Mayotte-Djibouti : beaucoup de préliminaires, avant une hypothétique union

En parlant de la corne de l’Afrique, le doctorant en géopolitique Christophe Rocheland, évoquait le dessin de la corne d’un rhinocéros, « si Djibouti est son œil, Mayotte pourrait être dans ses pattes ! » Mais avant que Mayotte ne vienne titiller ce pays du nord-est africain, il va couler de l’eau, de la mer Rouge, sous les ponts.

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Une partie de la délégation djiboutienne au premier rang

Le coup de foudre entre Mayotte et Djibouti est récent, il date de l’année dernière, lors des Jeux de la Commission de la jeunesse et des sports de l’océan Indien. Une mission de prospection y a ensuite été menée par le conseiller départemental Ahamed Attoumani-Douchina, dans les régions de Tadjourah et d’Ali Sabieth.

Mais les acteurs présents ce mercredi ramaient un peu pour tenter de reconstituer un historique d’échanges ayant rapproché les deux territoires. Omar Houssein Omar, président de la Région de Tadjourah, évoquait une « culture similaire », une religion identique, et « les plats que nous avons dégustés à Mayotte sont quasiment les mêmes », il n’en demeure pas moins qu’au niveau de la proximité, des pays comme le Mozambique et la Tanzanie, nous tendent plus facilement les bras, la langue, et leurs liaisons aériennes, « il vous a fallu deux jours et trois vols pour venir jusqu’à nous, sans parler des délais d’obtention des visas qui se comptent en mois », résumait le vice-président en charge de la coopération, Mohamed Sidi, à destination de ses hôtes. C’est lui qui prononçait le discours d’accueil en lieu et place du président Soibahadine, assis pourtant à sa gauche.

Omar Houssein Omar détaillait les convergences avec les deux territoires

Si tout le monde est d’accord pour dire que « Mayotte ne peut pas uniquement développer des relations bilatérales avec la métropole », comme le résumait le Sous-préfet en charge des Affaires régionales, Yves-Marie Renaud, et que « la coopération décentralisée est développer », on espère comme lui que tout ça « débouche sur des choses concrètes, un partenariat portuaire, maritime, aérien, etc. »

Mayotte, française et africaine

On entrevoit le potentiel de rapprochement vers un pays francophone de 23.200 km2, au système juridique majoritairement basé sur le code civil français, et surtout, intégré dans une région de la corne de l’Afrique, « premier pôle de croissance du continent, qui attire les capitaux chinois, Qataris, ou des Emirats Arabes Unis », détaillait Christophe Rocheland. Des états qui son venus sécuriser leurs intérêts par de grosses bases militaires, comme la Chine, les Etats-Unis, ou l’Europe, « être à Djibouti, c’est être dans la cour des grands ».

Mais ne faut-il pas que Mayotte commence à adhérer aux institutions qui font l’Afrique justement, comme La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), pour intégrer plus facilement leur concert des Etats.

Une matinée de séminaire ce mercredi au conseil départemental

Etant donné que notre coopération décentralisée est toujours à bâtir, il faut consolider les partenariats avec les îles alentours, Madagascar et Comores, et s’intéresser de prés au Mozambique, puisque le président Soibahadine veut faire de Mayotte une base arrière de la future exploitation gigantesque de gaz et de pétrole au Mozambique. Il se concrétise d’ailleurs, puisqu’on apprenait que le gouvernement mozambicain a signé le 18 juin dernier à Maputo un contrat avec la société américaine Anadarko, qui investit 25 milliards de dollars pour la construction d’un terminal, ce qui en fait le plus gros projet d’extraction de gaz liquide du monde, avec une capacité estimée à 12,88 millions de tonnes par an.

Sans vouloir hiérarchiser le voisinage, Mayotte doit se donner des priorités pour asseoir un début de coopération décentralisée.

Anne Perzo-Lafond

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