19 nouveaux formateurs mahorais engagés dans la lutte contre l’illettrisme

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Josian Labonté en cession de formation
Josian Labonté en cession de formation
Josian Labonté en cession de formation

Formateurs au sein d’associations, du conseil départemental, dans le secteur du soutien scolaire… Ils ont en commun d’exercer dans le domaine de la lutte contre l’illettrisme et d’avoir été convié à cette première opération d’envergure. Elle vise à apprendre ou ré-appendre aux formateurs une méthodologie efficace et humaine pour que leurs activités se déroulent sous de meilleurs auspices.

Ainsi, Carif Oref s’est associé à l’association internationale experte de la question dans la région de l’océan Indien: Caritas île Maurice. Depuis lundi dernier et jusqu’à vendredi, deux «formateurs des formateurs» prodiguent des enseignements pratiques, théoriques et expérimentaux aux 19 formateurs de Mayotte ayant souhaité participer à cet enrichissement méthodologique.

Des besoins immenses

Les formateurs mahorais en plein atelier "société"
Les formateurs mahorais en plein atelier « société »

Sur le 101ème département français, les difficultés s’enchaînent. En effet, 58% de la population souffre d’illettrisme, selon les chiffres de l’INSEE datés de 2012 et presque 40% des habitants de l’île seraient analphabètes. S’il serait aisé de penser que la population âgée est la principale touchée par ce phénomène, il n’est rien. Ainsi, 75% des jeunes seraient en difficulté de lecture.

Face à ce problème, de nombreux organismes (publics, privées, associatifs…) tentent de proposer des formations adaptées. Mais 90% de cette offre de formations est concentrée géographiquement sur le chef-lieu, ce qui paralyse une grande partie des populations des autres villages. Il en résulte que la moitié de la population est exclue de l’offre de formations, selon le rapport d’activité 2016 de Carif Oref.

Alors pour agir en profondeur contre ce fléau, la plateforme Carif Oref a mis un place un plan d’action pluriannuel sur la période de 2014 à 2020, décliné en 7 axes principaux.

Josian Labonté et Monique Canou à la plateforme physique
Josian Labonté et Monique Canou à la plateforme physique

«Les difficultés sont telles qu’il nous fallait mettre en place un plan d’action ciblé et structuré», explique Fatima Assani, la chargée d’ingénierie de formation. «Au sein de notre plateforme physique, un chef de projet a mené une étude pour identifier les vrais besoins de terrain. Cela nous a permis de dégager 7 axes. Et c’est dans la cadre du quatrième axe, l’animation de réseau et professionnalisation, que nous avons mis en place ces cessions pédagogiques».

Un enseignement humain tourné vers le social

Être illettré ou analphabète ne se réduit pas à ne pas pouvoir effectuer ses propres démarches administratives. Il s’agit d’un véritable handicap à supporter au quotidien. S’orienter, faire ses courses, manipuler des appareils électroniques… Dans nos sociétés, les personnes souffrants d’illettrisme se retrouvent peu à peu isolées de la société. C’est pour cette raison que l’enseignement de Caritas île Maurice se fonde sur deux parties, dont une est spécifiquement dédiée au côté «humain» de l’apprentissage de la lecture.

Moumine Ali de l'OIDF durant cession de formation
Moumine Ali de l’OIDF durant cession de formation

«Notre méthode répond aux besoins identifiés et se base sur une pédagogie participative tournée vers la valorisation de la personne en apprentissage», raconte Monique Canou, formatrice en illettrisme venue de Maurice. «On apprend aux formateurs à être patients et à redonner confiance aux illettrés pour qu’ils se sentent plus à l’aise dans la société».

Valoriser les personnes illettrées

Josian Labonté, le responsable du programme alphabétisation fonctionnelle de Caritas, précise que la «méthode est basée sur une complémentarité entre deux phases. La première s’appuie sur l’enseignement des savoirs globaux de base. Le plus souvent, nous organisons cela sur 8 séances. Puis, la seconde phase est opérée par un aspect syllabique pour rendre donner la capacité aux illettrés de devenir lettrés».

Cette première session de formation aux formateurs porte déjà ses fruits à Mayotte. Monique Canou expliquait qu’une formatrice nommée Fadula, avait déjà décidé d’appliquer la méthodologie de Caritas avec des membres de sa famille.
En somme, ce type d’action représente un grand pas en avant vers la valorisation des populations illettrées. La lutte contre leur isolement doit se poursuivre si l’on souhaite avancer vers une intégration complète de ces populations.

Ludivine Ali
www.lejournaldemayotte.com

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