28.9 C
Dzaoudzi
samedi 28 mai 2022
AccueilorangeL’urgence

L’urgence

Le courrier des exilé.e.s de Tsimkoura et de la cimade au préfet et à la maire de Chirongui
Le courrier des exilé.e.s de Tsimkoura et de la cimade au préfet et à la maire de Chirongui

C’est une situation inédite. Pour la première fois, deux associations, «les exilé.e.s de Tsimkoura» et la Cimade Mayotte lancent une alerte publique face à des actes commis contre des Comoriens installés à Mayotte. Elles demandent au préfet et la maire de Chirongui une rencontre «de toute urgence» pour discuter de la situation des familles comoriennes dans cette commune du sud.

Elles veulent «trouver des solutions, dans le dialogue et la coopération» face à de très vives tensions à Chirongui qu’elles racontent succinctement. «Des dizaines de familles comoriennes se sont retrouvées expulsées de leurs lieux de vie au début du mois de janvier dernier par un ‘collectif’ de villageois mahorais», indiquent-elles. «Parmi elles, des personnes en situation irrégulière mais aussi des personnes en situation régulière, des personnes en instance de régularisation, des mineurs, des Français.»

Les associations relatent les difficultés pour ces personnes à trouver de nouveaux logements précaires et permettre à leurs enfants de poursuivre leur scolarité. Certaines de ces familles, revenues à Tsimkoura ont, à nouveau, été «expulsées» et certains logements détruits, y compris par les flammes, affirment-elles.

Des atteintes aux droits «plus tenables»

Pour ces associations, «cette situation de violences et d’atteinte aux droits n’est plus tenable et les autorités publiques doivent prendre leur responsabilité». Car pour elles, il existe «un réel risque de multiplication de ces actes». Elle se font ainsi le relai de rumeurs promettant de nouvelles «expulsions» à l’encontre des populations comoriennes de Poroani et de Chirongi le 20 mars prochain.

Une banderole de la Cimade
Une banderole de la Cimade

Ce courrier intervient alors qu’une autre prise de parole publique est publiée sur un blog de Médiapart. Il s’agit de «l’interrogation de simples citoyens» qui dénoncent dans notre département «un vivre-ensemble aux parfums d’injustice, de violence, de misère et d’inégalités».

«Mayotte, terre de non-droit?», s’interrogent ses auteurs. Dans le même esprit que le courrier des associations, ils racontent des communes «où des centaines de personnes vivent sans eau courante, parfois sans électricité, sans collecte des déchets, sans routes, dans des conditions sanitaires épouvantables, et avec parfois la peur de la reconduite à la frontière.»

Racisme ordinaire et repli sur soi

Constatant que «le racisme est devenu normal en France», pour eux, «Mayotte n’y échappe pas.» Ils écrivent : «La peur de l’autre, les différences linguistiques, culturelles, les disparités économiques favorisent son développement, et force est de constater que les “communautés” qui constituent la société mahoraise ne semblent pas se tendre la main pour faire face aux défis actuels, mais préfèrent se replier sur elles-mêmes.»

MediapartEt ce post pose, sans détour, les problématiques essentielles et même existentielles de notre département : «Mayotte, au fond, est-ce bien un territoire de la République Française? Où est la liberté, lorsqu’il est dangereux d’aller randonner entre amis le week-end, même armé? Où est l’égalité, lorsque certains enfants ne vont pas à l’école de peur d’être expulsés aux Comores sans leurs parents? Où est la fraternité lorsque le racisme enfle, et où certaines opinions font froid dans le dos?», dénoncent les auteurs.

Sourde et profonde crise

Face à la crise sécuritaire terrifiante qui se transforme, peu à peu, en crise sociale et sociétale, le post se demande finalement «à partir de quel stade de délitement du tissu social peut-on considérer que la vie n’est plus normale, que le vivre-ensemble est mis à mal, piétiné par les conséquences indirectes de la misère, de l’injustice, du non-droit, d’un système éducatif sous-dimensionné, d’un système régalien effacé?»

Chacune à leur manière, ces prises de position espèrent faire réagir face à la «sourde et profonde crise» que connaît Mayotte, avant qu’il ne soit «trop tard». Plus que jamais, le spectre d’une «guerre civile», selon les mots de l’ancien député Mansour Kamardine tant de fois entendus dans la rue, prend corps dans les esprits et les mots. Comme le disent les associations, «urgence».

Rémi Rozié
remi@jdm2021.alter6.com

2 Commentaires

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Théâtre, Baobab, Mayotte

Quand le théâtre permet aux jeunes d’être acteur de leur propre...

139126
Le festival Baobab suit son cours, avec des pièces jouées par les scolaires en journée, et par des comédiens plus confirmés en soirée. Et parfois les premiers rejoignent les seconds… des pépites émergent. En tout cas, ils en tirent tous bénéfice, comme le montrent leurs témoignages
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Yael Braun Pivet, Mayotte, OUtre-mer

Yaël Braun-Pivet, nouvelle ministre des outre-mer, avait pointé la responsabilité de l’Etat dans la...

139126
Au terme d'un suspens sans fin, le nouveau gouvernement choisi par la nouvelle première ministre a été constitué. Plusieurs ministres restent au gouvernement, et c'est Yaël Braun-Pivet qui est nommée à l'Outre-mer. Elle était venue en immersion dans les quartiers de cases en tôles sur les hauteurs de Doujani en 2018
Sénat, déchets, outre-mer, Mayotte

Le Sénat étudie la gestion des déchets dans les territoires ultramarins: “Comment éviter le...

139126
La Délégation sénatoriale aux outre-mer va consacrer son prochain rapport d’information à la gestion des déchets dans les territoires ultramarins. En partant d'une "situation préoccupante", il faut arriver à un objectif "zéro déchets". Un déplacement des sénateurs est prévu en juin à Mayotte
Législatives, LREM, Ensemble!, Mayotte

Législatives – Boinamani Madi Mari investi par le parti de la majorité présidentielle dans...

139126
Deux nouveaux candidats sont investis en outre-mer par "Ensemble ! - Majorité présidentielle", l'émanation de LREM en associations avec les autres partis au pouvoir. Nous en sommes à la 3ème vague ultramarine d'investiture de candidats...
Fort-de-France, RUP, Mayotte

L’appel de Fort-de-France pour une politique collant aux réalités des territoires ultramarins

139126
Au lendemain de la présidentielle, alors que l'Europe est sous les feux de l'actualité internationale, les représentants des 6 RUP français ont alerté sur l'urgence de modifier les politiques Outre-mer des Etats.
Chirongui, Mayotte

Bihaki Daouda, nouveau maire de Chirongui

139126
Le conseil municipal a élu un successeur à l'éphémère et condamné Andhanouni Saïd qui aura dirigé la commune pendant moins de deux ans. Bihaki Daouda devra mener les nombreux projets de la commune, qui ont été poursuivis pendant l'interim
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com