Comores : ce que nous dit le naufrage mortel du 24 septembre

Malgré le nombre impressionnant de décès en un mois de traversées d’Anjouan à Mayotte elles continuent à être instrumentalisées avec cynisme par les autorités comoriennes. Et aucune solution adaptée n'est trouvée en terme de soins sur l'île la plus proche.

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Comores, Anjouan, kwassa, Mayotte
La côte de Mutsamudu à Anjouan (Photo : JDM)

Les suites du naufrage mortel de la semaine dernière sont dans la presse comorienne ce lundi, dans l’organe du pouvoir qu’est Al-Watwan. L’article fait d’abord le décompte macabre des noyades en mer à la suite des traversées de kwassas depuis l’île d’Anjouan (Ndzuani). On apprend que en dehors du naufrage de ce jeudi 24 septembre où dix personnes ont trouvé la mort, trois autres chavirages ont été enregistrés, qui ont fait entre 20 et 30 décès par noyade, selon le journal. Avec le dernier, le macabre décompte se monterait donc à 40 morts.

Et on apprend qu’à l’approche des côtes mahoraises, les passeurs transfèrent les passagers sur un seul et même kwassa, le surchargeant, pour éviter une interception par la PAF et minimiser ainsi le risque de destruction des barques et des moteurs Yamaha.

Quelle politique de soins ?

L’ancien hôpital de Mutsamudu remplacé par l’hôpital Bambao (Photo : JDM)

Le journaliste d’Al-Watwan aborde « les raisons récurrentes qui poussent nos compatriotes à tenter la sinistre aventure de la traversée ». Pour exemple, un père de famille et l’un de ses fils, blessé lors d’une chute dans un escalier, se rendaient à Mayotte pour des soins. Ils auront péri dans le naufrage, à quelques mètres de la plage des Badamiers. Si l’auteur de l’article s’interroge sur « la véritable politique envisagée par le gouvernement comorien pour résoudre une fois pour toute la question du territoire comorien de Mayotte », il ouvre malgré tout timidement la porte vers une autre interrogation, portant sur l’action du gouvernement e matière de réponse aux urgences médicales et au bien-être sanitaire de sa population par des installations et des soins à la hauteur.

Pas de risque pour le président Azali que survienne une révolte sur ce sujet ou sur celui de la scolarité, les habitants lorsqu’ils sont mécontents des installations sur place, se rendent au risque de leur vie à Mayotte. Devenue l’exutoire anti-rébellion.

Un hôpital flambant neuf en faillite à Anjouan

Et en dépit du document cadre dans lequel les Comores s’engagent à surveiller les côtes anjouanaises pour empêcher les traversées vers Mayotte, l’article rapporte « des dizaines de départs de kwassas de Ndzuani (Anjouan) chaque semaine. » Encouragés par le gouverneur de l’île, Anissi Chamsidine qui rendait hommage « aux compatriotes qui bravent la mort en tentant de rejoindre Mayotte », car « ce sont eux qui continuent à montrer au monde que Mayotte est une partie intégrante du territoire comorien. »

Le Consulat de France à Anjouan (Photo JDM)

Nous ne savons pas si c’est le cas du gouverneur en question, mais une bonne proportion des élus des trois îles ont la double nationalité franco-comorienne.

Les infrastructures hospitalières tombent unes à unes en ruine. L’image la plus frappante reste celle de l’hôpital aux investissements chinois de Bambao, 8 millions d’euros, nous nous étions d’ailleurs fait l’écho de l’inauguration en grande pompe en 2017 en craignant le déficit en moyens humains. Il est menacé de faillite. Installé à une trentaine de kilomètres à l’est de la capitale Mutsamudu (Anjouan), la structure est victime de deux maux principaux : un déficit de compétence, dont la maintenance, « l’Etat comorien ne verse à l’hôpital, public, que 5 millions de francs comoriens (10.000 euros) par mois, il lui en faudrait 30 pour payer toutes ses factures », rapportaient en mars 2019 nos confrères de Slate Afrique avec l’AFP, et l’absence de gratuité des soins, contrairement aux dispensaires sous-équipés, provoquant une désertion de la population. Le programme de l’Agence Française de Développement ne couvre qu’une partie des soins.

Une patiente se plaignait à nos confrères, « Les soins sont chers, si j’avais les moyens, je serais allée à Mayotte car là-bas, l’hôpital est gratuit ».

Reste alors à évaluer le rapport bénéfice-risque pour les malades qui se tournent facilement vers des traversées en kwassa, dangereuses et couteuses, entre 400 et 1.000 euros, dans l’idée d’éviter des soins trop chers à Anjouan, qui seront pratiqués pour une somme le plus souvent symbolique à Mayotte.

En attendant que des solutions de soins made in Comores, qui collent à la réalité, soient trouvées.

Anne Perzo-Lafond

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