28.9 C
Dzaoudzi
mercredi 1 décembre 2021
AccueilorangeGénocide rwandais: Le début du procès de deux anciens notables

Génocide rwandais: Le début du procès de deux anciens notables

Le palais de justice de Paris abritant la Cour d'appel
Le palais de justice de Paris abritant la Cour d’appel

Le drame a eu lieu il y a 22 ans aux Rwanda. Ce fut le génocide le plus rapide de l’histoire. Pendant 100 jours, il est aussi celui qui a compté le plus grand nombre de morts pour chaque journée. Des records terrifiants: L’ONU estime qu’environ 800.000 Rwandais, en majorité Tutsis, ont perdu la vie durant ces trois mois.

La cour d’assises de Paris va se replonger dans l’horreur, le temps d’un procès, le 2e organisé en France concernant ce drame et probablement le 2e d’une longue série visant des ressortissants rwandais installés en France.

A la barre, deux hommes, anciens maires de Kabarondo au sud-est du Rwanda du pays, vont devoir répondre de génocide et de crime contre l’humanité. A Mayotte, on se souvient d’Octavien Ngenzi. C’est en effet dans notre département qu’il a été arrêté, au moment où beaucoup de Rwandais arrivaient pour demander l’asile, avec des histoires personnelles terribles et après être passés par le Congo, la Tanzanie et les Comores… Avec de lourds secrets aussi parfois.

Un dossier de demande d’asile suspect

Né en 1954, Octavien Ngenzi faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international, lancé par Kigali en avril 2009. La justice rwandaise le suspectait d’avoir personnellement dirigé et ordonné plusieurs massacres dans sa province de Kibungo en 1994. Il est question en particulier d’une effroyable tuerie, dans l’église de Kabarondo, où près d’un millier de Tutsis ont trouvé la mort.

Génocide au Rwanda: L'arrestation de Tito Barahirwa à Toulouse en mars 2013
Génocide au Rwanda: L’arrestation de Tito Barahirwa à Toulouse en mars 2013 relatée par La dépêche

Son arrestation est intervenue à Mayotte le 3 juin 2010. Après un signalement du préfet de l’époque lié à un refus de demande d’asile et un article du journal «Le Parisien» qui signale la présence de l’homme à Mayotte, le procureur Marc Brisset Foucault déclenche précipitamment l’arrestation du présumé génocidaire. «Si nous n’avions pas agi rapidement en l’arrêtant, il aurait eu le temps de fuir», déclare le procureur à l’époque.

Repérés dans la masse des réfugiés

Son dossier de demande d’asile avait pourtant été déposé sous un faux nom. Octavien Ngenzi s’était présenté sous l’identité de Jean-Marie Omar, un dossier visiblement insincère retoqué par l’Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA). Et c’est la procédure en appel qu’il avait lancé qui a causé sa perte. A son tour, la Cour nationale du Droit d’Asile (CNDA) étudie son cas et alerte le préfet.

Le second accusé a été interpellé à Toulouse. Aujourd’hui âgé de 64 ans, il était au Rwanda le directeur local d’Electrogaz. Lui aussi pourrait être responsable du massacre de plusieurs centaines de Tutsis en quelques jours. Et comme Octavien Ngenzi, il espérait se fondre dans la masse des réseaux d’amitiés et de soutiens qui s’étaient alors organisées dans le sud de l’hexagone.

Pascal Simbikangwa lors de sa présentation au procureur à Mayotte en 2008 ©D.R.
Pascal Simbikangwa lors de sa présentation au procureur à Mayotte en 2008 ©D.R.

Il avait été arrêté une première fois avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire. Mais les investigations avançant, la justice décidait de sa réincarcération le 3 avril 2013.

Espoirs et inquiétudes

Dans un communiqué commun, la fédération internationale et la ligue des droits de l’homme (FIDH et LDH), la Licra (ligue contre le racisme et l’antisémitisme) et l’ensemble des parties civiles se félicitent de l’ouverture de ce procès, «qui marque, deux ans après celui de Pascal Simbikangwa, une nouvelle étape importante dans la lutte contre l’impunité des auteurs du génocide.»

En octobre 2008, Pascal Simbikangwa avait été, lui aussi, arrêté à Mayotte. Il a été condamné à 25 ans de prison le 15 mars 2014. Mais la différence entre les deux procès, résidera dans «le retrait» de la représentante du parquet du pôle spécialisé Crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre du tribunal de grande instance de Paris.

Huit semaines pour une vérité

Le procureur Brisset-Foucault
Le procureur Brisset-Foucault

«Elle ne soutiendra donc pas l’accusation aux côtés de l’avocat général, comme cela avait été le cas lors du précédent procès de 2014», s’inquiètent les parties civiles.
«Nous nous interrogeons sur les raisons d’une telle situation, dont nous espérons qu’elle ne marque pas un changement d’orientation du parquet dont les réquisitions écrites ont grandement contribué au renvoi des accusés devant la Cour d’assises».

Les avocats des deux hommes, Philippe Meilhac et Françoise Mathe, ont répété à la presse métropolitaine que leurs clients «nient toute participation aux massacres» et soulignent les «nombreuses contradictions des témoins qui les accusent».
Le procès doit durer huit semaines.

RR
www.jdm2021.alter6.com

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

CFDT, Laurent Berger, Mayotte

Laurent Berger : « Il faut arrêter le rafistolage permanent à...

0
Mayotte terre de prédilection pour le syndicalisme. Les causes à défendre sont légion. Les inégalités et les injustices pleuvent au moins autant que les averses sur le CHM de Mamoudzou ce mardi, noircissant un peu plus son tableau pour Laurent Berger. Le grand patron de la CFDT* depuis 2012, nous a rapporté ses impressions de première visite sur le territoire
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Emmanuel Macron, Elysée, François Guillotou de Kerever, Mayotte

Les maires de Mayotte d’une seule voix à l’Elysée

0
« C’est par la répétition que nous obtiendrons des réponses ». Les maires de Mayotte étaient reçus le 19 novembre par le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron. Avec un enjeu : maitriser les dossiers pour se faire entendre
Gérald Darmanin, immigration, Manche, Angleterre,Mayotte,

G. Darmanin déploie l’artillerie lourde sur les côtes de la Manche pour lutter contre...

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce ce lundi des moyens supplémentaires pour les policiers et les gendarmes afin de « lutter contre l'immigration clandestine » sur les 130km de côtes les plus proches de l’Angleterre. Qui finance l’opération. De quoi faire rêver la PAF à Mayotte...

Violences sur mineurs : la parole se libère peu à peu malgré des pressions...

0
Le 32e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant était l'occasion d'un colloque au CUFR. Le recteur et le procureur y ont exposé des chiffres glaçants, sans doute en deçà de la réalité. Les échanges ont aussi permis d'exposer des éléments culturels afin de faire tomber les barrières, et accélérer la dynamique de libération de la parole, à l'oeuvre depuis plusieurs mois.

L’ancienne maire de Chirongui condamnée pour diffamation

0
Dans un discours de campagne en juin dernier, Roukia Lahadji avait accusé le chef de la police municipale de Chirongui de violences ayant pour but d'intimider les électeurs. Ces propos ont été reconnus diffamatoires, mais la justice l'a blanchie du caractère racial de ces accusations, conduisant à une peine tout à fait symbolique à l'issue d'un procès teinté de politique.
Frédérique Vidal, Mayotte

Arrivée ce jeudi de la ministre de l’Enseignement supérieur à Mayotte

0
Frédérique Vidal sera à Mayotte ces jeudi 18 et vendredi 19 novembre 2021. Professeur des universités, la ministre nommée en mai 2017 sera accueillie par le recteur et chancelier des universités Gilles Halbout. Sa visite tournera autour du CUFR et des thèses de recherches sur les milieux marins et du volcan