Surmortalité confirmée à Mayotte même avant l’introduction officielle du Covid

On continue à s’arracher les cheveux sur des chiffres de surmortalité depuis le début de l’année dans le département. L’étude de l'INSEE Mayotte porte cette fois sur une période élargie. Avec la densité de la population comme facteur aggravant.

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Une surmortalité estimée à 21% sur la période du 1er janvier au 26 avril

En relayant l’étude nationale sur la surmortalité liée à la crise du Coronavirus, l’INSEE Mayotte avait constaté un nombre de décès supplémentaire avoisinant les 30% depuis le 1er mars au 26 avril. Ce qui l’a incité à se pencher de plus prés sur la question en élargissant la fourchette. L’étude publiée ce lundi court du 1er janvier au 26 avril.

Sur cette période, 314 décès ont été enregistrées à Mayotte, soit 63 de plus par rapport à la même période de 2019 (+25%) et 77 de plus que sur la même période en 2018 (+32%). Si on retire le nombre de décès liés à la croissance de la population, 4%, on obtient une surmortalité de 21% par rapport à 2019.

« Il n’est pas encore possible de disposer de statistiques sur les causes de mortalité sur cette période très récente », explique Jamel Mekkaoui, le directeur de l’antenne locale de l’INSEE. Dominique Voynet avait expliqué qu’un travail était en cours avec ses services de l’ARS à cet effet.

On peut déjà observer avec l’INSEE Mayotte, que cette surmortalité est « uniforme » avant et après l’entrée du virus le 14 mars 2020 sur le territoire. On pourrait donc ne pas l’imputer au Covid 19. A moins que les victimes d’avant cette date pivot, n’aient été touchées par une autre épidémie comme la grippe saisonnière qui se serait calmée par la suite. Et le Covid aurait pris la suite.

Jamel Mekkaoui penche plutôt pour la dengue, épidémie « qui pourrait être responsable d’une partie de la surmortalité évoquée ». Au 20 avril, l’ARS fait état de 12 décès confirmés de la dengue. Or, comme on le voit plus loin, les décès à domicile avaient fortement augmenté du 1er janvier au 13 mars 2020, de +32% par rapport à 2020. On pourrait donc envisager que davantage de malades soient décédés chez eux, dès le début de l’année, sans avoir été diagnostiqués comme porteur de la dengue. Et même pousser, mais ce n’est qu’une hypothèse que ne mentionne pas l’INSEE, que certains aient pu être positifs au Covid avant le 14 mars, sans être non plus diagnostiqués, alors que les allers-retours vers la Chine se pratiquaient couramment chez les commerçantes, notamment pour les achats de tissus ou de vêtements. La méconnaissance du Covid au début de l’année aurait pu inciter les malades à penser être victimes d’une forte grippe étant donné la proximité des symptômes. Difficile de savoir en tout cas alors que la dengue sévit aussi depuis plusieurs mois ici comme à La Réunion.

« Surcroit de mortalité dans les communes françaises les plus denses »

Nombre de décès selon la densité communale sur la période (INSEE)

Les seniors de plus de 65 ans décèdent légèrement plus que les autres habitants à Mayotte. Ainsi, entre le 14 mars et le 26 avril 2020, 68 seniors sont décédés, soit 24 % de plus que pendant la même période de 2019, une hausse un peu plus élevée que pour les moins de 64 ans (+ 18 %).

En reprenant l’étude nationale de l’INSEE sur la surmortalité liée au Covid et ses causes, une donnée colle à la réalité de Mayotte : la densité de population. Jamel Mekkaoui rappelle qu’avec 690 habitants/ Km2 en septembre 2017, Mayotte est le 2ème département de France le plus densément peuplé, derrière l’Ile-de-France.
Or, plus le nombre de personnes est important dans un territoire restreint, plus le risque de contacts est grand, rappelle l’INSEE : « C’est dans les communes les plus denses que le surcroît de mortalité est le plus important (+ 49 % contre + 26 % en France). À l’inverse, dans les territoires les moins denses, les décès en 2020 sont plutôt stables par rapport aux années précédentes. »

Avec une nuance, « toutes les communes denses de France ne sont pas touchées ». Parmi celles de plus de 100.000 habitants, Saint-Denis et Mulhouse se distinguent par les plus forts excédents sur la période (+ 172 % et + 165 %), suivies par Strasbourg (+ 111 %) et Argenteuil (+ 109 %) puis Paris (+ 98 %) et Montreuil (+ 90 %). À l’autre extrémité, Clermont-Ferrand, Brest ou Caen ne connaissent pas d’excédent de mortalité. On sait qu’à Mulhouse, l’étincelle fut le rassemblement évangélique. On peut penser qu’à Mayotte, la double peine de la dengue associée au Covid dans un département très peuplé, a été la recette d’un impact assuré.

Alors que la circulation du virus s’est rapidement tassée dans les outre-mer, la bascule vers une épidémie chez nous est notamment liée à cette forte densité de population. Il n’y a qu’à observer la crainte du gouvernement d’un redémarrage de l’épidémie en métropole après le 1er jour de déconfinement qui a vu les passants se masser sur les bords de Seine…

Consulter la communication sur Les décès à Mayotte du 1er janvier au 26 avril

Anne Perzo-Lafond

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