Des profs créent un protocole pour aider les élèves à reprendre les cours

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L'équipe de direction a soutenu ce projet co-initié par Damien Fabre, à droite
L'équipe de direction a soutenu ce projet co-initié par Damien Fabre, à droite
L’équipe de direction a soutenu ce projet co-initié par Damien Fabre, à droite

A la base, ils voulaient faire “tout ce qu’on n’a pas le temps de faire le reste de l’année” explique le principal du collège de Passamainty, Jean-Loup Munier. Les deux semaines durant lesquelles le collège n’a vu arriver aucun élève, alors que quelque 60 profs étaient présents, ont notamment été mises à profit pour rédiger un nouveau règlement intérieur.
Durant la même période, une poignée d’enseignants s’est lancée dans un projet qui a vite séduit leurs collègues. En discutant chaque matin, les enseignants se sont “rendus compte qu’on avait des émotions différentes face à cette situation de crise” explique Damien Fabre, professeur d’anglais. “L’idée a été d’établir un protocole pour favoriser la remise au travail des élèves après une période d’absence prolongée et mouvementée.”

“On s’est demandé dans quel état on allait les accueillir, et comment identifier ceux qui seraient peut-être en difficulté pour mettre en place une écoute, complète Yacouba Sow, principal adjoint du collège Ouvoimoja.
Damien Fabre, qui est par ailleurs formateur en programmation neuro-linguistique, et Barbara Lepers, formatrice académique, ont participé à impulser un protocole précis pour accompagner les élèves dès la fin de la grève. Celui-ci se déroule en trois étape. D’abord une “phase émotionnelle où l’élève écrit ses ressentis”, et qui est totalement anonyme. Mais avec les émotions “quand on enlève quelque-chose, il faut le remplacer par autre chose” explique Damien Fabre qui voulait ainsi “engranger des émotions plus positives pour que l’élève puisse se retrouver dans un cadre plus sain”.

Êtes vous plutôt Catwoman ou Zéna M’Déré ?

L’élève est alors amené à s’identifier à un super-héros ou à un personnage célèbre. On peut y retrouver Catwoman aux côtés de Zéna M’Déré, Louise Michel, Younoussa Bamana ou encore Rosa Park. Cette phase plus ludique sert de transition entre l’expression des émotions, et le passage au travail de groupe plus scolaire. Sur la base de ces personnages, les élèves sont amenés à travailler sur le règlement intérieur avant, en groupe, de définir un slogan de classe. Les premiers à s’y être collés ont ainsi décidé d’unir leur classe autour de slogans comme “Effort, entraide, respect des professeurs et des camarades de classe” ou encore “ensemble pour être courageux”. Les réalisations, comme des “cadavres-exquis*”, effectuées dans le cadre de cet atelier, peuvent aussi être réutilisées en cours d’arts plastiques par exemple.

Le courrier adressé aux parents en français et en shimaoré
Le courrier adressé aux parents en français et en shimaoré

Une manière efficace donc de recréer une unité de classe après plusieurs semaines à la maison. “Certains ont eu des parents sur les barrages, d’autres qui étaient contre, reprend le principal Munier. L’idée était de dire que dans le collège, tout le monde est dans un même groupe”.
Une notion d’autant plus importante que le collège rassemble des élèves de Passamainty et Vahibé, et peut être le lieu de tensions inter-villages que les enseignants avaient à cœur de tuer dans l’œuf.
Au final après deux semaines de travail intensif, les enseignants ont élaboré un protocole de plusieurs dizaines de pages, adapté à chaque niveau de la 6e à la 3e, qu’ils ont remis au Vice-rectorat afin qu’il puisse éventuellement être repris par d’autres établissements. Si ce travail a servi d’exutoire aux profs qui y ont participé, il se veut aussi rassurant pour ceux qui retrouvent leurs élèves en se demandant quoi faire pendant la première heure.
Polyvalent, le document intitulé “accueil et accompagnement des élèves à la reprise des cours” n’a pas vocation à être à usage unique, puisque les buts et la méthode sont aussi applicables à la rentrée scolaires après les grandes vacances. Ainsi, le slogan défini par les élèves pourrait à terme remplacer les numéros de classe, tout en amenant les jeunes à s’identifier à leur établissement et à leur classe.  Créer de la cohésion, rappeler les bases du civisme et se mettre au travail rapidement et durablement, il n’en fallait pas plus pour apporter du positif après ces semaines de doute.

Y.D

* Chacun des participants écrit une phrase ou dessine quelque chose qu’il dissimule à la personne suivante en repliant le papier

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