« Il n’y a pas de déchets, il n’y a que des ressources ! »

Obtenir du carburant à partir de poches plastique ou d’huile de friture, des cartons retransformés à l’infini, ou l’essor de la brique comprimée Mahoraise : bienvenu dans le monde de la transformation des produits qu’on ne peut même plus appeler déchets.

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Philippe Leclair jongle avec les recyclages

Mayotte avait découvert l’économie circulaire qui permet de reconsommer à l’infini un bien pour peu qu’on sache le retravailler. Le concept est encore à apprivoiser si l’on en juge par la faible participation à la matinale organisée dans le cadre du 4ème Forum de l’Economie Circulaire et Développement Durable. Dommage car les intervenants étaient de qualité, résolument ancrés dans l’action productive.

A commencer par quelqu’un qui n’a plus à faire ses preuves, et pour lequel il faut remercier l’intercommunalité du sud qui a choisi d’en faire son DGS : Philippe Leclair est une pointure du reconditionnement. Si les canadiens ont inventé la « ressourcerie », avec les 3 « R », Réduction des déchets et leur Réemploi avant leur Recyclage, c’est lui qui l’a mis en place en France, « en 1996, grâce à Jean-Louis Borloo. Il n’y a pas de différence entre ‘ressourcerie’ et ‘recyclerie’, et l’Abbé Pierre en a été un des pionniers avec les Chiffonniers d’Emmaüs. »

« Il n’y a pas de déchet, il n’y a que des ressources », répètera-t-il à plusieurs reprises. C’est l’objectif de sa première plateforme de bois de rebut, et du réemploi des plaques Isorel entre les palettes de livraison, « en Afrique, nous les avions découpés et revendu aux photographes pour leur encadrement. » Des exemples, il en a à la pelle, de cartons reconditionnes et revendus, ou de canettes à retransformer.

La brique de terre couronnée de l’ATEx

Magnifique utilisation de la brique mahoraise dans une villa

Lundi, lors du 2ème jour du Forum, Vincent Liétar, Art-Terre Mayotte, a vanté les mérites de la brique en terre comprimée qui vient d’obtenir de la CSTB une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx) et pour laquelle Mayotte est leader, un savoir faire local à la renommée internationale. Sur une île où les matériaux de construction coutent 35% plus chers qu’en métropole, la latérite renouvelable, recyclable et isolante, fabriquée par malaxage est un produit développement durable. La petite brique made in Mayotte pourrait être intégrée à la construction du futur lycée du bâtiment de Longoni.

La Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Mayotte a mené une étude Développement durable avec des acteurs du BTP, des commerçants et une cinquantaine de restaurateurs, pour noter les meilleurs pratiques de réemploi et de recyclage des déchets, « certains restaurateurs proposent par exemple un doggy bag à leurs clients qui n’ont pas terminé leur plat », rapporte Laurent Georgeault, Responsable développement durable à la CCI de Mayotte et docteur de l’Université Paris 1.

La grande menace, c’est le plastique. Il n’a plus rien de « fantastique », de la chanson d’Elmer Food Beat, et les couverts et des contenants jetables en plastique, seront interdits au 1er janvier 2020, en plus des pailles et des touillettes. « Une alternative de fabrication en bagasse issu de la canne à sucre, est à l’étude. »

Un coup de pouce pour Digo

Ahamed Mohamed porte un projet plein d’avenir

Une assemblée plutôt dynamique donc, et de chercheurs sympathiques qui donnent l’impression d’un vaste champ des possibles. C’est le cas notamment d’Olivier His qui venait évoquer le projet défendu par l’acteur Samuel Le Bihan d’une machine visant à transformer les déchets plastiques en carburants, développée par une association dont il est le fondateur, Earthwake. « Elle peut traiter 5 tonnes de sacs plastique par mois pour 3.000 litres de gasoil ». Une machine qui réutilise le gaz qu’elle produit.

Autre porteur de projet de recyclage, Ahamed Mohamed, de Chirongui, qui avec son entreprise « Digo Environnement » créée en juin 2018 collecte les huiles de friture alimentaire pour les transformer en biocarburant. « Alors que la loi impose aux restaurateurs de les confier à un opérateur, personne ne les collecte à Mayotte. Elles partent donc dans la nature, voire même, dans le lagon. Quand on sait qu’une goutte pollue sur une surface équivalente à un stade de foot, on se dit qu’il faut agir. »

Et ce commercial titulaire d’un Bac pro de commerce qui a déjà exercé en métropole, agit déjà en ayant commencé à collecter et à stocker ces huiles, « mais je n’ai pas assez de fonds pour acheter les pompes électrogènes. » Il a monté un dossier auprès d’Initiative Emploi, il doit trouver 60.000 euros, pour un débouché assuré. Il a aussi déposé une demande d’investissement à l’ADIM.

Le Forum se poursuit ce jeudi à la Maison de l’Entreprise à Mamoudzou, où les porteurs de projet sont attendus dans des ateliers projet Economie circulaire.

Anne Perzo-Lafond

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