Mariée à 15 ans, battue pour un coup de fil pendant le confinement

Les violences conjugales ont explosé pendant le confinement. Mais jusqu'à présent à Mayotte, les jugements sont rares, ou en attente. L'affaire jugée ce lundi détone par l'âge de la victime, mariée à 15 ans et dépendant de son conjoint violent et récidiviste, qui illustre la situation partagée par de nombreuses jeunes filles en situation irrégulière.

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Le code pénal , clé de voûte des décisions judiciaires

Mariée à l’âge de 15 ans, la jeune femme pas encore majeure témoigne d’une voix inaudible, cachée sous son foulard. Elle voudrait bien que son mari, emprisonné depuis le mois de mai, soit libéré, et revient sur ses accusations qu’elle met sur le coup de « la colère ». Une attitude fréquente pour les victimes de violences conjugales, soumises à une forte pression et à la crainte de représailles, qui tentent dans la dernière ligne droite de recoller les morceaux avec leur bourreau.

Mais même un retrait de plainte ne met pas, en France, fin aux poursuites.

Les faits jugés remontent au 8 mai, à Labattoir. Pour une banale histoire de coup de fil trop bruyant, le couple vivant à Labattoir se dispute, se bouscule. Chacun joue sur les mots mais la jeune fille, mariée à l’adulte de 28 ans depuis 2 ans, finit au sol avec une plaie dans le dos. Selon elle, il aurait même tenté de l’étrangler. Ce qu’elle a fini par démentir à la barre. Elle finira par affirmer s’être perforé le dos en heurtant une poignée de porte. Son époux cadial affirme lui qu’elle a trébuché sur une racine de manguier. Aucun des deux ne parvient à convaincre.

« On peut penser que vous avez peur de ce qui se passe et que c’est cette peur qui vous a fait changer de propos » s’interroge le substitut Tanguy Courroye. D’autant que le prévenu, qui se décrit comme quelqu’un de « pas violent », a déjà été condamné pour des violences conjugales, deux fois dont une à de la prison ferme. Il était d’ailleurs encore sous bracelet électronique lors des faits de mai dernier.

« Nous sommes à des kilomètres de cette égalité entre hommes et femmes »

Pour l’administrateur de la jeune victime mineure, cette dernière a subi « d’énormes pressions » évoquant notamment sa belle famille.

Une situation qui fait enrager Me Elodie Gibello-Autran, avocate de la victime. « C’est fou ce qu’on peut accepter quand on n’a pas le choix, lorsqu’on vous marie à 15 ans, que votre mari vous tape dessus, on vous encourage à vous taire. Elle, elle a eu le courage de parler. Puis quand votre mari est en prison, on vous dit qu’à cause de vous les enfants n’ont pas à manger et vous ne voyez guère d’échappatoire, votre seul espoir c’est que cet homme-là veuille bien vous reprendre. Nous sommes au 19e siècle. Nous sommes dans un pays où il y a une égalité entre hommes et femmes et là nous sommes à des kilomètres de cette égalité entre hommes et femmes. Aujourd’hui elle a besoin d’être protégée parce que son entourage n’en est pas capable. Nous avons beaucoup trop de décès chaque année de femmes qui elles aussi se sont cognées contre une porte ou ont glissé. »

Le procureur Tanguy Courroye

« On est témoins dans ce tribunal du fameux cycle de l’emprise, renchérit le procureur, c’est un cycle avec une phase bien connue, la dispute, la plainte, le rejet, la réconciliation, le retrait de la plainte. Je rejoins les propos de la partie civile, la vérité dans ce dossier, c’est ce qui figure dans la procédure. Ce que nous dit la victime c’est la vérité de l’emprise » poursuit-il, réclamant 18 mois de sursis dont un ferme et le maintien en détention.

Le tribunal a suivi ces réquisitions, confirmant aussi la révocation de 4 mois de sursis qui restaient au récidiviste, qui est reparti à Majicavo menottes aux poignets.

Y.D.

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