Mathias Belmer enfin à la barre

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C’était le dernier protagoniste du procès de l’affaire Roukia qui manquait à l’appel. Mathias Belmer est arrivé hier mercredi matin de La Réunion sous mandat d’amener au tribunal de Mamoudzou. Et sa présence donne toute sa dimension au côté glauque de l’affaire.

Procès de l'affaire Roukia: Les mesures de sécurité à l'entrée de la salle d'audience
Procès de l’affaire Roukia: Les mesures de sécurité à l’entrée de la salle d’audience

La mort de Roukia Soundi, «c’est quelque chose de terrible, en priorité pour mon cas…» Dès ses premiers mots, Mathias Belmer donne le ton de plus de 4 heures d’audition. Il pose un personnage dont le tribunal a tant entendu parler depuis lundi. Cheveux ondulés grisonnants, tonsure, l’homme est maigre et porte sur son visage les traits de quelqu’un qui a consommé pendant longtemps différents types de drogues. Contrairement à ses proches qui affirment avoir cessé de consommer du cannabis, lui reconnaît de continuer à fumer.

Bien sûr, la mort de la jeune Roukia a bouleversé sa vie. Roukia était «plus ou moins ma petite amie», explique-t-il à la barre. Mais pour lui, «à l’époque, les filles étaient faciles» à Mayotte. «Roukia n’était pas plus sousou (prostituée) que les autres filles». Dans la salle d’audience le public est consterné. L’homme est en effet sensé parler de la jeune femme qui voulait se marier avec lui. Le soir du drame, il lui avait d’ailleurs offert une bague qu’elle a mise à l’annulaire, comme une alliance.

«Perdu les pédales»

Il affirme ne jamais avoir forcé la jeune femme à consommer de la cocaïne, bien au contraire. «Je voulais lui faire plaisir. C’est Roukia qui m’en avait demandé quelques mois plus tôt», dit-il. Il estimait pourtant que le produit «était coupé» mais il ne pensait pas «que ça pouvait faire du mal» alors qu’il connaissait bien les différentes drogues en tant que consommateur régulier. Il avait déjà été condamné à 30 mois de prison pour trafic de stupéfiants. «Je l’ai tué involontairement, par bêtise», finit-il par lâcher.

Les avocats Catherine Préaubert, Mohamed Idriss, Nadjim Ahamada et Jean-jacques Morel
Les avocats Catherine Préaubert, Mohamed Idriss, Nadjim Ahamada et Jean-jacques Morel

«Le matin, je me réveille, elle est raide morte à côté de moi. J’essaie de la secouer, elle est raide, raide, raide», raconte-t-il simplement. Il explique alors qu’il a «perdu les pédales». Il met la musique à fond «pour qu’elle se réveille», une façon de ne pas affronter la réalité. Pourtant, toutes ses actions semblent très réfléchies pour tenter de l’enterrer et de disperser tous ses effets personnels, notent les magistrats.

Sordide

Il ôtera même de sa main froide la bague qu’il lui a offerte quelques heures plus tôt. «Elle ne lui a pas porté chance, je voulais lui enlever», affirme-t-il. Me Idriss, un des avocats de la partie civile reprend un PV d’audition : «J’ai repris la bague pour ne pas me faire identifier», avait alors déclaré Belmer. A la barre, il finit par concéder : «Ce que je veux faire dès le départ, c’est faire disparaître les traces». Et tous les moyens sont bons. Il a même tenté de demander son bateau à un ami pour jeter le corps en mer.

Après tant de détails sordides, le tribunal a maintenant une approche assez complète de cette affaire aux multiples implications. C’est à présent le temps des réquisitions et des plaidoiries.

RR
Le Journal de Mayotte

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