Le lavage en rivière, une pratique illégale qui manque d'alternatives ?

Ce vendredi, pas moins de 25 femmes étaient au tribunal après avoir fait leur lessive en rivière avec des produits dangereux. Si le message des risques sanitaires, environnementaux et juridiques est bien passé, il manque encore d'alternatives à Mayotte pour les plus précaires.

0
979
Une vingtaine de femmes étaient convoquées, mais l'audience a attiré des curieux et des proches

L’audience qui s’est déroulée ce vendredi main n’était qu’un rappel à la loi, une alternative aux poursuites, sans inscription au casier judiciaire. Une audience plus pédagogique qu’autre chose en somme, mais qui donne le ton. La justice est décidée à ne plus tolérer les pratiques qui détruisent la biodiversité et mettent en danger les habitants.
En ligne de mire aujourd’hui, le lavage du linge en rivière. “Une longue période de sensibilisation a été menée, relate Simon Pradeau de la police de l’environnement de la Deal. Mais force est de constater que cette sensibilisation n’a pas suffi à faire cesser ces atteintes à l’environnement.”
La substitut Chloé Cherel rappelle que le code de l’environnement “interdit de déverser des substances nuisibles dans les eaux souterraines, superficielles ou dans la mer” notamment la lessive et la javel.

Les lavandières continuent de laver le linge dans les rivières

Car les conséquences de ces produits sont graves. Immédiatement, la javel peut causer brûlures, irritations ou intoxication. Récemment, informe la parquetière, un enfant est tombé malade pour avoir bu de l’eau de rivière polluée à l’eau de javel. Ce produit nocif tue aussi la faune et la flore du cours d’eau, et par extension, celles du lagon en aval. De même, les phosphates contenus dans la plupart des lessives favorisent le développement d’algues qui asphyxient la biodiversité. “Si les poissons de rivière meurent, ceux du lagon n’ont plus de réservoir de nourriture, développe Simon Pradeau devant les bouénis attentives. En détruisant les rivières, vous détruisez aussi l’activité de pêche, et l’économie de l’île”. Il constate par ailleurs que “les sites de lavage ne sont plus des sites naturels mais des dépotoirs,  on y retrouve des bouteilles de javel, des sachets de lessive et des vêtements abandonnés qui seront là pendant des générations.”
Le dernier risque, mais pas des moindres pour les femmes convoquées, c’est le risque pénal si on les y reprend. 2 ans de prison et 75 000€ d’amende, plus susceptibles selon le parquet de se traduire par “quelques centaines d’euros et la confiscation des vêtements”.

Alors quelle alternative ?

La police de l’eau et de l’environnement est un service de la Deal

Selon la procureure, “la meilleure solution c’est d’aller chez des amis, des voisins”, en somme n’importe où où se trouve une machine à laver. “Et si la rivière est la seule solution, utilisez du savon, pas de la lessive ou de la javel”. Le savons pollue aussi direz-vous, mais il fait l’objet d’une tolérance des pouvoirs publics en raison d’un impact moindre sur l’environnement.
Sinon, pour une poignées de pièces, des initiatives quoique trop rares encore existent.
Deux laveries privées sont disponibles à Mayotte, ainsi que deux laveries solidaires portées par l’association Yes we Cannette, qui propose un lavage écologique pour 2€.
Simon Pradeau lui, plaide pour la création de “laveries communales, équipées d’un système d’assainissement”, mais les mairies ne se sont pas encore saisies du problème à bras le corps. Mais qu’importe la méthode, “l’objectif c’est  de sortir les gens des rivières par des solutions alternatives, que ce soient des initiatives associatives ou privées. La solution finale serait d’équiper chaque foyer en machines à laver” conclut le policier de l’eau et de l’environnement. Malheureusement, de l’eau javellisée aura coulé sous les ponts d’ici-là.

Y.D.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here