Koungou-piscine : un symbole des difficultés d’aménagement à Mayotte

Un diagnostic mal mené depuis plusieurs années, des décisions qui trainent et qu’il faut « budgétiser », voilà un résumé des embûches qui nuisent à la structuration du territoire et à la consommation de ses fonds.

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La piscine de Koungou opérationnelle aussi en intersaison des pluies... (Photo A.B.)

En mai dernier, nous avions titré « Koungou-piscine, bientôt plus qu’un mauvais souvenir ?! » Un symbole de ce que Mayotte peut vivre de sous-développement, avec des chantiers structurels qui trainent, faute de dynamisme des services en charge des travaux.

Mise en cause à l’époque par les élus de Koungou, la DEAL, Direction de l’Environnement, de l’Alimentation et du Logement, avait annoncé avoir effectué des sondages début mai « pour commander les travaux ». Mais les pluies de la semaine dernière ont aussitôt confronté les automobilistes à la réalité d’une large cuvette remplie d’eau : aucun aménagement de la voirie n’a été effectué. « J’ai mis 20 minutes à traverser Koungou », nous explique une lectrice qui se rendait vers le nord pour travailler. Un entrepreneur nous avait saisi il y a 3 ans, en nous expliquant ne plus pouvoir travailler, « il y a déjà les bouchons, et là, nous ralentissons encore un peu plus la circulation des camions. »

Nous avons contacté la mairie de Koungou. C’est une colère froide qui anime le DGS par interim, Alain Marteau : « Vous tombez bien ! En l’absence de réaction de la DEAL, nous avons lancé ce matin le marché pour que des travaux commencent en octobre pendant les vacances scolaires. » Un ouvrage pour lequel la mairie met la main à la poche, « puisque la DEAL ne veut pas en avancer le financement. »

Et subitement, la ligne haute-tension

Une piscine à bouchons (Photo A.B.)

Rappelons que le problème est double. Il s’agit de supprimer et de remplacer un plateau qui retient l’eau de pluie, et de remplacer une buse, « elle est complètement écrasée et ne permet pas l’évacuation de l’eau », a constaté le DGS, qui envisage de la doubler.

Nous avons donc de nouveau contacté la DEAL, et Christophe Trollé, Directeur du Service Infrastructures, nous fait part d’un nouvel élément : « En début d’année, nous nous sommes aperçus de la présence sous-terraine d’une ligne haute tension de EDM, qui longe la route, mais enfouie à une profondeur insuffisante. » Difficile de savoir pourquoi ce diagnostic n’avait pas été fait avant… En tout état de cause, Electricité de Mayotte (EDM) ne peut pas effectuer une simple « épissure » (jonction après qu’un câble ait été sectionné), « ils doivent dévoyer la ligne en coupant environ 300m de câble, entre deux postes, et craignent de provoquer des blackout ». Des travaux conséquents que l’opérateur « doit budgétiser ». Verbe synonyme de retard…

La DEAL indique réfléchir à des travaux provisoires, et nous leur apprenons la décision de la mairie de prendre les rênes et de lancer les travaux. « Je comprends leur impatience, mais il ne peuvent pas le faire sans notre autorisation, ils sont sur le domaine routier national », reprend la DEAL, qui indique réfléchir de son côté à des travaux provisoires « avant la saison des pluies », en attendant une décision sur la ligne électrique.

Nous avions jusqu’à présent du provisoire qui dure, mais nous inventons maintenant de la durée avant le provisoire ! Une parfaite illustration du yoyo régulier entre administrations et collectivités qui va à coup sûr tuer la consommation du milliard six du plan de convergence.

Anne Perzo-Lafond

9 Commentaires

  1. Absence de gestion de l’urbanisme (défrichement et constructions ou cultures sauvages en amont), incompétence des élus et de leurs “chargés de projets”, mediocratie générale sur l’île, corruption et copinage dans l’attribution des marchés, etc. Autant de dysfonctionnements cumulés qui ont amené à cette situation…

    • Dommage, l’île aurait besoin de plus de citoyens comme toi, qui ont compris que son développement passe par l’ouverture d’esprit et une vraie démocratie républicaine.
      Je suis profondément pour les cultures et les traditions locales mais elles ne font jamais le jeu du développement car elles sont intrinsèquement conservatrices…

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