L’engagement des femmes ultramarines au Sénat

Mayotte était dignement représentée. En prélude à la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, la Délégation sénatoriale aux outre-mer et la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes ont organisé au Sénat un colloque sur le thème de l'engagement des femmes dans la vie économique et entrepreneuriale des outre-mer.

0
198
Pour changer de dimension, Maymounati Ahamadi appelle à accompagner davantage la créatrice d'entreprise

Ouvert par le président du Sénat, Gérard Larcher, le colloque a donné la parole à 25 intervenantes, femmes entrepreneurs venues de l’ensemble des outre-mer, qui ont témoigné de la vitalité des territoires.

« Audace, dynamisme, créativité, défense des valeurs de solidarité et d’intelligence collective ont caractérisé ces talents féminins qui ont présenté leurs parcours et leurs réalisations », rapporte la Délégation sénatoriale.

Avant que le vice-président du Sénat Thani Mohamed Soilihi n’introduise la 1ère des trois tables rondes, le président de la Délégation Michel Magras avait rappelé que les femmes sont au centre organisation sociale de Mayotte, leur rôle ayant été déterminant dans l’ancrage république française. Rebondissant sur ce propos, Thani Mohamed mettait avant tout à l’honneur l’emblème de la femme mahoraise, les chatouilleuses, « redoutables combattantes pour prévenir la spoliation sociale et politique de leur île ». Détaillant ensuite pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode savoureux de l’histoire mahoraise : « Par de simples chatouilles, elles sont parvenues à rejeter à la mer les dirigeants comoriens indésirables pour retenir sur l’île les notables mahorais ». « Nos outre-mer sont riches de nos femmes chef d’entreprises dirigeantes », concluait le sénateur Mahorais.

Deux Mahoraises battantes au micro

Djémilah Hassani aura passé en revue les fondamentaux des échanges commerciaux au sein de la société mahoraise

Parmi les 25 intervenantes, Djémilah Hassani, Responsable de la Stratégie régionale de la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS) Mayotte, soulignait la matrilinéarité de la société mahoraise, des femmes qui ont toujours utilisé « le financement collaboratif, le chicoha, basé sur un principe d’entraide, la musada ». Un « modèle associatif et participatif, novateur » développé par les Mahoraises, « un levier de développement économique ». Elle rappelait que le 17 décembre 2018, la CRESS signait un plan d’action régionale avec plusieurs partenaires dont la préfecture de Mayotte, pour l’entreprenariat au féminin, « avec petit à petit, l’implantation de Pôles ESS dans les communautés de communes ».

C’est également tout en sourire et en détermination que lui succédait de Maymounati Ahamadi, Directrice de BGE Mayotte, qui produisait les preuves chiffrées de la déclinaison actuelle de cette société matriarcale mahoraise où « la femme joue un rôle déterminant » : « 6 entreprise sur 10 sont l’œuvre de femmes, 7 demandes financement sur 10 sont portées par les femmes. La caractéristique matriarcale ne concerne donc pas uniquement le domaine culturel : la femme mahoraise crée pour que le foyer ait des revenus, avec 95% de TPE dont 60% portées par des femmes. »

Oser l’industrie ou la science

Au Sénat la semaine dernière

La BGE Mayotte a mis en place le Prix de la femme entrepreneur, mais en remarquant que les mêmes secteurs sont couverts : « Cela concerne essentiellement le commerce ou la restauration. On n’est pas présentes dans l’industrie ou la science. »

Un constat qui l’a amenée à promouvoir autrement l’entreprenariat au féminin, en proposant non plus un simple Salon de l’entreprenariat au Féminin, mais en ouvrant la parole au travers de conférences débat, avec des banques comme partenaires, et elles ont parlé : « Elles ont mis en avant la nécessité d’être soutenues, surtout par leurs proches. La gente masculine qui peut décourager de nous voir chef entreprise. »
Autre point, « ne pas avoir peur de parler d’argent » : « Que l’on soit en Australie ou à Mayotte, on crée pour la ‘money’, il faut savoir l’avouer ». Profitant de la présence de politiques dans la salle, elle profitait d’en appeler à la confiance et à l’appui de tous pour faire de ces micros entreprises, « des PME d’une trentaine de salariés d’ici 5 ans. »

Claire Perdrix, réalisatrice, est intervenue sur la table ronde n°2 “l’agriculture, secteur pivot des économies ultramarines : l’engagement au féminin”, pour parler du combat des agricultrices de Mayotte et présenter un extrait de son documentaire diffusé le 28 février prochain sur France Ô.

Anne Perzo-Lafond

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here