Installation du GELIC : « Pour démanteler l’écosystème de l’immigration clandestine »

Le GELIC a désormais un visage, celui des enquêteurs qui le composent et un siège à Cavani. On y retrouve la PAF, le police nationale et la gendarmerie, mais aussi la Direction du travail, les finances publiques et la Douane, toutes énergies tendues vers un but: le démantèlement des filières d'immigration clandestine par les finances.

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Camille Miansoni, Jean-François Cocheril et Dominique Sorain viennent de dévoiler la plaque du GELIC

C’est une des mesures sécurité du plan Mayotte du gouvernement : le GELIC avait été créé en juin, mais n’est véritablement structuré que depuis ce mardi 2 octobre 2018, avec l’appropriation du siège, modeste, mais suffisant pour l’instant selon le Chef du Groupe d’Enquête sur la Lutte contre l’Immigration Clandestine (GELIC). C’est un commandant de Police rodé qui en prend les rênes, Jean-François Cocheril, puisqu’il a déjà travaillé dans un Groupe d’Intervention Régional (GIR) en Corse. Toute comparaison avec le GIR implanté à Mayotte en 2015, défavorablement connu lors de l’affaire Roukia et des interceptions douteuses de drogue, n’est pas purement fortuite, mais s’arrête là.

Car telle qu’elle était présentée par le préfet et Délégué du gouvernement Dominique Sorain, la machine est structurée et s’est professionnalisée. Elle sera actionnée par 3 enquêteurs de la Police aux Frontières (PAF), 2 de la Police nationale, 2 de la gendarmerie nationale, un inspecteur du travail, un des Finances publiques, et un enquêteur de la Douane. C’est donc le seul et unique GELIC de France.

Ce n’est pas une structure de substitution, insiste le procureur Camille Miansoni, qui la copréside avec le préfet : «  Le GELIC propose un champ d’action supplémentaire puisque chaque unité qui la compose ne sera plus limitée par son propre périmètre d’activité, une synergie est mise en place ». Lors du lancement en juin, il avait prévenu qu’ « on va taper au portefeuille ». Quelques dossiers sont encours, informe Dominique Sorain, « des amendes administratives pour travail illégal ont été prononcées dans 3 dossiers, de 15.000 euros à chaque fois ».

Des filières depuis la métropole

Les différentes structures du GELIC

Mais cela ira plus loin, comme l’explique au JDM Jean-François Cocheril : « Nous allons saisir les avoirs criminels sur enquête des Douanes. Nous estimerons le préjudice, avec possibilité de saisie des biens même s’ils ne sont pas en rapport avec l’infraction ».

Il s’agit pour le procureur de toucher « l’écosystème de l’immigration clandestine », ces filières qui organisent depuis Mayotte, « mais aussi la métropole, La Réunion ou les Comores », les transferts des étrangers, leur prise en charge à l’arrivée sur les plages de l’île, leur hébergement et un premier job.

Les structures membres ont été réorganisées pour rendre opérationnel le dispositif. A commencer par le parquet, « et le 3ème cabinet d’instruction spécialisé dans les dossiers économiques et financiers, a ouvert il y a quelques jours. La PAF a accru ses capacités d’enquête, de 8 à 15 agents, la Douane et les finances publiques ont détaché un collaborateur, mais avec l’objectif de se doter d’un permanent pour accompagner la charge de travail supplémentaire.

La Dieccte polarisée sur le travail illégal

Le préfet et le procureur coprésident

Quant à la Dieccte, le GELIC entre dans sa priorité, « la lutte contre le travail illégal », rapporte, Alain Gueydan son directeur : « Selon les chiffres de l’INSEE de mars 2018, 78% des responsables des activités informelles sont des étrangers, dont une bonne partie sont en situation irrégulière. » Un inspecteur du travail supplémentaire sera affecté à Mayotte « d’ici la fin de l’année ». Une Dieccte renforcée récemment, « nous sommes passés de 48 à 50 collaborateurs, et contre les tendance de diminution nationale des effectifs de la fonction publique ».

Les 13 membres du GELIC se réuniront tous les 15 jours « pour faire le point sur le portefeuille existant », rapporte Jean-François Cocheril, et au quotidien, police, gendarmerie et douane travailleront de concert dans les locaux remaniés, de l’ancienne permanence du député Boinali Saïd à Kavani. « Nous avons commencé le travail en répondant aux demandes des enquêteurs de terrain, et non en se demandant quelles affaires déjà existantes on allait pouvoir prendre. Nous allons faire coïncider leurs attentes avec celles des autorités ».

Les véhicules devraient arriver dans le courant du mois, « nous devrions pouvoir présenter un portefeuille d’action à la fin de l’année ». L’importance du dispositif met en évidence le laxisme qui prévalait jusqu’alors.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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