Equipement des personnes handicapées : entre Rolls Royce et galère

Mayotte, entre droit commun et système-D. C’est encore ce dernier qu’il faut solliciter dans encore trop de secteurs qui bénéficient pourtant de financements. La prise en charge du matériel pour les handicapés en fait partie.

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Saïd Hassini entouré de Amélie Pringer, présidente du Lions et de Sophie Mazelin, présidente du Rotary

Il y a 11 ans, Saïd Hassani, victime quand il était jeune d’un accident de la route, avait obtenu le financement de son fauteuil électrique sans trop de difficultés. Depuis le la prise en charge du handicap a connu de grande avancée, avec notamment la création de la Maison Départementale des Personnes handicapées (MDPH).

Tous les 5 ans, les fauteuils sont susceptibles d’être révisés ou changés, après que les bénéficiaires aient été vus par un médecin. En 2013, Saïd Hassani monte un dossier qu’il dépose à la MDPH, sans nouvelle depuis. Son fauteuil se dégrade, « quand je le mets à charger, j’ai toujours peur de mettre le feu à la maison ! », et c’est son infirmière qui décide de réagir.

Elle contacte le LIONS Club et le Rotary, qui acceptent tous les deux de participer. Le financement de l’équipement qui se monte à 13.000 euros, est bouclé : la Sécurité sociale prend en charge 5.300 euros, le patient débourse une participation minime de 130 euros, notamment grâce à la Prestation de Compensation du Handicap, et le Rotary Club Mamoudzou « Doyen », et le LIONS Club Mayotte lagon se partagent le reste à part égale, soit 3.700 euros. « Et la MDPH retrouve en 2018 mon dossier déposé 5 ans auparavant », relate Saïd Hassani, agacé.

Sans caméra, les handicapés livrés à eux-mêmes

Exit le vieux fauteuil ! Saïd Hassani s’installe avec l’aide des soignants

Nous sommes face à un fauteuil très évolué, fourni par la société RHM, mais ce n’est pas du luxe pour lui : « Je n’habite pas dans une zone où c’est praticable, il y a une montée, et c’est compliqué d’accès. » De plus, il ne vit pas reclus, sort beaucoup. C’est donc aussi un véhicule conçu pour circuler sur la route dont il prend les manettes, quittant avec l’aide d’un infirmier son vieux fauteuil aux accoudoirs dont il ne reste que le métal tranchant.

Si c’est un jour de fête, il veut témoigner du manque d’accompagnement : « Devant les caméras, nos élus nous assurent prendre en charge nos besoins, mais après, il n’y a plus personne. Bien que je sois mahorais, je suis plus maltraité que si j’étais un étranger. Je me demande si je ne vais pas changer ma carte d’identité contre un récépissé », glisse-t-il avec un sourire amer.

Apprivoiser la rue pentue des 100 Villas

La remise du fauteuil se fait devant la maison du Rotary, dans la rue des Cent Villas, à Mamoudzou, une rue très en pente. L’ascension ne pose aucun problème, mais Saïd Hassani ne maitrise pas encore les descentes et doit encore apprendre à manier l’engin. Des fauteuils plus simples existent, non électriques, remboursés intégralement par la Sécurité sociale, mais qui ne conviennent pas dans les cas n’inaccessibilité. Mais des dossiers également en attente de traitement à la MDPH. Ainsi que pour 4 fauteuils élaborés, identiques à celui livré ce jeudi. « Les patients perdent du coup peu à peu en autonomie », nous glisse-t-on.

Quelques minutes plus tard, Saïd Hassani repart aux commandes de la « Rolls Royce des fauteuils ».

Anne Perzo-Lafond

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