Effectifs de sécurité publique : attention aux évaporations en cours de route

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Opération de lutte contre l'immigration clandestine ce jeudi matin à Majicavo Lamir
Annick Girardin à la Brigade de gendarmerie de Petite Terre en février dernier
Annick Girardin à la Brigade de gendarmerie de Petite Terre en février dernier

Ce jeudi 100 militaires ont été déployés sur Petite terre et sur Majicavo Lamir, une soixantaine d’étrangers en situation irrégulière ont été interpellés. Une opération de com ou un début des démonstrations de force qui doivent se dérouler sur ce mois ?

Parmi les engagements pris par la ministre, on note un escadron supplémentaire de gendarmes mobiles « durablement affecté à Mayotte », et un plus loin, sur un autre chapitre, la « pérennisation d’un demi-escadron »… de quoi y perdre son shimaore et appelle des éclaircissements.

« Ce jeudi soir à 17h, atterrit le 5ème escadron* de gendarmes mobiles, portant donc à 363 le nombre de mobiles affectés au territoire », explique le colonel Philippe Leclercq, commandant de la Gendarmerie de Mayotte.

Jusqu’à quand ? « Les deux derniers arrivés (soit donc 146 mobiles, ndlr) sont en posture d’alerte nationale, il s’agit donc d’une décision gouvernementale », ils sont donc susceptibles de repartir si des besoins plus urgents se faisaient sentir ailleurs en France.

Deux escadrons étaient déjà présents à Mayotte, « ils y restent ». Quant au dernier, « il est composé de 2 pelotons** venus de Guadeloupe, et de 2 pelotons de La Réunion. Les premiers (donc 32 gendarmes, ndlr) vont rester jusqu’à la fin de la crise ». La « crise » c’est la période d’insécurité actuelle, assure le militaire. Mais restons méfiant sur l’interprétation que pourrait en faire le gouvernement, pour obtenir l’assurance que les gendarmes ne s’envolent pas en même temps que les barrages… Quant aux deux pelotons réunionnais, « aucune décision n’est prise », et comme le refroidissement du fût du canon, ils vont rester « un certain temps, il reste jusqu’à la fin de l’année scolaire ».

Un hélicoptère qu’on fait tourner en bourriqueHélicoptère gendarmerie décolage

En ce qui concerne le 1er point des engagements de la ministre, celui des réservistes, « 88 sont mobilisables actuellement, avec un objectif à 140, j’ai les capacités budgétaire pour les employer ».

La brigade de gendarmerie de Koungou a l’air de perdre son look d’Arlésienne puisqu’un immeuble tout neuf lui est dédié, sis dans cette commune mais en bordure de la zone police du Grand Mamoudzou, à Majicavo Lamir, tout prés du rond point de Jumbo.

La Brigade de prévention de la délinquance juvénile sera composée de 6 gendarmes « un format semblable à celles de métropole », puisés dans les effectifs de 16 gendarmes supplémentaires qui vont arriver cet été au titre de la Police du Quotidien.

L’accroissement des capacités d’appui aérien n’est pas l’annonce d’un hélicoptère supplémentaire, mais de l’augmentation de ses rotations, « il tourne déjà beaucoup, notamment sur les actuels secours urgents pour suppléer les ambulances bloquées aux barrages », indique un colonel qui verrait d’un bon œil son remplacement par un appareil nouvelle génération.

S’il se dit satisfait des « efforts considérables » déployés pour Mayotte, « depuis l’été 2016, nous sommes un des territoires les mieux dotés de France en accroissement d’effectifs avec la Guyane, je ne sais pas comment ont fait mes prédécesseurs », en juillet, les effectifs supplémentaires ne se monteront plus qu’à un demi-escadron de mobiles et à 20 gendarmes pour la Police du Quotidien.

Interpellation de 57% mineurs de plus que l’année dernièreEncart effectifs ministères Intérieur et MOM

Petite parenthèse, les élus sont priés de se joindre à l’offre de sécurité : « Les élus locaux ne sont pas assez impliqués, notamment en terme de police municipale. Les Conseils locaux de prévention de la délinquance ne doivent pas être des coquilles vides mais produire des actions comme les voisins vigilants, ou des arrêtés municipaux d’interdiction de circulation des mineurs sur la voie publique en soirée. Surtout, en sa qualité d’Officier de Police judiciaire, le maire à le pouvoir de faire détruire un banga dans les 48h qui suit son implantation, en contactant la préfecture. Seul le maire de Ouangani l’a fait. »

Quant à la Police Nationale, une ligne suffira puisqu’elle est dotée de 10 policiers supplémentaires.

Opération de lutte contre l'immigration clandestine ce jeudi matin à Majicavo Lamir
Opération de lutte contre l’immigration clandestine ce jeudi matin à Majicavo Lamir

Dans un communiqué conjoint (lire Communiqué de presse conjoint Ministère des Outre-mer et Ministère de l’Intérieur – Mesures de sécurité et de lutte contre l’immigration irrégulière à Mayotte), les ministères de l’Intérieur et des outre-mer affichent un encadré « Augmentation des effectifs », informant de 81 policiers supplémentaires depuis 2016 et de « +71 au 1er août 2018 ». « C’est totalement faux, s’exclame Thierry Lizola, Alliance Police nationale, ce sont des remplacements, 55 à la PAF et 15 en sécurité publique, et non des effectifs supplémentaires ! Et nos demandes ne sont pas entendues : sur 30 supplémentaires à la PAF, nous n’en obtenons que 10, même nombre pour la sécurité publique, alors que nous en demandons 55. Et encore, les 10 qui devaient arriver au 1er mai ne viendront peut-être qu’en septembre. » Il se réjouit cependant des “16 fonctionnaires supplémentaires annoncés au 1er septembre”.

Le commissaire Philippe Jos estime faire le maximum avec ses équipes actuelles, « notamment avec 8 interpellations après les évènements de Mtsapéré dont 5 ont été déférés. Nous avons interpellé 57% de mineurs en plus sur les deux premiers mois de l’année que la même période l’année dernière. » Il mentionne un effet de lassitude de ses équipes en tension.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* Un escadron est composé de 75 gendarmes, dont 73 sont opérationnels
** Un peloton est composé de 16 gendarmes

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