Le séisme du 21 mars sans lien direct avec l’essaim et l’éruption en cours

L'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) a émis deux bulletins sur le séisme du 21 mars dernier, dont un bulletin mensuel qui vient de paraître. Cet événement ne semble pas directement lié à l'essaim de séismes situé à l'est de Mayotte, mais une corrélation n'est pas exclue pour autant.

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Le séisme de mars était sur une zone connue pour sa sismisité, mais l'essaim à l'est a pu le précipiter

Liés ou pas liés ? L’essaim de séisme à l’est de Mayotte, provoqué par une éruption sous-marine à 50km de Petite Terre, nous a habitués aux secousses surprise. Mais celle du 21 mars dernier était inhabituelle. Clairement identifiée comme d’origine tectonique et non volcanique, elle n’en reste pas moins une des plus forte de la zone. Pour rappel, d’abord estimée à 5.8, sa magnitude a été réévaluée à 5, avec une marge d’erreur de 0,3, soit entre 4,7 et 5,3.

« C’est la première fois qu’on a un séisme aussi fort dans cette zone là mais on en a eu 4 entre 1984 et 2019, entre 3,3 et 4,3 de magnitude » rappelle Frédéric Tronel, directeur du BRGM, le bureau de recherches géologiques et minières de Mayotte. D’autres, un peu plus forts, ont été localisés plus au sud, toujours en lien avec le même phénomène tectonique.

Pour autant, l’essaim de séisme pourrait être corrélé à ce nouveau phénomène.

« Ce qu’il faut retenir c’est qu’on a eu un séisme régional, sur une ride volcanique qui n’est autre que l’arc des Comores, qui va de Grande Comore jusqu’à Mayotte. On a déjà eu des séismes historiques dans cette zone, ça pourrait être la frontière entre deux plaques, une au nord la plaque somalienne, qui va vers l’est et une au sud qui va vers l’ouest », poursuit l’ingénieur. « Le phénomène qu’on a à l’est de Mayotte peut induire des contraintes qui vont se propager dans le sol et induire des déblocages d’énergie par ailleurs. Il peut y avoir une liaison entre les deux phénomènes. »

Ainsi l’éruption et le déplacement de Mayotte vers l’est pourraient étirer la croûte terrestre, et favoriser des séismes tectoniques, notamment le long de la ride à l’ouest. D’autres seraient donc à prévoir, à des échéances imprévisibles.

Infographie du Revosima

« C’est un tout, on peut imaginer que tout déplacement génère des contraintes et que ça craque par moment. Il y en aura d’autres comme il y en a eu dans le passé. »

Une analyse qui rejoint celle du Révosima, le réseau de surveillance du nouveau volcan qui écrit dans son rapport du mois de mars que « les contraintes mécaniques accumulées sur des structures tectoniques dans la zone depuis longtemps peuvent être relâchées brusquement par l’intermédiaire de séismes plus ou moins fortement ressentis et dont la magnitude peut dépasser 5. Il est d’ailleurs possible que l’intense activité magmatique et volcanique à l’est de Mayotte puisse favoriser la libération de ces contraintes tectoniques. Simultanément à l’activité sismo-volcanique à l’est de Mayotte, d’autres séismes d’origine tectonique sont possibles dans le futur dans la région et pourraient être fortement ressentis par la population. »

Le Marion Dufresne est attendu, mais quand ?

Cette actualité qui fascine toujours autant les scientifiques est en revanche perturbée par une autre crise, celle de l’épidémie de coronavirus, qui freine la recherche. Plusieurs missions étaient attendues pour les semaines à venir, avec notamment des forages et l’arrivée du Marion-Dufresne. Actuellement, tout est suspendu.

« Les prochaines étapes font l’objet de grandes discussions, il était prévu que le Marion Dufresne vienne, avec le confinement c’est plus délicat pour acheminer les scientifiques à bord. C’est en cours. Des missions sont nécessaires car on a du matériel à aller retirer ; d’ici la fin de la semaine on en saura plus » informe le directeur du BRGM.

YD

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