Un patrimoine pour « tous ceux qui ont leurs intérêts à Mayotte »

Les 37e journées du patrimoine avaient une saveur particulière ce week-end, en raison de l' actualité mais aussi de la pandémie. Le président Soibahadine s'est fendu d'un discours inclusif, rappelant que le patrimoine et l'histoire de Mayotte sont communs à "tous ceux qui ont leurs intérêts matériels et moraux à Mayotte".

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Le président Soibahadine a improvisé un discours très inclusif

L’inauguration des 37e journées du patrimoine samedi matin à la pointe Mahabou avait une saveur particulière dans un contexte épidémique qui a laissé planer le doute sur la faisabilité de cette cérémonie. L’état d’urgence sanitaire étant levé, la fête pouvait commencer et près de 50 événements étaient organisés sur toute l’île.

« Avant l’éruption de la pandémie nous avions choisi de faire de 2020 une année malgache », rappelle le président du Département Soibahadine Ibrahim Ramadani. « En février dernier c’est au cœur de la capitale malgache que nous avons ouvert notre bureau décentralisé de Mayotte, un choix naturel au regard de notre histoire commune et des liens qui nous unissent. Nous partageons une culture, des croyances, des traditions et des coutumes. »

Ce n’est donc pas un hasard si le lancement des journées européennes du patrimoines a été pensé autour du tombeau d’Andriantsoly, connu comme le sultan qui a cédé Mayotte à la France.

« Nous avons saisi l’opportunité de donner au lancement des JEP une connotation malgache en favorisant la redécouverte de ce lieu » indique l’élu.

Un lieu chargé d’histoire et de symbole. Lieu animiste sacré, il est entretenu par les associations malgaches. Mais il est aussi central dans l’histoire récente de Mayotte.

« Ce lieu rappelle avec force l’inscription historique de Mayotte dans son environnement régional et rend hommage au sultan Adriantsoly, figure d’une société pluriculturelle et séculaire » complète le préfet Jean-François Colombet.

« Andriantsoly c’est la manifestation la plus récente des liens qu’entretient Mayotte avec Madagascar » indique l’historien Insa de Nguizi. Le Malgache, à l’issue d’un contrat de sang avec son homologue de Mayotte, était arrivé ici en 1832, avant de prendre le pouvoir moins de 10 ans plus tard. Peu après, les négociations avec le commandant Passot conduisent à la cession de l’île à la France, faisant du sultan une « figure tutélaire de Mayotte française ». Son implication dans la signature des accords fait toutefois débat, et des recherches historiques sont menées sur ce point.

Toujours est-il que son héritage est là : par la présence française d’une part, mais surtout par la multiculturalité de l’île. Ou doit-on parler d’une seule culture, celle de Mayotte ? Le président Soibahadine s’interroge, dans une lecture très politique.

« Une communauté de territoire »

Le tombeau d’Adriantsoly est un lieu d’histoire mais aussi un site sacré

« Je me dis, qu’est ce que la culture mahoraise ? Dans un département français du canal du Mozambique, dans une région ultrapériphérique de l’Union européenne au 21e siècle, dans un contexte où le virus circule encore. Je me dis que la culture, c’est ce que les hommes et les femmes, natifs de Mayotte, résidant à Mayotte, ayant leurs intérêts matériels et moraux à Mayotte, ont en partage. Et en premier lieu, une communauté de territoire, l’île de Mayotte. Une histoire commune, celle de Mayotte. Des langues communes, non seulement les langues originelles de Mayotte, le shimaoré, parlé africain, le kibushi, parlé malgache, le français et tous les autres parlés font partie de ces langues de Mayotte. Naturellement, ce qui nous rassemble, c’est le patrimoine, un patrimoine commun à la fois matériel et immatériel. » Et le président de citer « le patrimoine naturel, le lac Dziani, l’îlot de sable blanc, tous les sites et les paysages remarquables de ce territoire font partie du patrimoine naturel » mais aussi « le patrimoine matériel, celui qui résulte de la construction des hommes, ce mausolée en fait partie » et enfin « le patrimoine immatériel, les chants, les danses, l’artisanat, les musiques et la littérature ancienne comme moderne ».

Une histoire riche et pleine de rebondissements pour Insa de Nguizi

Andriantsoly, c’est aussi le symbole donc d’une île carrefour, qui n’existerait pas sans les migrations entrantes et sortantes, et sans ceux qui natifs ou non de l’île en ont fait ce qu’elle est. Avec un patrimoine aussi pluriel que singulier, aussi local qu’importé, riche en tout cas, menacé aussi. Pour le préfet, ce patrimoine, c’est « un ciment qui vient combler les interstices entre les hommes et les femmes qui vivent sur ce territoire et qui vivent ensemble ». Il voit dans les JEP « une invitation à prendre le temps de regarder notre passé » pour « nous aider à comprendre le présent ». « Il faut prendre la mesure de la force du patrimoine, il faut comprendre son rôle et se l’approprier. Le patrimoine ne doit pas être la seule affaire des sachants et des spécialistes, c’est notre bien à tous, un bien que nous devons respecter et protéger ».

Y.D.

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