Nettoyage de mangrove : pas sans mon élu !

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Michel Charpentier veut coordonner toutes les énergies pour un maximum d'efficacité
Michel Charpentier veut coordonner toutes les énergies pour un maximum d’efficacité

Dans un courrier qui lui est adressé, l’association suggère au maire Majani Mohamed d’accompagner cette action de nettoyage, prolongement de l’initiative de « Mayotte Nature environnement » en février dernier, par plusieurs initiatives, « qui relève de la responsabilité du maire ».

La première serait de « faire partir les marchands de tissus et vêtements de la mangrove. C’est un espace naturel et ne doit pas accueillir des trafics illégaux », déclare Michel Charpentier, à la tête des Naturalistes de Mayotte, qui rajoute avoir même vu un parc à zébu dans la mangrove.

La 2ème proposition serait de revoir avec le Collectif d’association mahorais (CAM) l’implantation de points de collecte des ordures ménagères à Kawéni et de s’assurer auprès des sociétés chargées de la collecte et du suivi (Star, Enzo, Insidens) de l’efficacité des opérations de ramassage. Il demande ensuite de mettre en place dans le village un comité « mairie, des entreprises, des institutions et des associations, pour faire un point régulier sur les progrès réalisés et les améliorations à apporter.

Les mains sales

Les zones de mangrove
Les zones de mangrove

« Les associations en ont marre de se salir les mains et de voir que quelques jours après, tout est de nouveau sale ! », explique-t-il pour justifier sa demande de travail en concertation, « et non plus chacun dans son coin ». Avec un outil indispensable : la sanction, « on a assez sensibilisé, ils doivent mettre des amendes ». La population y est d’ailleurs assez favorable. Une partie tout au moins, l’autre étant peu solvable et naturellement préoccupée par sa survie plus que par la protection de l’environnement.

La sensibilisation des maires, Michel Charpentier y croit, « ils ne sont pas hostiles et jouent même le jeu du nettoyage pour beaucoup d’entre eux. »

Les Naturalistes ont toujours défendu la mangrove, « écosystème le plus indispensable et le plus menacé à Mayotte », parfois au mépris du développement économique : « On l’a détruite pour construire le terre-plein de Mtsapéré qui ne sert à rien, et pareil pour le port en eau profonde de Longoni. » Le terre-plein, c’est vrai, mais la Rocade ? « On aurait pu agrandir la route intérieure en élargissant le pont », quant au port, il admet que la question était délicate, mais rappelle que des tonnes de gravats avaient été déversées lors du dragage. Une affaire qui avait été portée en justice, et les responsables condamnés, « la mangrove aussi a été condamnée ! »

La moins pire des solutions pour aménager le territoire

Une mangrove mahoraise

Un exemple qui montre que l’arbitrage est serré en matière d’aménagement du territoire, comme le souligne Michel Charpentier, « parfois, le choix se fait entre une solution mauvaise et une autre moins mauvaise », admet-il, en reprenant l’idée de zones du lagon réservées à la préservation de la mangrove et des mammifères marins, et d’autres aux activités nautiques, « sans quoi, avec des scooters des mers qui leur tournent en permanence autour pour les inciter à sauter, les dauphins finiront par partir. »

Les 600 à 700 hectares de mangrove, inégalement répartis à Mayotte, servent de protection terrestre à l’invasion marine, en cas de forte houle, mais restent aussi une zone d’alimentation, de reproduction et de protection, « 70% des espèces de poissons y passent à un moment donné de leur vie et une partie des oiseaux marins sont inféodés à cet écosystème. »

Crabe de mangrove
Crabe de mangrove

Sa protection pourrait passer par le classement du lagon au patrimoine de l’UNESCO, « ce qui n’arrivera que si la population s’approprie le concept, motivant les élus à réduire le volume des eaux usées, dont les ? se déversent actuellement dans le lagon. »

A ce sujet, l’association a mis en place un réseau d’alerte, « Vigilance Nature* », qui peut être contacté en cas d’observation de brûlis, de prédations de coquillages, etc. « Nous faisons remonter vers l’interlocuteur public compétent, mais on peut dire qu’on est encore loin d’une efficacité maximale en matière de police de la nature. »

Et prévient, « nous allons bientôt nous organiser pour ester en justice lors d’infractions constatées »…

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

* 0639 02 37 36

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