Formation professionnelle, des grands mots et peu de concret

Ce vendredi, la presse était conviée à une "séance plénière du comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle", le Crefop. Deux heures de grands mots pour bien peu de concret, dans un domaine où "un travail d'ampleur" est attendu selon le préfet.

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Le CREFOP est censé organiser des solutions en termes de formation

Lorsqu’une structure, un politique, une administration, veut communiquer, la base est de donner du concret, d’expliquer en quoi telle ou telle évolution va changer la vie de nos lecteurs. Des mots simples pour des idées simples, il suffit d’y penser. Alors quand sur un sujet aussi important que la formation professionnelle, l’on commence à nous parler de “renforcer le continuum orientation-formation” au lieu de “lutter contre le décrochage scolaire”, on s’attend à être noyés sous de grandes idées et à repartir les traits tirés. De fait à l’issue de la réunion, bon nombre de participants semblaient plus rassurés de partir que satisfaits du déroulé.
L’objet, pourtant important de la réunion, était de définir un document cadre pour développer la formation professionnelle dans les trois ans à venir, et lutter contre le chômage et l’illettrisme. Ce plan triannuel s’appelle simplement un CPRDFOP (on arrive parfois à le dire quand on éternue), ou contrat de plan régional de développement de la formation et de l’orientation professionnelle. Ce document doit régir les travaux du CREFOP, groupe de travail qui réunit Etat, Département et partenaires sociaux pour parler de formation professionnelle. Le CREFOP a été inauguré en fin d’année dernière, c’est donc tout nouveau sur notre territoire.

Et la base de travail était prometteuse. Le préfet expliquait que l’Etat mettait sur la table 1,5 milliard d’euros sur 4 ans à Mayotte “en chantiers engagés”, soit un vivier considérable pour les entreprises et les apprentis malgré la “difficulté à avoir des maîtres d’apprentissage”. Malheureusement, sur deux heures de réunion, les représentants ont passé la première à se réjouir de leur “volonté de travailler ensemble”, avant d’engager des débats comme : faut-il plutôt former des hôtesses de l’air ou des éducateurs ? Un sujet assez passionnant pour générer un brouhaha tel que le préfet a dû faire la police et à la manière d’un professeur d’école, rétablir le silence dans la salle de réunion de la Cité des métiers. Dépité à l’issue, un fonctionnaire soupirait sur une ambiance de “classe de maternelle”.

Les objectifs ambitieux nécessitent un gros travail en commun

Si le  travail de ces représentants a tant de mal à être constructif, c’est peut-être parce que le CREFOP a été “créé de manière précipité, en une semaine, pour être inauguré lors de la visite de la ministre Pénicaud” dénonce un partenaire social.

Toujours est-il que ce lieu d’échanges a permis à chacun de fournir des clés de réflexion pour les années à venir. L’on apprend ainsi que Pôle Emploi a formé depuis début 2019 quelque 300 demandeurs d’emploi, dans des secteurs définis comme porteurs par des études antérieures, ou en langage administratif : “en lien avec le diagnostic posé”. Pour autant, seuls 20% d’entre eux ont trouvé un emploi durable dans les 6 mois, et 30% si l’on compte les CDD. L’on découvre aussi qu’Air Austral a commandé une formation de 12 stewarts et hôtesses de l’air, mais qu’aucun des candidats à la formation n’a réussi son diplôme à la fin.
Après deux heures de séance, le conseiller départemental de Bouéni et vice-président du Crefop proposait enfin du concret : “privilégier la formation avec des chances d’emploi immédiat ou en mobilité pour réduire le chômage”, avant d’être interrompu conjointement par le préfet et Pôle emploi pour lui rappeler que “c’est déjà ce qui se fait !”

Le préfet a dû jouer l’instituteur pour que chacun puisse s’exprimer

Mais tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain. Pour Christian Saint-Etienne, directeur des opérations en charge de la formation au sein de Pôle Emploi, “sur certains métiers nous atteignons 80% de retour à l’emploi”. Le RSMA de son côté revendique un taux unique en outre-mer de 89% d’insertion par l’emploi, malgré 40% d’illettrisme à l’entrée.

Il reste donc au CREFOP à trouver la bonne formule pour que d’ici 2022, les 35% de chômage et 50% d’illettrisme et d’analphabétisme qui plombent l’économie de Mayotte ne soient plus qu’un vilain souvenir, et que l’on ait, nous journalistes, le plaisir de titrer sur des idées innovantes et efficaces comme Mayotte sait les produire.

Y.D.

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