Les gardes nature de Moya demandent un soutien psychologique

A coup sûr, en arrivant sur la plage de Moya pour parler préservation de la biodiversité marine ce lundi 26 août dans la soirée, Sibeth Ndiaye ne pensait pas entendre parler de souffrance, en dehors de celle des tortues braconnées. Pourtant, les gardes du conseil départemental ont interpellé la porte-parole du gouvernement sur un sujet qui leur tient à cœur.

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Le kwassa naufragé ce 1er juillet 2019

« J’ai eu la chance d’avoir un entretien avec la ministre, et j’ai pu lui parler des arrivées de kwassa sur la plage de Moya 2, mais surtout des corps noyés qu’il nous arrive de découvrir à la suite d’un chavirage », des séquences traumatisantes nous explique François Albert, Garde nature départemental depuis 12 ans. « Dans les nuits qui suivent, je n’arrive pas à m’endormir, j’ai des flashs des images horribles de ces noyades. »

Il se souvient particulièrement de ce naufrage en 2007, « il y a eu 17 corps, j’étais sur place, nous avons été en première ligne pour gérer ça ». Des naufrages qui se produisent souvent à l’approche de la plage de Moya 2, la plus éloignée de la cabane des gardes, mais aussi celle où les vagues peuvent être assez fortes, et cassent sur les hauts fonds. « Le dernier chavirage date de juillet cette année, quand un bébé a été retrouvé sur la plage par nos équipes. D’ailleurs, le kwassa est toujours sur la plage de Moya 2. »

La stratégie des kwassas ambulance

Ce puits de sciences sur le rythme de vie des tortues, ne s’occupe pas seulement de ses protégées, mais doit aussi gérer les blessés des kwassas ambulance : « Il n’y a pas un mois sans qu’il y en ait un. Leur stratégie est d’ailleurs réfléchie. Les passeurs laissent les malades sur la plage, car ils savent que les deux plages de Moya sont gardées en permanence, et que nous allons immédiatement contacter les pompiers. Un de nos collègues est d’ailleurs pompier volontaire à Pamandzi. »

Sibeth Ndiaye à l’écoute de François Albert (à droite), une photo prise par les gardes nature

Il a donc interpellé Sibeth Ndiaye : « J’ai demandé que soit mise en place une cellule psychologique pour nous aider à affronter ces découvertes. J’ai obtenu une bonne écoute, puisqu’elle m’a dit qu’elle allait en parler au ministre concerné. » Présente à l’entretien, la députée LREM Ramlati Ali nuance cette demande, « elle a expliqué que le CHM avait déjà une cellule psychologique. Or, on sait bien que le CHM est débordé. »

Pour Ramlati Ali que nous avons contactée, ses propos vont dans le sens de la demande de François Albert : « J’ai expliqué à la ministre qu’un début de réponse a été mise en place à Mayotte, avec l’installation d’une cellule médico-psychologique à l’hôpital. Par contre, ce qu’on peut demander, c’est davantage de moyens, car il n’y a pas suffisamment de places, c’est de suite saturé. »

Multiplication des cellules médicopsychologique

Pourtant, la députée nous explique que les antennes se multiplient face à une demande croissante, “les mahorais sont peu à peu sensibles à cette nécessité”. Deux Cellules médicopsychologiques ont été créées, “à Mamoudzou, Chirongui, et nous avons des permanences à Dzoumogné et en Petite Terre où sera bientôt installée une cellule permanente.” Existe également une cellule d’urgence médicopsychologique, “15 personnes y travaillent. Elle peu être contactée à tout moment.”

Quant aux agressions lors des arrivées de kwassas, si elles se sont produites, elles ne seraient plus d’actualité, « ça n’est plus arrivé depuis un bon moment. »

Le garde a également profité du passage d’Annick Girardin pour transmettre ses doléances sur le mauvais fonctionnement du service, « nous n’avons aucun moyen matériel, et la cabane qui nous abrite est délabrée ».
Rassurons-nous, il a quand même été question de préservation de la faune et de la flore au sein de ce service du département… qui agit comme une cellule psychologique pour les tortues.

Anne Perzo-Lafond

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