La grève Mayco jugée illicite, les salariés condamnés

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La salle d’audience teintée de rouge-Mayco et CGT ce vendredi
Le portail d'entrée de Mayco
Le portail d’entrée de Mayco à Longoni

L’histoire se répète au fil des grèves menées par la CGT Ma, de la Colas, du port et désormais de Mayco : tout obstacle à la liberté de travail et de la circulation, condamnée par la loi, est sanctionnée par la justice. Le syndicat FO s’était abstenu.

L’affaire devait être jugée en référé mardi dernier pour obtenir une levée rapide des barrages. Son renvoi à ce vendredi matin 8h n’aura pas permis d’apaiser la situation, au contraire. Ce sont 14 grévistes CGT Ma de Mayco qui ont répondu à l’appel nominatif lors de l’audience du tribunal des référés. Ils sont accusés par leur direction d’entrave à la liberté de circuler.

La grève dure depuis 15 jours maintenant et, comme tout mouvement, se durcit avec les jours et l’absence de négociation.

Droit de grève contre droit d’accès pour les salariés non grévistes, c’est l’argumentaire que développait l’avocat du cabinet Toinette et Saïd Ibrahim de la direction de l’entreprise qui citait à la manière d’une jurisprudence, un jugement précédent qu’il mettait dans la bouche du président Laurent Sabatier en 2015, juge des référés qui se trouvait face à lui : « Si la grève se manifeste collectivement, elle se base sur des décisions individuelles, on doit donc laisser libre accès au lieu de travail ».

Pénurie de Coca

La salle d’audience teintée de rouge-Mayco et CGT ce vendredi
La salle d’audience teintée de rouge-Mayco et CGT ce vendredi

Quinze jours pendant lesquels les 1.500 points de vente de l’île ne sont plus ravitaillés en Coca Cola, « la pénurie se fait sentir ». La direction invoque avoir été refroidie dans ses intentions de négociation d’une grève qui devait débuter le 30 octobre par une action « commise par des gens cagoulés dans la nuit du 26 au 27 octobre », au début de la grève « qui ont cadenassé le portail et les voies d’accès, et cela a été rapporté par l’agent de sécurité ».

Ce sont des sources internes à l’entreprise qui dénoncent également leurs collègues « dans leur tentative de blocage des camions de livraison hier jeudi, juste après que l’huissier soit parti ». Une « grève perlée », comme le dénonce l’avocat, « il faut arrêter de jouer au chat et à la souris avec l’huissier ». En tout cas, ça promet en terme d’ambiance au travail à l’issue du conflit… Surtout que le directeur commercial a été victime de coups portés au visage par un salarié grévistes, « qui lui ont valu 5 jours d’ITT ». Une plainte a été déposée.

Derrière la cagoule

Les blocages constatés par huissier, sont contestés par la défense. « On parle de personnes cagoulées, mais est-ce que ce sont les mêmes qui sont aujourd’hui traduits devant la justice ?! » L’avocat Abdel Latuf Ibrahim dénonce des « pièges tendus par la direction, qui incitait les grévistes à effectuer des blocages en la présence de l’huissier ».

Le délibéré a été rendu ce vendredi à 16h. Il déclare le caractère illicite du mouvement, pour entrave et obstacle à la liberté de travail et de circulation. En conséquence, la société Mayco peut recourir à la force publique en cas de besoin pour libérer les accès. Une ordonnance de référé qui vaut pour l’ensemble des grévistes, et qui condamne chacun des 14 prévenus à 100 euros d’astreinte par jour de blocage, et à participer aux frais de justice dont les constats d’huissier.

Nous avons contacté les salariés. Ils ne veulent pas commenter la décision de justice, mais ne comptent pas arrêter la grève « tant qu’on n’aura pas eu ce qu’on demande, et la totalité étant donné les frais auxquels on est condamnés. On va avoir 8.000 euros de frais de déplacement d’huissier depuis La Réunion à payer ». Pour rappel, ils demandent 4% d’augmentation, le paiement des heures supplémentaires et la revalorisation des primes existantes.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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