Aigle Azur en redressement judiciaire : vraisemblablement pas d’impact à court terme pour Air Austral

Quasiment toutes les métaphores catastrophistes de l’aérien s’appliquent actuellement à Aigle Azur, « trou d’air », « crash » et avec l'ultime question, « y a-t-il un pilote dans l’avion ? » Face aux annonces alarmistes sur les finances de la 2ème compagnie française, nous avons interrogé Air Austral sur la pérennité d’affrètement de l’A330 de la compagnie en difficulté.

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On ne reverra pas l'A330 d'Aigle Azur dans le ciel mahorais cette année

Le mois d’août a peut-être sonné le glas de la 2ème compagnie française, assurant notamment les liaisons entre la France et l’Algérie, et qui transporte chaque année 2 millions de passagers. La semaine dernière, son PDG, Frantz Yvelin, avait été débarqué par deux actionnaires de la compagnie. Il est de nouveau aux manettes, mais vraisemblablement pour annoncer un placement en redressement judiciaire, comme le titrait le Figaro. Un Comité d’entreprise exceptionnel s’est tenu ce lundi après-midi à ce sujet. Créée en 1946, Aigle Azur, doit faire face à une dette de l’ordre de 40 millions d’euros.

Une annonce à première vue inquiétante pour les voyageurs de la ligne Mayotte-Paris, avec l’affrètement depuis deux mois par la compagnie Air Austral d’un Airbus A330 d’Aigle Azur. Il s’agissait fin juin de pallier l’immobilisation d’un des ses deux Boeing 787, aux ailettes de moteur Rolls Royce prématurément usées.

Contactée, la compagnie réunionnaise se veut rassurante à court terme : « Notre PDG Marie-Joseph Malé est en lien permanent avec son homologue chez Aigle Azur. Qui l’a rassuré sur la viabilité des appareils pour les prochains mois, expliquant que le dépôt de bilan n’aurait pas d’impact sur les voyageurs et que les avions continueraient à voler », nous explique Stéphanie Bégert, responsable de la communication chez Air Austral.

« Pas opérationnel avant la mi-octobre »

Le B787 d’Air Austral aux couleurs du lagon est immobilisé depuis deux mois maintenant

L’arrêt technique annoncé pour une durée de deux mois sera en réalité plus long. Rolls Royce installe des ailettes nouvelle génération sur le Dreamliner aux couleurs du lagon, « nous récupérerons l’avion fin septembre, avec des moteurs flambants neufs, il n’y aura plus de problème d’usure prématurée des ailettes, nous assure-t-on. » Le temps de checker la remise en route, « il ne sera pas opérationnel avant mi-octobre. »

L’A330 d’Aigle Azur est donc affrété jusqu’à fin octobre, ainsi que le même appareil chez Wamos. Fin octobre, ce délai sera-t-il compatible avec un calendrier de dépôt de bilan ? « Marie-Joseph Malé a obtenu une réponse positive, mais a malgré tout alerté l’aviation civile pour trouver un plan B si nécessaire. »

On se souvient que de mars à novembre 2018, les deux B787 d’Air Austral avaient déjà été immobilisés pour usure prématurée des ailettes sur les moteurs Trent 1000 de Rolls Royce. Actuellement, seul celui qui porte les couleurs de Mayotte est touché, « sur l’autre, les contrôles ne font pas apparaître la même usure. »

Inégale usure des ailettes sur les deux Dreamliner

Les moteurs des deux Dreamliner d’Air Austral équipés des Trent 1000

Un constat qui peut s’expliquer selon Stéphanie Bégert : « Lors de l’achat, celui qui dessert La Réunion avait été mis en service quelques mois plus tard que celui qui touche votre île. Une procédure de décollage « plus soft » avait été immédiatement appliquée, déclinée ensuite sur le premier appareil. »

Le B787 qui assure le direct Mayotte-Paris est aussi « plus sollicité ». Difficile de dire avec certitude si la particularité de la piste courte est en cause, « on peut simplement affirmer que les pneus et le freinage sont davantage sollicités », donc le reste sans doute aussi.

Des problèmes sur les moteurs Trent 1000, d’autres compagnies continuent à en pâtir. Le 13 août dernier, un Dreamliner de la compagnie Norwegian Airlines a perdu plusieurs fragments de son moteur au dessus de l’Italie, comme le rapporte le journal Capital.fr  endommageant 25 voitures, et a dû faire demi-tour avec prés de 300 passagers à bord.

Si l’annonce d’un redressement judiciaire de la compagnie Aigle Azur reste une mauvaise nouvelle pour notre desserte aérienne, elle l’est surtout pour les plus de 1.000 salariés de la compagnie.

Anne Perzo-Lafond

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