Tours d’eau en Guadeloupe… attention aux fuites à Mayotte

Plus une seule goutte d’eau ne coule du robinet de la mairie de… Goyave, dans le sud-ouest de la Guadeloupe. La vétusté des canalisations est notamment en cause, la vigilance s’impose sur ce point à Mayotte. Des opérations de détection sont justement en cours sur Mamoudzou.

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Pose de canalisation d'adduction d'eau potable à Mayotte (Image d'archives)

« Les habitants subissent de nombreuses coupures d’eau, ils ne bénéficient pas d’alimentation en eau potable de façon continue depuis plusieurs semaines », rapporte le maire de Goyave, en Guadeloupe, Ferdy Loisy, dans guadeloupe.franceantilles.fr. Qui rajoute que ces difficultés sanitaires « soulèvent la question de la santé publique ». Une employée municipale explique partir au travail avec sa voiture remplie de bidons à nos confrères de europe1.fr, « chaque jour, les habitants de Goyave, au sud de l’île, attendent les camions qui transportent les packs d’eau potable », peut-on également lire. En deux ans, la mairie de Goyave a dépensé plus de 200.000 euros pour distribuer environ 300.000 bouteilles d’eau aux 8.000 habitants.

Les Guadeloupéens connaissent actuellement les tours d’eau tels que nous les avons vécus il y a deux ans lors de la pénurie de 2016-2017. Les communes sont alimentées en alternance selon un calendrier bien précis.

La cause, ou plutôt les causes, ne sont pas à chercher très loin, nous les connaissons aussi. D’abord, les canalisations vétustes n’ont pas été entretenues, provoquant une forte déperdition de l’eau acheminée, 50% de l’eau serait perdue à cause des fuites, rapporte le même site. La « défaillance » du Siaeag, le Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe, est pointée par Guadeloupe-France Antilles. Plusieurs syndicats ont cette compétence en Guadeloupe, gérés par les collectivités locales, qui viennent de lancer des travaux, « Mais ces organisations n’ont pas assez d’argent », explique Harry Placide, le directeur de service de l’un de ces syndicats, au micro de Europe 1. 50% des factures seraient impayées.

Un rendement en baisse

Les rampes d’eau installées pour les tours en 2017

Voilà qui doit servir de leçon quand notre « jeune » circuit de canalisation donne déjà des signes de fatigue. Rappelons que le rendement du réseau était de 82,4 % en 2012, « supérieur aux objectifs contractuels de 75 % prévus par la DSP », mentionnait la Chambre Régionale des Comptes dans son rapport sur le Sieam l’année dernière. Il fait référence à une période où le Syndicat d’Eau et d’Assainissement de Mayotte faisait partie des services performants en France, la jeunesse des canalisations l’y aidait beaucoup. Entre 2012 et 2016, le rendement du réseau a accusé une baisse de 3 %, toujours selon la CRC. En cause, le manque de moyens dédiés à la recherche des fuites et au renouvellement des équipements. Pour ne l’avoir pas fait, la Guadeloupe se retrouve avec une ardoise estimée à un milliard d’euros pour une remise en état de l’ensemble du réseau d’eau potable en Guadeloupe.

La Mahoraise des Eaux (SMAE) est précisément partie à la chasse aux fuites, ce qui a provoqué des coupures d’eau sur Mamoudzou les deux nuits précédentes, “il fallait localiser les zones de fuites sur ce secteur. Il ne devrait plus y avoir de coupure pour le moment”, nous indique le directeur. Qui précise que le réseau se dégrade moins à Mayotte qu’à La Réunion, “il y a peu de mouvement de terrain”.

Le fonctionnement de Mayotte en syndicat unique (Sieam) faisait des envieux auprès des élus antillais en 2012, lorsque Mayotte avait accueilli les Assises de l’eau et de l’assainissement. Ils souhaitaient alors opter pour cette solution qui permet d’avoir un prix unique de l’eau. Ils le veulent toujours. Emmanuel Macron qui a reçu dernièrement le président du conseil régional de Guadeloupe, a évoqué avec lui les « travaux d’urgence » à mener, rapporte  la croix.fr , pour « la suppression des tours d’eau et la création d’un syndicat unique en 2020 ». A Mayotte, saurons-nous préserver ce bel outil qu’est le Sieam, qui externalise de plus en plus ses compétences ?

Enfin, et toujours pour comparer notre situation à celle du Département antillais, Ferdy Louisy, se plaint de l’assainissement non opérationnel : « Vous savez ce que c’est que le choléra. Alors imaginez ça dans un département français, bientôt en 2020. On a connu ça », pointe-t-il. Que dire d’un département où en 2012, seulement 18% de la population était raccordée*…

Anne Perzo-Lafond

* 25% en 2019

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