Dominique Sorain sur les mesures gouvernementales : « Je veux avancer et susciter l’émulation »

Née de problèmes sécuritaires et d’immigration clandestine, la mobilisation sociale du début d’année visait essentiellement dans la rédaction de sa plateforme de revendication, le manque de réalisations structurelles dans l’île. Notamment pointé, un déficit d’ingénierie, repris par Annick Girardin dans sa 51ème mesure qui propose une Plateforme d’ingénierie publique. Nous avons fait le point à ce sujet avec le préfet-Délégué du gouvernement Dominique Sorain.

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« Il faut y aller », « il faut accélérer le mouvement »… Pas de discours lyrique prononcé avec emphase chez le préfet-Délégué du gouvernement Dominique Sorain, nous sommes dans la sobriété travailleuse des arrière-cours, « nous avons abordé la phase technique de la mise en place des 53 mesures de la ministre des Outre-mer ». Il assume ce rôle de locomotive avec dans l’idée un passage de témoin vers les élus ensuite.

Le JDM : Le manque d’ingénierie est le centre névralgique des 53 mesures. Où en est-on de la mise en place de la Plateforme ?

Dominique Sorain : « Pour apporter de l’ingénierie sur des territoires comme Mayotte ou la Guyane, on peut s’y prendre de trois manières différentes. Sous la forme de missions ponctuelles, mises en place par l’Agence Nationale de Cohésion Territoriale, ce sera le cas pour la piste longue, soit des missions de longue durée, enfin, sous l’affectation de compétence pour travailler sur des secteurs précis. C’est l’objectif de la Plateforme d’ingénierie, qui sera composée d’une dizaine de personnes, mais qui ne peuvent être nommées en 15 jours. Il faut budgétiser leurs postes. Ce sera fait dans les mois à venir.
Les secteurs en besoin sont l’eau potable et l’assainissement, le plan transport, les constructions scolaires, les marchés publics. Mais nous même, les services de l’Etat n’avons plus assez de compétences, comme l’a souligné la ministre des Outre-mer, il va falloir nous renforcer. »

Mais pourquoi avoir tant tardé à faire ce diagnostic d’insuffisance de moyens humains ?

Dominique Sorain : « Lorsque je suis arrivé au cabinet d’Annick Girardin, j’ai immédiatement identifié ce problème lorsqu’on a constaté le mode de consommation de crédits communautaires. Ce qui avait également été remonté par le précédent préfet Frédéric Veau. Nous avons pris la décision de renforcer les services du SGAR pour consommer du FSE.
Il n’y a aucun territoire en France où il y a de tels besoins, où beaucoup d’ingénierie est à mettre en place. Le code du Travail bien sûr, mais aussi la reconcentration du RSA qui va devoir être organisée au sein de la préfecture. »

Dominique Sorain accompagnait Annick Girardin en avril 2018 lors de la négociation avec les élus à Matignon

Ces « reconcentrations », est-ce une centralisation vers le pouvoir parisien qui ne dit pas son nom ?

Dominique Sorain : « L’objectif de l’installation de cette plateforme d’ingénierie est d’aider les collectivités à reprendre la main, mais pour cela il faut travailler dès maintenant ensemble, avec le conseil départemental, les intercommunalités et les communes. A ceux qui estiment que ce plan est insuffisant, je dis, ‘commençons à mener à bien tout cela’. Ce mercredi, j’ai réuni les chefs des services de l’Etat pour peaufiner l’organisation. »

A quelle échéance ?

Dominique Sorain : « J’ai l’intention de réunir d’ici le 14 juillet le Comité Stratégique avec les élus du Département, intercommunaux et communaux, et de contacter l’intersyndicale. Il faut mettre en place des comités techniques par grands thèmes. Certains existent déjà, comme celui qui programme les constructions scolaires, mais je veux y intégrer le secondaire, et accélérer la restauration scolaire, ou comme celui qui encadre les problématiques de mineurs isolés. Il faut se pencher sur les problèmes d’eau et d’assainissement en se posant les bonnes questions, notamment sur l’utilité d’une 3ème retenue collinaire, avant de l’inscrire dans le marbre d’un plan qui va nous engager. Il faut accélérer le mouvement, je ne veux pas attendre les renforts pour ça. Le Plan Global Transport Déplacement doit être lancé, les engagements de l’Etat sont le fruit d’un arbitrage gouvernemental, il ne faut pas le laisser passer. »

Comment faire dans les domaines où perdurent des blocages, comme la formation professionnelle ?

Dominique Sorain : « Une des mesures énoncées par la ministre porte sur 486 formations financées à hauteur de 2,2 millions d’euros, nous allons les mettre en place. Je ne fais pas de procès d’intention, je veux avancer et susciter l’émulation. De la même manière, les dispositifs Cadres Avenirs, Garantie Jeune et Cadets du SMA seront appliqués. C’est un travail de fond à mener. »

En matière de sécurité, où en sont les mesures ?

Plus de 400 actions de formation professionnelles pour relancer la machine

Dominique Sorain : « Dans un souci de transparence, je dresserai un bilan du 1er semestre début juillet, puis ce sera tous les trimestres. Les établissements scolaires sont sécurisés, les 40 médiateurs cofinancés, et les réservistes de la gendarmerie et de la police mobilisés. Le 3ème escadron a effectué une opération à l’îlot Mtsamboro cette semaine. Quand aux groupes qui surveillent les quartiers, c’est une bonne chose tant qu’ils restent dans le strict respect des lois de la République, ils n’ont pas à se substituer à la police. »

En matière de Lutte Contre l’immigration Clandestine faudra-t-il attendre que le président Azali ait fini d’instrumentaliser la situation mahoraise à ses fins de référendum en juillet pour voir reprendre les reconduites ?

Dominique Sorain : « Je n’ai pas particulièrement d’écho d’évolution des tractations diplomatiques. Mais nous continuons à démanteler les filières. Nous allons communiquer dans les heures qui viennent sur ce sujet (la création du GeLic annoncée ce mercredi). Nous avons atteint un tel degré de pression migratoire qu’il faut agir.
En ce qui concerne les expulsions d’habitat illégal à la demande des propriétaires, nous allons reprendre sur le terrain Bonovo notamment, nous avons lancé les procédures, mais il n’y a qu’un seul huissier à Mayotte. Dans le cadre du projet de loi ELAN*, nous espérons le renforcement des pouvoirs administratifs.

Aviez-vous des craintes d’être muté sur un territoire qui vivait une situation complexe ?

Dominique Sorain : « C’est surtout un défi ! J’ai accepté cette mission avec beaucoup de volontarisme, car je suis attaché à l’Outre-mer. Je suis arrivé comme Délégué, accompagné d’une mission, c’est peu habituel. Etre préfet à Mayotte, c’est être confronté à des situations qui sortent de l’ordinaire. La ministre l’a dit, l’Etat n’a pas apporté les bonnes réponses quand il le fallait. Et disons que comme il s’agit de mon 4ème poste de préfet, ma connaissance des interlocuteurs parisiens facilite les choses… Mais je veux dire que Mayotte a des atouts, notamment sa croissance de plus de 4%, c’est encourageant. Je pars à Paris pour la restitution des Assises la semaine prochaine, mais pour Mayotte, c’est le Plan de mesures qui prévaut. »

Y a-t-il une échéance à votre mission ?

Dominique Sorain : « Non, pas de date buttoir. »

Propos recueillis par Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* Il a été adopté ce 12 juin à l’Assemblée nationale

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