Mayotte célèbre la Journée mondiale de l’eau dans la pénurie

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Les rampes d'eau à disposition de la population en février 2017
La retenue de Dzoumogne peine à se remplir
La retenue de Dzoumogne s’est à peine remplie depuis son plus bas en février

La Fédération Mahoraise des Associations environnementales est monté  au créneau en adressant le 15 mars dernier un courrier à la ministre des Outre-mer (Lire Lettre FMAE à MOM sur les tours d’eau). Elle s’y interroge sur la persistance des tours d’eau, alors que « les pluies qui ont touchées Mayotte ces derniers temps, ont largement dépassé les moyennes de saison », et que « la retenue de Combani (qui alimente le sud) est arrivée à plus de 48% de sa capacité de stockage. Alors qu’en décembre 2016, ce qui avait motivé ces coupures d’eau c’est que la retenue était à environ 20% de sa capacité. » Et compare ce niveau aux 26% de Dzoumogné dans le nord, où la population, plus dense, échappe aux tours d’eau.

L’explication est à rechercher dans les nombreux captages et forages, concentrés quasiment exclusivement dans le nord de l’île, comme le montre la carte, et qui alimentent actuellement les habitants, évitant de puiser dans la retenue collinaire. D’autre part, sur l’abondance des pluies, le directeur de l’antenne de Météo France Bertrand Laviec l’a répété à plusieurs reprises : « Aussi denses soient–elles, les pluies de mars ne peuvent pallier l’insuffisance de celles de janvier et février. » Autrement dit, une saison des pluies n’a pas de session de rattrapage.

Audit sur les fuites

Captages ou forages, la moitié nord de l'île est riche en ressource
Captages ou forages, la moitié nord de l’île est riche en ressource

Pour rester dans les prévisions météo, si les 2 prochaines semaines de mars sont annoncées comme légèrement plus humide que la normale, Bertrand Laviec est moins optimiste pour le mois d’avril. S’il attend des prévisions plus affinées, sa crainte est de voir apparaître le retour des alizées qui sonnerait le glas de la mousson.

On peut toutefois, à l’image de la FMAE s’interroger sur la durée de mise en place de ces tours d’eau, 3 mois, outre l’hygiène dans les foyers, « certaines écoles primaires sont toujours perturbées, les entreprises sont en difficulté. »

La FMAE accuse aussi un laisser aller dans la gestion des infrastructures : « Pourquoi les retenues ne sont pas à 100 %, de leur capacité, alors que les dernières pluies ont largement dépassée les normales saisonnières ? », avant d’évoquer « les nombreuses fuites dans les ouvrages, les retenues déverseraient-elles plus d’eau dans les rivières qu’elles n’en stockent ? », et « les manques d’entretien de ces retenues collinaires qui n’arrivent plus à stocker de l’eau convenablement »

La Fédération demande qu’ « un audit objectif soit fait sur tout le circuit depuis la collecte de l’eau brute jusqu’à l’arrivée dans nos robinets », notamment sur la perte du réseau estimée à 20, « est-ce que c’est le bon chiffre ? »

Pas d’incitation à la récupération d’eau de pluies

De gros volumes d'eau s'échappent des toits
Une eau qui ne demande qu’à être récupérée

On peut s’interroger par ailleurs sur l’inexistence d’incitation à la récupération d’eaux de pluies, qui partent dans le lagon, plus qu’elles ne s’infiltrent, la déforestation étant passée par là. L’ARS aurait levé son veto sanitaire, sans plus de précisions en provenance de la préfecture. Des produits sont proposés par une enseigne locale de bricolage, avec livraison dans un délai de 3 mois. Mais, contrairement à ce qui prévalait pour les panneaux photovoltaïques ou les chauffe-eau solaires, aucune incitation financière, ne vient appuyer la démarche pour les entreprises ou les particuliers.

Cette Journée mondiale de l’eau du 22 mars aura un goût amer pour les habitants du Centre et du sud qui, lorsqu’ils ouvrent leur robinet un jour sur deux, y recueillent une eau non potable. Tout en payant leurs factures. La FMAE rappelle à Ericka Bareigts que, selon l’article L.1321-1 du code de la santé publique « ‘Quiconque offre au public de l’eau en vue de l’alimentation humaine, à titre onéreux ou à titre gratuit, est tenu de s’assurer que cette eau est propre à la consommation’. Or l’ARS et la SMAE sont d’accord pour dire que cette eau n’est pas potable depuis le mois de décembre 2016 ».

La réponse du Syndicat des Eaux et d’Assainissement de Mayotte, Sieam, est attendue sur ce sujet, la maire de Chirongui se serait en tout cas engagée selon la FMAE, à solliciter une exonération.

Anne Perzo-Lafond

Le JOurnal de Mayotte

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