De la case en tôle à la brique de terre : le retour aux valeurs sûres

C’est un peu l’évolution de la case en paille à la maison en dur du conte pour enfant. En passant de la case en tôle, au sol souvent en terre battue, exposée aux intempéries, au type d’habitat produit par l’Etablissement public Foncier et d’Aménagement (EPFAM), c’est un grand pas qui éloigne les ménages de la précarité.

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Un des habitats type

Dans la formule du programme Taratibu Ora Makao  (Résidence paisible) présenté ce mardi à la secrétaire d’Etat à la santé et à la solidarité, c’est un village de 30 maisons en dur, où des habitants de Tsoundzou II devraient séjourner pendant un temps limité, en attendant que des maisons ou des appartements définitifs soient construits en lieu et place de leurs actuelles cases en tôle.

Sont visés ce que les acteurs appellent les « bidonvilles », installés de longue date ou non, comme l’explique Christelle Dubos lors de la pose de la 1ère pierre à Tsoundzou II : « Il s’agit de construire un village d’urgence pour loger les habitants dont on va déconstruire l’habitat insalubre. » Ils devraient y rester au maximum un an, « en attendant que leur logement en dur soit construit sur leur quartier habituel », nous explique Patrick Bonfils, directeur de la DJSCS.

Pose de la 1ère pierre du village par Christelle Dubos à Tsoundzou II

Dans ce cas, ils pourront donc se porter acquéreur, pour un prix volontairement tiré vers le bas. Le coût de 50.000 euros, encore très élevé pour des ménages quasiment sans revenus, pourra être encore revu à la baisse, comme nous l’explique Sébastien Fumaz, Chef de projet Construction à l’EPFAM : « Nous avons cherché à apporter une solution de logement décent, avec des normes parasismiques, et paracycloniques, et en abaissant encore le coût à 30.000 euros en cas d’autoconstruction par le futur acquéreur. La structure peut se monter en 3 jours par 10 personnes non qualifiées et un architecte encadrant. » Après la construction d’un hôpital en 10 jours à Wuhan (Chine), plus rien ne nous étonne !

A ce prix de 30.000€, seules les parties sensibles restent produites par une entreprise : fondations, électricité, assainissement etc. Le reste est conçu pour être assemblé sans compétences particulières.

Possibilité d’intégrer le bloc sanitaire

Le look extérieur est plutôt chaleureux, en bambou et briques de terre compressées, labellisée à Mayotte, qui rappelle furieusement l’époque des maisons SIM, « nous ne sommes pas encore fixés sur les matériaux, tout ça est en phase de test. »

A Doujani, une coquette maison en brique et parpaing, avec un étage, pour 30 000€ si on sait tenir un tournevis

Ainsi à Doujani, deux prototypes, au même prix que mentionné ci-dessus, sont quant à eux conçus avec un mix de briques de terre et de parpaing. Une expérimentation plus “esthétique” qu’autre chose, le coût de revient étant globalement le même nous explique l’établissement public foncier de Mayotte.
De même, l’aménagement est assez libre. Une des maisons présente un escalier en bois à l’intérieur, menant à un étage spacieux. L’autre prototype dispose d’un escalier extérieur, qui fait gagner en espace au rez-de-chaussée.

Prenant modèle sur l’habitat traditionnel, le bloc sanitaire est à l’extérieur de l’habitat principal, ce qui ne va pas améliorer les statistiques de Jamel Mekkaoui, de deux tiers des logements de l’île sans confort sanitaire de base ! Avec des critères nationaux de l’INSEE qui prennent en compte la présence de toilettes et de douches à l’intérieur de la maison, et non à l’extérieur. « Une couverture en terrasse pourra être apposée pour rejoindre les deux habitats », rassure le concepteur.

Les douches et WC du bloc sanitaire

L’accession au logement social pourra être facilitée par le retour des APL (Aides Personnalisées au Logement), qui ont disparu en métropole, « et rétablies par la loi de Finances 2020 uniquement pour les outre-mer », nous rapporte Christelle Dubos. Reste à trouver le bon dispositif pour le financer, « on ne peut pas emprunter les voies classiques des dispositifs de logement social. Il faut pouvoir le financer à 100%, il ne restera plus que 60 euros à la charge du locataire », complète le préfet Jean-François Colombet. Il faudra bien entendu être éligible aux critères ce qui suppose une situation administrative en règle, la préfecture nous a indiqué vouloir communiquer ultérieurement sur ce sujet.

Pour la députée Ramlati Ali, « c’est une bonne avancée. Mais il faut sans doute aménager l’accessibilité aux escaliers, et permettre de se rendre au bloc sanitaire sans se mouiller. »

Anne Perzo-Lafond avec Y.D.

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