Du bio dans vos assiettes : les agriculteurs de Mayotte y travaillent

Dis-moi comment tu consommes, je te dirai qui tu es ! La condamnation de Monsanto a réveillé les ardeurs : les consommateurs veulent savoir ce qu’ils mangent. A Mayotte aussi où nous sommes aux prémices d’un cercle vertueux.

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Le stand Ecophyto au salon de l'agriculture en 2015

« Neuf cours d’eau sur dix sont pollués aux pesticides » en France, selon France Nature Environnement, « les pesticides triplent la mortalité des abeilles sauvages », « une pomme est traitée en moyenne 36 fois »… bon appétit ! 289 millions de dollars, c’est le prix du réveil des consciences en France avec la condamnation de Monsanto aux Etats Unis pour le lien avéré entre l’utilisation de ses pesticides et le cancer d’un jardinier.

Prenant part au chœur national des consommateurs, les Naturalistes de Mayotte demandent dans leur dernière lettre (Lire Lettre d’info des Naturalistes) que la France révise à la baisse son délai de 3 ans de fin d’autorisation d’utilisation des glyphosates, il est de 5 ans en Europe. Le produit désherbant, destructeur des insectes et nocif pour l’homme, selon l’Organisation Mondiale pour la Santé, est heureusement peu utilisé dans l’agriculture à Mayotte, où se pratique toujours le désherbage naturel. Mais, si les fruits sont épargnés ici, on sait que les tomates rougissent à coups de pesticides, très prisés dans le maraichage ici, qui inonde aussi salades et concombres.

Comment faire pour discerner les tomates vertueuses des autres ? Contrairement à la métropole, il n’y a pas encore réellement de label Bio à Mayotte, « il avait été mis en place, puis abandonné, faute d’organisme certificateur sur place », nous explique Bertrand Wybrecht, nouveau directeur depuis ce mardi (en tant qu’ex-adjoint) de la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF).

Il revient sur le label « Produit zéro pesticide » demandé par les Naturalistes : « Il est plutôt destiné aux collectivités territoriales qui doivent alors privilégier le traitement mécanique dans l’entretien de leurs espaces verts, leurs terrains de foot, les fossés en bordure des routes, etc. » Selon nos informations, certaines collectivités ici y auraient eu recours, également les jardiniers amateurs, qui seront dans l’illégalité le 1er janvier 2019.

Installer un certificateur bio

En agriculture, un programme de structuration de la filière Bio est en cours, comme nous l’explique Cécile Morelli, Chargée de Mission du Réseau Rural Français au lycée agricole de Coconi : « Il est porté par quatre partenaires, l’UCOPAM*, le lycée agricole de Coconi, les aviculteurs d’AVIMA et la COOPAC à titre individuel. Ils ont répondu à un appel à projet du PDR, le Projet de Développement rural européen 2018-2020, sur une mesure de coopération et de structuration dans l’offre de fruits et légumes à Mayotte, en quantité et en qualité. » Il s’agit donc à la fois de mettre en place un marché de grande distribution et de lancer une agriculture bio.

Déposé en mars, le dossier est en cours d’instruction, son passage en CRUP (Comité Régional Unique de Programmation) permettra d’en savoir plus sur son financement qui se chiffre en centaines de milliers d’euros. « Mais de toute façon, il faut y aller ! », encourage la jeune femme.

Car il s’agit de lancer la filière bio tout en accompagnant les agriculteurs sur la durée : « Une vingtaine d’entre eux sont choisis pour être pilotes. Il faut trouver des filières d’approvisionnement en semences bio, AVIMA est d’ailleurs sollicitée pour composter la fiente de ses volailles. Ils bénéficieront d’un accompagnement administratif et technique pour mécaniser en remplacement de l’utilisation des pesticides. Et pourront mutualiser leurs moyens, notamment pour l’achat du billet d’avion pour faire venir l’organisme certificateur bio. » Et créer les conditions pour d’un ancrage territorial de ces spécialistes.

Un consommateur acteur

Tests de culture avec filet et sans phytosanitaire à Dembéni

La commercialisation devra se faire sur un marché de gros. Il s’agit aussi de favoriser les circuits courts de distribution avec un réseau de magasins de producteurs et de développer une filière spécifique ananas, « pour le commercialiser à l’export. »

Pour que le processus se maintienne sur la durée, et ce n’est pas facile à Mayotte, les agriculteurs doivent pouvoir s’en sortir financièrement : « La conversion au bio se fait progressivement, pour éliminer les traces de pesticides utilisés auparavant, ils seront certifiés au bout de 3 ans. Une durée que nous allons mettre à profit pour inciter à mettre en place des aides bio au sein du PDR, et inciter le conseil départemental à accompagner ses agriculteurs qui font cette démarche bio sur le territoire. » Ensuite, c’est le consommateur qui devra faire la différence, en s’orientant vers les tomates identifiées comme bio, ou vers celles qui respectent les normes phytosanitaires, et qui sont l’objet de deux autres programmes, nationaux ceux-là.

Ils sont présents sur tous les forums agricoles à Mayotte, Ecophyto et Rita, œuvrent également dans le sens d’une réduction des pesticides. Sur le premier, le lycée agricole de Coconi est leader et traine dans son sillage un groupe d’exploitant Dephy fermes, qui respectent le cahier des charge Ecophyto, ainsi que nous le détaille Laetitia Vannesson, Directrice de l’exploitation du lycée agricole de Coconi : « Pour cela, ils doivent faire évoluer leurs méthodes de production en utilisant par exemple des filets de protection. Nous espérons mettre aussi dans la boucle les Groupements de Vulgarisation agricoles, celui d’Acoua notamment. »

En attente de la réponse européenne sur ce dossier, un séminaire régional Ecophyto doit se tenir en novembre à Mayotte.

A noter que ce mardi au lycée agricole les coopératives exposeront leurs techniques et les innovations issues du programme RITA aux élèves du lycée.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* L’UCOPAM, l’Union des Coopératives Agricoles de Mayotte, intègre la COOPAC, la COPADEM et Agricania

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