 15 mois qui viennent », qui convient qu’il « faudra le structurer administrativement avant et l’adosser aux besoins du territoire ».

Recherche en pharmacopée made by Mayotte

Fahoullia Mohamadi mise sur deux appels à projets pour ancrer les débuts de la recheche

Se pose rapidement le problème de la recherche de stage pour ces étudiants du supérieur, « nous avons noué un partenariat avec la région Occitanie », rapporte Josiane Henry, fière d’avoir permis à 700 diplômés d’Etat de sortir de l’IFSI. Beaucoup arrivaient de métropole pour suivre cette formation financée par le conseil départemental et y repartaient après, laissant un territoire en tension sur ces métiers médicaux, « ils doivent maintenant s’engager à servir Mayotte pendant une période donnée ».

Cerise sur le gâteau, le 1er janvier 2021, le rectorat récupère la compétence en matière de recherche et d’innovation, qui était portée par La Réunion. Il a anticipé en recrutant Fahoullia Mohamadi, Directrice régionale académique pour la Recherche et l’Innovation : « Nous répondons à un appel à projets pour mettre en place le Pôle de l’Innovation, et nous candidatons pour émerger aux 16 millions d’euros du Plan Innovation Outre-Mer, ce serait une première ! » Trois projets de recherche appliquée sont menés, notamment en pharmacopée, « qui permettront une exploitation rapide pour générer des profits ».

Une piste royale pour dégager des pistes de stages s’appelle ERASMUS et n’est pas hors de portée : « Il faut d’abord faire adhérer les BTS à la charte ECHE. Et Majunga nous ouvre les bras, nous avons 20 places de stage pour les BTS commerce international », expliquait Foad Dogga chargé des relations internationales au rectorat.

Une tendance nationale qu’il ne faut pas louper que celle de la loi pluriannuelle sur la recherche, invitait Gilles Halbout, « qui engage les gouvernements sur 10 ans, avec une revalorisation des salaires des chercheurs et des investissements dans les infrastructures. Il faut être en capacité d’y répondre ».

Anne Perzo-Lafond

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