Les délégués CGT demandent à Philippe Martinez de les défendre en « tapant du poing sur la table »

Il avait été invité à plusieurs reprises à rencontrer les militants de l’île : Philippe Martinez aura cette fois saisi l’opportunité des 50 ans de la CGT Réunion, pour faire un saut à Mayotte. La bête noire du gouvernement dans le conflit de la SNCF, a rencontré les délégués et représentants du personnel de son syndicat à 8h30 dans l’hémicycle du conseil départemental. Celui-ci se remplissait gentiment, mais ce n’était pas l’affluence du Grand Soir.

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Quelques minutes avant les échanges, nous lui avons posé quelques questions sur les orientations syndicales à Mayotte. Le territoire est en effet régulièrement frappé par des mouvements sociaux qui peinent parfois à mobiliser, provoquant des durcissements et des actions ponctuelles de blocage qui plombent l’économie. D’autre part, des grèves ont touché plusieurs entreprises en 2017, incitant le préfet Frédéric Veau à compter le nombre de jours épargnés, une cinquantaine.

Sur ce dernier point, il n’y a pas de surprise pour le leader de la CGT : « Pour des questions simples, on écoute, mais on n’entend pas. Que ce soit le patronat ou le gouvernement, ils cherchent l’affrontement. Pourtant, nous privilégions en premier lieu la négociation. » Ce n’est pas une question de compétence ou non des directeurs d’entreprises locaux non plus, « les conflits ne sont pas gérés sur place mais depuis les sièges. C’est une volonté que le droit ne s’applique pas ici ! »

Philippe Martinez est notamment venu pour peser sur le conflit du port entre le mandataire Mayotte Channel Gateway, et le gestionnaire qu’est le conseil départemental. Il a notamment rencontré Fatima Souffou, la 1ère vice-présidente, en charges de l’Administration générale et des Infrastructures. « Le problème est global, et porte sur la remise en cause des statuts portuaires vers le Grand Port maritime ». « Déjà, grâce à notre action, la CMA CGM a ouvert une ligne supplémentaire pour la SMART », complète Salim Nahouda, Secrétaire départemental de la CGT Ma. Nous aurons par ailleurs une réponse sur l’évolution de gouvernance du port cet été. » Les choses évoluent dans ce domaine.

Salim Nahouda accueillait Philippe Martinez

Dans l’hémicycle, les échanges ont aussi porté sur la mobilisation : « Lorsque nous sommes en intersyndicale, nous arrivons à obtenir des choses de la direction de l’hôpital, la CGT seule ne peut pas se battre sur tous les fronts », plaidait Maoulida Abdou, secrétaire de la CGT Ma Santé CHM.

« Livrés à nous-mêmes »

« Vous devez nous appuyer en tapant du poing sur la table auprès de nos collègues de métropole qui signent les conventions collectives, elles doivent s’appliquer à Mayotte ! », interpellait un des délégués. A Mayotte, seuls les grosses branches en ont signées (BTP, pétrole) : « Mayotte n’était pas dans le code du Travail alors des négociation nationales sur ces Conventions collectives, du coup, elles sont applicables depuis janvier 2018 avec une période de réflexion de 6 mois sur les adaptations éventuelles », décryptait Salim Nahouda à l’intention du secrétaire national.

Les dockers de la SMART avaient beaucoup à dire…

Du côté du port de Longoni, les revendications pleuvaient : « Les marins de la marine marchande ne bénéficient pas de la caisse de retraite comme c’est le cas en métropole », exposait un marin du remorquage qui visait la mise en place de l’ENIM, alors qu’un docker de la SMART se plaignait de concurrence déloyale : « Des professionnels non formés sont venus faire le travail à notre place, alors que nous sommes le seuls agréés et diplômés. Comment récupérer notre travail ? »

Le conseiller départemental, Issoufi Ahamada Hadj Mhoko, est un salarié de longue date au port de Longoni : « A la suite de notre demande, la Convention collective nationale a été partiellement mise en place en 2013, puis le lancement de la Délégation de Service Public a tout stoppé. Lors du mouvement syndical, on m’a demandé de choisir mon camp, soit avec la direction, soit les salariés… Ma présence ici vous éclaire sur le choix que j’ai fait. Mais l’Etat qui devait nous protéger en allant dans le sens de notre droit, pense que Mayotte est à l’état primitif, et ne veut pas bousculer les mœurs. C’est pour cela que personne ne veut se syndiquer, nous les syndicalistes, nous sommes livrés à nous-mêmes ! »

« Je peux toujours taper du poing sur la table… »

… Et le personnel de MCG aussi. Notamment le conseiller départemental Mhoko

Beaucoup d’attentes envers le leader syndical plus habitué à porter les revendications qu’à y répondre. Philippe Martinez expliquait sa présence : « Je suis venu m’imprégner de votre contexte pour le répercuter en métropole. On se heurte à des incompréhensions sinon ». En témoigne la validation de 345 créations de poste de profs, « je suis obligée d’expliquer le contexte aux enseignants de Seine Saint-Denis qui en réclament en vain ! » Il appelait à effectuer un travail précis : « Il faut mettre en relation les besoins et les annonces ».

Quelques minutes plus tôt, Quentin Sédès, secrétaire général de CGT Educ’action Mayotte, avait brossé le tableau toujours noir de l’Education nationale à Mayotte : le manque de 600 salles de classe qui maintient le système de rotation, l’état « catastrophique » des écoles et du matériel pédagogique, et dans le second degré, des établissements qui avoisinent les 500 élèves en métropole, « 1.400 ici, ce qui, doublé du manque de personnel, laisse place aux violences aux abords et à l’intérieur des collèges et lycées », l’étincelle qui avait allumé le mouvement social.

Quentin Sédès rappelait que le système scolaire est toujours en rotation dans le primaire

Il déplorait une sous-dotation dans les dernières annonces du premier ministre : « Les 345 créations de poste étaient en fait déjà actés pour suivre l’évolution démographique, comme une partie des 500 millions destinés aux constructions. »

Faisant suite à un exposé précis sur l’amputation d’une partie de leur carrière chez certains agents de la fonction publique territoriale, auparavant salariés de la collectivité départementale et pourtant « sous gestion de l’Etat », Quentin Sédès rappelait qu’en 2016 un accord avait été trouvé par l’équipe de Manuel Valls sur la reprise intégrale des carrières, « dans le cabinet de la ministre rue Oudinot », et qui n’a jamais été mis en œuvre. En conséquence, les retraites de ces agents ne dépassent pas les 400 euros, les plaçant en état de précarité.

Philippe Martinez plutôt décontracté à Mayotte

Sur le sujet capital des conventions collectives, Philippe Martinez donnait son point de vue : « Les gouvernements successifs veulent en réduire le nombre en le conditionnant au nombre de salarié par branche. Je peux toujours taper du poing sur la table, il faut que le patronat accepte de les appliquer. Dans la branche automobile à La Réunion, ça fait 8 ans qu’ils le demandent. Vous devez donc lister l’ensemble des conventions collectives à appliquer, et je ferai remonter. »

L’application au code du travail ne met pas instantanément Mayotte à l’heure de la métropole, loin s’en faut, on sait qu’un travail partenarial est à mener avec le patronat.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* Texte signé par un groupement d’employeurs et une ou plusieurs organisations syndicales de salariés dont l’objet consiste à établir un ensemble de conditions d’emploi et de travail ainsi que de garanties sociale

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