Trois projets pour tirer Mayotte vers le haut

Trois porteurs de projet vont percevoir 10 000€ pour se développer. Les Assises de l'outre mer ont permis de soutenir ces initiatives portant sur des sujets cruciaux à Mayotte : l'environnement, la jeunesse et l'économie du territoire.

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Yes we cannette a mis en place une laverie éco-solidaire

Une lessive pour sauver les rivières

Dans le local de l’association Yes we Can Nette, trois gros cube en métal occupent l’arrière boutique. Non pas des canettes géantes apportées par un inconditionnel du soda, mais des machines à laver le linge. Une neuve et deux acquises d’occasion. Deux des trois machines sont branchées et permettent aux habitants du quartier de laver leur linge pour 2€ à peine, sans polluer le lagon. “il s’agit de permettre aux personnes de faire leur lessive de manière digne et non polluante, avec des produits normés qui préservent le lagon. Le but est de protéger la ressource en eau, car quand elle arrive dans le lagon chargée de nitrates et de chlore, ça a des effets dévastateurs. Pas seulement pour les baigneurs mais aussi pour la pêche.” nous expliquait Laurent Beaumont, le président de l’association, en mars dernier.

Avec les 10 000€ du concours, l’association va pouvoir se développer, “notamment les machines et les produits” indique Olivier Tirard, coordinateur de l’association. Faute de pouvoir changer les pratiques en quelques semaines, Yes We Can Nette réfléchit à importer des lessives en sachet biodégradable, qui limiteraient l’impact des lessives en pleine nature. En attendant que chaque commune soit équipée de machines accessibles au public.

Du lait caillé toute l’année

Uzuri Wa Dzia. La beauté du lait. Le slogan est aussi poétique que le projet est ambitieux. Cette coopérative laitière, créée il y a un an environ par sept producteurs, veut voir grand, et leur nomination à ce concours est un encouragement certain. Le président de la coopérative Abdillah Boinaidi partait en juin dernier du constat que ” à Mayotte, en dehors du lait importé, il y a des producteurs qui ont des vaches laitières, mais leur lait ne se vend que pendant deux ou trois mois dans l’année pour répondre à la demande des manzaras (mariages). Pendant cette période, il n’y en a pas assez car la demande est très forte. Et le reste de l’année, on doit réfrigérer et vendre à perte tellement on en a.” Aujourd’hui, la coopérative s’est recrutée une directrice, Elise Cantelé, qui confirme cette ambition. “On est contents d’avoir gagné, certes pour les 10 000€ mais aussi pour le soutien qui va avec, car il y a du boulot. Notre objectif est de commencer à produire d’ici la fin de l’année. On souhaite démarrer avec du yaourt, du lait pasteurisé, du lait caillé et du fromage blanc. Le concours est un gros coup de pouce qui devrait bien nous aider.” Au delà des 7 producteurs de départ, la coopérative envisage de sillonner rapidement tout le département. Mais des défis restent à relever. En termes de récolte d’abord, “un challenge” pour la coopérative qui va se rendre “dans des zones reculées”. Mais aussi au regard des normes de production, qui imposent notamment une analyse et un comptage cellulaire. Or, “en métropole, ça se fait avec une machine qui n’existe pas à Mayotte” note la nouvelle directrice. On comprend mieux que tout coup de pouce soit le bienvenu.

Aider les jeunes dans leur projet de mobilité

Pour Tafara Ousseini, Mieux préparés, les étudiants ont plus de chance de réussir leur mobilité

Le troisième projet retenu est celui de Tafara Houssaïni Assani. Son objectif est de mieux préparer les futurs bacheliers à leurs études en métropole. Trop souvent, le déracinement, le changement d’environnement, précipitent les étudiants vers l’échec. “2700 étudiants partent chaque année. 95% échouent. Bien préparés, ils ont plus de chances de réussir” estime l’entrepreneur de 32 ans. “Le projet est né en 2007”, relate-t-il. Il revient alors à Mayotte après des études à La Réunion, en métropole et une année de travail aux Etats Unis. La mobilité, il connaît. “On était dans l’avion avec une jeune femme, elle n’avait pas de logement, ne savait pas comment elle allait se déplacer, pendant tout le trajet on a discuté. Quand je l’ai revue quelques années plus tard, elle a dit que ça l’avait aidée”.
Les écueils à éviter sont aussi multiples que répétitifs. “Chaque année, on a au moins un étudiant qui fait Paris-Rennes en Taxi. Ca leur coûte 1800€. Ils ne savent souvent pas ce qu’est une carte 12 25 et ne commencent pas leurs recherches de logement avant de partir, et se retrouvent à payer 100€ par jour à l’hôtel.” Après avoir réalisé des diapositives et mené des ateliers dans des lycées, les Assises lui ont donné une nouvelle perspective de développement. Avec les 10 000€, il espère trouver un local et recruter un salarié permanent pour poursuivre l’activité de l’association.

Y.D.

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