Une conférence pour se sentir habitant du Canal du Mozambique

« Identité », « Coopération », « Croisement des cultures » : sont les mots clés de la 1ère Conférence sur les Civilisations du Canal du Mozambique. Qui dresse un pont entre Mayotte et sa région.

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Les premiers habitants des îles du Canal, par Felix Chami

Gros succès pour le lancement de la Conférence Internationale « Civilisations du Canal du Mozambique » ce jeudi matin dans l’hémicycle du conseil départemental. Bras de mer de l’océan Indien entre l’Afrique orientale autour du Mozambique, et l’île de Madagascar, dont la limite au nord est matérialisée par l’archipel des Comores, il a été le terrain de nombreuses navigations qui ont ainsi favorisé la mobilité des populations.

Dans son allocution introductive, le président du Département Soibahadine Ibrahim Ramadani souhaitait la bienvenu à ses nombreux invités internationaux venus de l’ensemble des pays de la zone : Madagascar, Union des Comores, Tanzanie, Kenya, Mozambique, et même Angleterre et Brésil, ainsi que Mayotte. Vingt six conférenciers vont ainsi se succéder.

« Une population puise les fondamentaux de son esprit dans les expériences vécues par son territoire. Dans le Canal du Mozambique, malgré les drames traversés de l’esclavage, des razzias, de la colonisation, l’expérience humaine devient une opportunité de voir émerger une civilisation swahilie. » Le président évoquait le « métissage des cultures de la société mahoraise contemporaine », « entre Afrique et Madagascar », un héritage « pluriel », « fondé sur le développement humain. »

Un « effet de miroir »

Dominique Sorain et Soibahadine Ramadani parlaient identité et évasion

Nous l’avons interrogé ensuite sur son intention initiale d’organiser une telle conférence : « C’est une continuité de ma volonté politique d’une stratégie de coopération décentralisée et d’actions internationales, le 1er Salon du Livre qui touchait à la littérature de la région en était en exemple.
Du fait de notre insularité, nous perdons de vue ce que nous avons en partage avec les autres, les Mahorais doivent connaître leurs racines, notamment les langues communes. Cette manifestation culturelle est aussi destinée à montrer à nos amis de la zone, qu’à Mayotte, ils vont ressentir un effet de miroir.
Tout ce passé commun sera synthétisé dans un ouvrage d’Histoire générale sur les origines de la région, grâce à la collaboration de l’université de Dar-Es-Salam. » Il devrait sortir en 2020.

Le préfet de Mayotte et Délégué du gouvernement Dominique Sorain, avait choisi de citer le président Emmanuel Macron, notamment sur le « destin commun » de l’Afrique et L’Europe, rajoutant que Mayotte était « au cœur de la civilisation du Canal du Mozambique », dont l’identité commune se voit notamment « à travers les contes et récits ». Il faisait remarquer que si La Réunion et Mayotte sont des îles « reliées à l’Hexagone », elles le sont aussi au Canal du Mozambique « dans le cadre de leur métissage. C’est pourquoi les enfants de Mayotte doivent être bercés par des rêves de voyages et d’échanges. » Enfin, la coopération est selon lui « une nécessité vitale d’être immergé dans sa culture. »

« At the end of Ice Age »

Un hémicycle bondé

C’est par deux conférences en anglais que débutait la conférence, et beaucoup avaient chaussé plein d’espoirs un casque pour une traduction qui avait été annoncée en simultanée, mais impossible d’en faire sortir un son. C’est donc à un public à l’anglophonie forcée que s’adressait Felix Chami, docteur ès archéologie, enseignant à l’université de Dar Es-Salaam, pour évoquer les destins croisés des premiers habitants des îles du Canal du Mozambique, « une Histoire qui a pu commencer il y a plus de 12 000 ans, à la fin de l’âge de Glace », glissait-il.

Des pierres taillées dont la similitude est frappante, et des morceaux de céramiques qui font dire qu’une même tradition de fabrication existait vers les 9ème et 10ème siècles, au Kenya, en Tanzanie, en Union des Comores, et à Mayotte, dont des fragments ont été retrouvés à Dembéni. Le conférencier évoquait ainsi une légende qui fait état de traversée à pied entre les îles avant la montée ultérieure du niveau de la mer. Le nom de “Comores” viendrait aussi de “Kwa Moto”, ” le volcan”.

Des oreillettes muettes

Tout n’ayant pas été capté par le public, dont certains étaient dépités de ne pas avoir de traduction, on espère que des restitutions seront proposées à partir de ces diffusions.

Ce vendredi, on parlera de Droits, politique et sociétés, à travers le droit local et le fondement du sultanat, des plantes médicinales de Mayotte, du régime foncier dans ces civilisations du Canal du Mozambique ou encore du poids de ces cultures dans la paix. Samedi, seront évoqués les thèmes de traite négrière et d’héritage de l’esclavage.

Lire le programme 2018 – Conf Canal Mozambique – Programme)

Anne Perzo-Lafond

 

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