Science : La raie « Manta » n’existe plus

Selon une vaste étude génétique publiée en début d’année, le genre Manta n’est plus considéré comme valide par les scientifiques. La « Raie manta » connue à Mayotte n'est donc plus une espèce à part entière. 

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Une étude génétique (en anglais) sur les raies a conclu que la fameuse « raie manta » qui fait le bonheur des touristes de Mayotte… n’existe pas. Ou plutôt, elle appartient en fait à un autre genre. Manta alfredi devient pour les scientifiques Mobula alfredi. Le genre Manta n’existe donc plus. Explications avec le Dr Frédéric Ducarme, biologiste marin, chercheur au Muséum National d’Histoire Naturelle et enseignant vacataire au CUFR.
« La raie Manta n’existe plus » : pouvez-vous nous en dire plus ?
Rassurez-vous tout de suite, les grandes raies noires et blanches de plusieurs mètres d’envergure qu’on croise parfois dans le lagon de Mayotte n’ont pas disparu, c’est le genre « Manta » dans lequel elles étaient classées depuis le XIXe siècle qui a été déclaré invalide. Ce genre contenait jusqu’ici deux espèces, la manta côtière (Manta alfredi) et la manta océanique (Manta birostris). L’étude génétique de l’équipe de William White visait à voir le degré d’éloignement entre ces espèces et celles du proche genre Mobula, qui contient aussi plusieurs espèces de très grandes raies océaniques, qui s’en distinguaient essentiellement par la position de la bouche et la taille. Cette enquête a prouvé que les raies du genre Manta appartenaient en réalité au même groupe, et même que certaines espèces comme Mobula mobular (de Méditerranée) étaient plus proches des Manta que de n’importe quelle autre espèce du genre Mobula. Le genre Manta a donc été « annulé », restent les deux espèces renommées Mobula alfredi et Mobula birostris : plus aucun animal vivant n’a « Manta » comme nom scientifique…
A quoi servent ces noms scientifiques, pourquoi ne pas les appeler simplement avec leur nom commun ?
Encore faudrait-il que tous les animaux aient un « nom commun » parfaitement établi, spécifique et non ambigu. Prenez par exemple le « rouget » : ce nom est utilisé pour désigner des dizaines d’espèces différentes, appartenant à six familles distinctes ! Si vous achetez un poisson qu’on vous vend simplement comme « rouget », vous ne savez pas du tout ce que vous mangez, ni de quel océan vient cette espèce, ni si ses qualités culinaires justifient son prix. En obligeant les marchands à afficher le nom scientifique précis de ce qu’ils vendent, cela permet de mieux lutter contre la fraude, très répandue par exemple pour les coquilles Saint-Jacques, puisque certains ont l’habitude de vendre sous cette appellation toutes sortes d’espèces de la famille des pectinidés, qui n’ont pas toutes les qualités de la vraie Pecten maximus. Pareil pour les huîtres. Il y a aussi des genres où certaines espèces sont délicieuses et d’autres toxiques, notamment chez les champignons : là, la détermination scientifique est parfois vitale pour le consommateur…
A l’heure actuelle, seuls les oiseaux possèdent un système de noms français parfaitement défini et correspondant exactement à des espèces précises, mais chez les poissons et invertébrés marins, les noms vernaculaires sont encore très lacunaires et facilement trompeurs.
Qu’est ce que cette étude change pour les usagers de la mer à Mayotte ?

Une raie manta (pardon une Mobula) dans le lagon mahorais.

Peu de choses, car l’étude a aussi permis de confirmer la validité de ces deux espèces de grandes raies (qui ont longtemps été disputées, le genre Manta a parfois compté jusqu’à 10 espèces), et on pourra continuer de les appeler « Manta » en français. La manta qu’on croise dans le lagon est toujours la même, mais elle est désormais appelée Mobula alfredi : elle peut toujours mesurer jusqu’à 4 mètres d’envergure, contre plus de 5 mètres pour l’énorme manta océanique, qui s’approche plus rarement des côtes.
Néanmoins l’éventualité de leur disparition en tant qu’animaux demeure réelle. Ces espèces sont largement braconnées pour être transformées en pseudo-médicaments vendus en Asie, mais aussi victimes des bateaux, des filets et de la pollution. Vu l’état de nos océans, il ne fait pas bon se nourrir en ouvrant grand la bouche pour avaler tout ce qui passe… Heureusement il existe plusieurs structures de surveillance des populations et de soin aux animaux blessés, il ne faut donc pas hésiter à faire remonter vos observations aux scientifiques de Mayotte ou au Parc Marin !

Propos recueillis par Y.D.

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