6 ans de prison pour un braquage avec un fusil de chasse

C'est la première fois à Mayotte qu'un vol à main armée impliquant une arme à feu est jugée aux Assises. L'auteur principal du braquage a été condamné ce mardi à 6 ans de prison ferme. Un complice, en fuite depuis les faits, a pris 4 ans. L'ancien commissaire Miziniak avait été menacé par le premier condamné.

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Des cartouches de ce type ont été tirées à Vahibé et utilisées au mont Combani le lendemain (photo DR)

Un fusil de chasse volé, un pistolet d’alarme, des chombos, des cailloux, et une belle équipe de bras cassés, il n’en fallait pas davantage pour frôler le drame, les 11 et 12 juin 2016.

Les faits du 11 auraient pu ne pas avoir de suite judiciaire sans ceux du 12, c’est pourquoi ils ont été joints dans la même procédure criminelle. Ce jour-là, des coups de feu avaient retenti à Vahibé. Un jeune de 20 ans avait fait usage d’un fusil de chasse volé quelques semaines auparavant non loin du terrain de football. D’abord en tirant en l’air, puis, accidentellement, alors qu’il circulait en vélo pour quitter les lieux.

Le même fusil allait servir, le lendemain, à un braquage rocambolesque au Relais du Mont Combani. Le détenteur (illégal) du fusil et un acolyte se rendent sur le site avec l’espoir de dérober la caisse pour se partager l’argent. C’était sans compter sur la réaction des personnes présentes. Celle du gérant d’abord, qui croyant l’arme hors service, a brandi une machette, mettant en fuite les braqueurs. Ses appels au secours ont alors alerté un client du gîte, qui n’était autre que le commissaire de l’époque, Philippe Miziniak. Ce dernier sortait alors de son bungalow au moment où les deux voleurs revenaient à la charge. En voyant le policier s’approcher d’eux, le porteur du fusil cassait le canon pour y insérer une cartouche et l’orienter vers le fonctionnaire qui se réfugiait derrière un rocher, armé d’un simple bâton.

Mais le fusil, désormais chargé, ne fera aucun blessé, par chance. A ce moment là, le gérant sort de son local, armé cette fois d’un pistolet de défense qu’il était allé sortir de son coffre fort. En tirant plusieurs coups de feu en direction des branchages, il faisait fuir les assaillants qui dans la panique, laissent sur place le fusil à double canon, recouvert de leur ADN.

« Le premier élément c’est l’amateurisme des accusés » notait à l’audience de cour d’Assises l’avocate générale Morgane Pajak-Boulet. Pour elle, si il « n’y a eu ni blessés ni morts, on le doit à cette part de chance ». En effet, « l’autre élément c’est la présence d’une arme à feu réelle et chargée. C’est la première fois à Mayotte qu’on a un vol à main armée avec une arme à feu réelle aux assises » constate la magistrate.
Celle-ci insiste sur le côté traumatisant de l’attaque pour le couple de gérant, le commissaire et la femme de ce dernier, seul à se constituer partie civile dans le dossier. Un choc d’autant plus marquant pour le couple que l’attaque avait lieu durant le week-end, dans un contexte de violences urbaines qui ont marqué l’île.
La présence d’une arme à feu, l’état de récidive légale de l’accusé principal et le contexte amenaient la parquetière à réclamer 15 ans à l’encontre du détenteur de l’arme à feu, et 10 ans pour un autre protagoniste en fuite.
Des réquisitions « énormes » pour Me Ibrahim, défenseur du premier accusé. « Ils ont voulu jouer aux durs, il y avait certainement l’intention d’aller voler, mais pas tirer sur les personnes », estime-t-il. Il en veut pour preuve que « face à un chombo il pouvait tirer, il ne l’a pas fait (…)le gérant tire des balles à blanc et ils prennent la fuite ».
Covid, prison, Mayotte
Encore deux ans à Majicavo pour le principal accusé

Pour l’avocat, l’implication du commissaire aurait pu influencer les réquisitions. Il dresse le parallèle avec une autre affaire, plus sanglante, survenue récemment. « Il y a quelques semaines, un professeur avait reçu plusieurs coups de couteau, on l’a vu, chemise ensanglantée, il avait subi une réelle mise en danger:  sanction, 18 mois dont 6 avec sursis. On a ici vu des viols sanctionnés de 5 ans… Là on demande 15 ans pour des tirs en l’air. Est-ce lié à la personnalité des victimes ? »

Son client lui, en prison depuis 2016, commence à voir sa jeunesse réduite à l’horizon de sa cellule. » Ce que j’ai fait, je regretterai toute ma vie, c’est pas à Majicavo que je peux trouver quelque chose pour ma vie, c’est mon avenir qui recule » plaide-t-il, réclamant une chance de rebondir.
Il aura fallu près de trois heures de délibéré au jury populaire pour trancher. Résultat : 6 ans de prison pour le premier, il lui en reste donc deux à purger. Le fuyard écope de 4 ans de prison avec mandat d’arrêt. Un dernier accusé, soupçonné d’avoir utilisé l’arme le 11 juin 2016 sans plus d’implication, a été acquitté.
Y.D.

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