Une visite ministérielle au pas de course

Rarement ministre aura évoqué autant de sujets en une seule journée. Contrainte par le timing de l'avion présidentiel dans lequel elle s'est greffée, Annick Girardin aura crapahuté toute la journée pour faire le tour d'un maximum de points en lien, ou non, avec l'épidémie de Covid19.

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La ministre a passé du temps avec les élus et chefs de services de l'île

Premier rendez-vous de taille, un COD (comité opérationnel départemental) exceptionnel, rassemblant élus et chefs de services publics du département, pour échanger sur la gestion de l’épidémie.
Le commissaire Cavier et le général Leclerq ont tour à tour évoqué bien sûr les violences subies par leurs effectifs, mais surtout l’implication de ces derniers dans la lutte contre l’épidémie. Une manière d’évoquer les contrôles menés en permanence auprès des passants et automobilistes, dans un contexte où selon Annick Girardin « le confinement n’existe plus » à Mayotte. Des contrôles à l’efficacité questionnée, puisque la ministre précise que chez nous, « on ne verbalise plus » les sorties sans attestation.

Si les policiers de la PAF sont majoritairement mobilisés pour ces actions de contrôle essentiellement pédagogiques donc, la lutte contre l’immigration clandestine se poursuit en mer. La Marine Nationale a détaillé, avec des infographies qu’il ne nous a pas été permis d’immortaliser, les reconduites de kwassas vers les Comores, ainsi que les quelques beachages recensés ces dernières semaines. Avec un constat surprenant, après un départ important de plusieurs embarcations suite au décès du Grand Mufti à Moroni, les autorités n’ont eu aucun écho radar pendant plusieurs jours, comme si la propagation de l’épidémie à Mayotte avait freiné les ardeurs des candidats au départ.

Les autorités sanitaires, Dominique Voynet, directrice de l’ARS, et Catherine Barbezieux, celle du CHM, en tête, ont détaillé l’organisation de la santé à Mayotte dont nous nous faisons régulièrement l’écho dans nos colonnes : réorganisation du CHM, progression des nouveaux cas, diffusion de l’épidémie sur tout le territoire. Patrick Bonfils, directeur de la Direction de la jeunesse et des sports est lui revenu sur les enjeux sociaux d’une épidémie qui selon la ministre « a aussi causé de la faim » et en génère encore. Le cadre est revenu sur les gros investissements en bons alimentaires qui continuent à être distribués avec l’aide des communes et des associations.

Le bout du tunnel pour les étudiants

L’avion présidentiel est un des seuls à pouvoir encore relier Paris à Mayotte

Difficile aussi d’atterrir à Mayotte sans évoquer les liaisons aériennes. Celles-ci demeurent suspendues jusqu’à nouvel ordre. Une éventuelle évolution de la situation « dépend de chacun de nous » a estimé Annick Girardin. Pas de quoi rassurer les vacanciers censés partir cet été, même si c’est selon elle la volonté du gouvernement de voir les vols commerciaux reprendre au plus vite.

Toutefois les étudiant pourraient voir le bout du tunnel. Ce jeudi, un premier contingent de 60 étudiants mahorais sera rapatrié depuis La Réunion par un vol aller-retour qui permettra donc aussi à des Réunionnais de rentrer chez eux. Pour les métropolitains, le ministère est en négociation pour définir, selon le nombre d’étudiants à ramener à Mayotte, et donc de vols à affréter, un « tarif étudiants » afin que ces derniers n’aient pas à payer au prix fort les difficultés financières des compagnies.

Quant aux élèves présents à Mayotte, la ministre explique que « l’école de la République constitue le socle de la société mahoraise » et pose comme préalable à la rentrée le 25 mai pour « quelques écoles », le respect des « conditions sanitaires ». Il faudra en effet être vigilants, étant donné que quelques écoles en métropole ont fermé après leur réouverture, en raison de nouveaux cas détectés chez des enfants ou enseignants. Elle a notamment invité le recteur Gilles Halbout à « accueillir ceux qui en ont besoin » et « éviter que le décrochage scolaire ne devienne irréversible »

Une médecine qui protège soignants et patients

Après un tour au CHM où elle a rencontré soignants et personnel du laboratoire, Annick Girardin est allée rencontrer le Dr Albert Ducastel, médecin de ville à Mamoudzou, et a visité le laboratoire privé situé à côté.

Catherine Barbezieux, directrice du CHM

Chez le premier, elle a notamment parlé de la télémédecine, que le cabinet créé par le Dr Martine Eutrope promeut via une association dédiée. Or, avec le coronavirus, ce mode de consultation à distance, par téléphone ou avec une machine d’expertise, trouve plus que jamais son utilité.

Ainsi la mallette de téléexpertise «  permet de se déplacer, à la rencontre des patients les plus fragiles en leur évitant d’être  exposé à un risque de contamination » explique le Dr Albert Ducastel, associé du Dr Eutrope.

La téléconsultation était au cœur de la rencontre entre la ministre et le Dr Ducastel

Vient ensuite « la sécurité du médecin qui peut ainsi faire une consultation sans risquer d’être infecté. C’est appréciable, même si pour ma part j’ai choisi de continuer à être présent physiquement toute la journée pour les patients qui le nécessitent. Je fais des télé consultations en parallèle ».

Enfin la dernière séquence de la ministre était dédiée au direct chez nos confrères de Mayotte La Première. Elle y a évoqué la réouverture prochaine du centre de rétention, qui après avoir été un centre de quarantaine pour étrangers devrait retrouver sa vocation initiale. La ministre met toutefois en garde contre la peur du policier qui peut être un facteur de propagation du virus. En effet, la crainte de l’arrestation dissuade de nombreux habitants de se faire dépister, ce qui favorise la circulation du SarsCoV2 dans les quartiers précaires. « Il faut que nous soyons aux côtés de cette population qui a peur de se faire tester, il faut rassurer, il faut de la confiance, à ceux qui aiment souffler sur les braises, je dis, ce n’est pas le moment » prévient-elle.

Y.D.

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