En quête de reconnaissance, le Collectif des citoyens demande à rencontrer E. Macron

Le collectif des citoyens de Mayotte, présidé par Ali Charlot - pour que tout soit clair, celui de Mahamoud Azihary, pas l’autre – sollicite un entretien avec le président de la République lors de sa visite à Mayotte les 22 et 23 octobre 2019. Le fond et la forme du discours est le même : la confiance dans les élus n’existe plus, or ce sont eux qui sont écoutés. Un discours qui reste partial.

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En mars 2018, une mobilisation née sur le thème de la sécurité pour laquelle des moyens ont été mis par le gouvernement

Si on ne devait retenir qu’un seul passage illustrant les 6 pages de courrier bordées de fleurs d’ylang, ce serait le dernier paragraphe. Il critique la réponse du gouvernement au mouvement de mars 2018, sous forme de plans, qu’ils soient d’action ou de convergence, « vécue comme un leurre par les Mahorais qui ne croient plus aux sommes annoncées pendant que les projets sont enterrés un à un. Et pendant que le gouvernement et les élus proches du gouvernement parlent de «manque d’ingénierie » pour justifier le sous-développement chronique de Mayotte en oubliant que cette île est française depuis près de deux siècles, la décentralisation est mise à mal et les structures de Mayotte sont décimées une à une, faisant croire à une recolonisation d’un territoire déjà géré comme un vestige colonial, en marge de la République. »

On retrouve au long du courrier les principales récriminations du Collectif qui « a été exclu » des discussions à Matignon après le mouvement social en 2018, où seuls les élus ont été conviés, « alors qu’ils sont restés éloignés du mouvement ». Bien que ce mouvement qu’ils ont conduit, nous ait doté des moyens du Plan avenir pour Mayotte et de l’arrivée du capé préfet Dominique Sorain, le premier ministre pouvait malgré tout difficilement faire autrement. Le Collectif y consent, comprenant l’ « attitude du chef d’un Etat démocratique » qui « privilégie le contact et le suivi des dossiers avec les élus. »

Le rédacteur du courrier dresse deux parallèles, potentiellement menaçants. Avec le mouvement des gilets jaunes tout d’abord, « nous avons été les précurseurs (…) jusqu’ici non violents », et avec la Guyane ensuite, secouée par un mouvement en mars 2017, où « vous n’avez pas tardé à vous rendre ».

L’éculée excuse du dugong

Grosse mobilisation le 7 mars 2018

Le Collectif ne craint pas de se faire porte-parole de l’ensemble du territoire, en invoquant “une rupture consommée entre les élus et la population (…) les élections à Mayotte ne donnent pas nécessairement des élus représentatifs des intérêts de leurs électeurs”, en évoquant des manœuvres « de type financier pendant les campagnes électorales ». Un constat réel, qui appellerait davantage de dépôts de plainte, mais rappelons que les  fautifs restent les électeurs, étant seuls responsables de leurs élus. Un débat que Mayotte ne peut pas éluder en interne à l’approche des municipales.

S’il y a rencontre, les thèmes sont déjà listés : l’immigration clandestine « par l’inefficacité de la surveillance des frontières » offrant « un immense quart-monde à ciel ouvert » et « ghettoïsé », puisque les détenteurs de titres ne peuvent voyager, l’économie de « prédation », le niveau d’aménagement d’un territoire déstructuré, le niveau des retraites, des indemnités chômage, des prix, des prestations sociales, etc. Des revendications justes.

Dommage que le discours envers les élus reste idéologique, en ne reconnaissant aucune avancées alors que la visibilité de Mayotte a changé à Paris. Flinguer les élus sans discernement, qu’ils soient du parti au pouvoir ou pas, qu’ils fassent le taf ou pas, participe aussi à la perte de nos élites. Un traitement à même de décourager n’importe quel candidat porteur d’une vision, et qui justifie l’injonction des élus envers les membres du collectif, “présentez-vous aux prochaines élections !”

Une soif de reconnaissance et de considération, c’est ce qui transpire surtout de ce courrier signé Saïd Mouhoudhoiri (lire le Courrier de demande de rencontre president), dont la principale vertu est de secouer le cocotier pour demander des comptes sur l’absence de structuration du territoire, réclamant des avancées concrètes sur l’avenir de l’aéroport avec sa piste longue, l’avenir du port, une voie express contournant Mamoudzou ou un pont reliant la Grande Terre et la Petite Terre, pour ne citer que ces projets, mais qui jusqu’à jusqu’à présent ont été jaugés par « la voix d’experts venus de Paris (…) allant jusqu’à nous infantiliser avec des histoires de dugong à dormir debout ». Où l’on va reparler du rallongement de la piste…

Le Collectif s’est réuni à Mroalé ce dimanche 13 octobre pour évoquer ces sujets.

A.P-L.

10 Commentaires

  1. Le pauvre collectif moribond et divisé nous sort sa vieille rengaine sur la responsabilité des élus… Qui a voté pour ces élus incompétents ? Qui votera à nouveau pour eux dès les prochaine élection contre une promesse d’embauche ou un carton de bawas ?

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