Les citoyens de la Convalescence actifs contre les délinquants

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C’est sur les lieux même de l’agression de la juriste Sanya Youssouf, dans les locaux du Cabinet mahorais de Conseil à Convalescence (Mamoudzou), que s’est tenue la première réunion du COSEM sur le dispositif « Voisin vigilant ». En présence du Commissaire de police, auquel les habitants ont pu adresser leurs doléances.

Elad Chakrina et le commissaire Philippe Miziniak
Elad Chakrina et le commissaire Philippe Miziniak

« Je suis COSEM, je sécurise Mayotte »… La violence de l’agression qui s’était déroulée en pleine journée vers 11h30, avait choqué l’avocat Elad Chakrina, alors présent sur les lieux. Il a donc décidé d’initier le COSEM, et avec Sanya Youssouf elle-même, ils avaient convié ce samedi un conseil de quartier, invité le commissaire de police Philippe Miziniak : « l’objectif est de mettre en place le dispositif voisins vigilants un peu partout sur Mayotte, en lien avec les forces de l’ordre », expliquait l’avocat.

C’est avant tout la passivité face à la délinquance qui est combattue. L’échange d’information par les habitants et vers la police était d’ailleurs l’un des points de l’exposé du commissaire Miziniak : « les voisins nomment un référent, chargé de joindre le Commissariat en cas de problème. »

Un dispositif qui a été tenté avec plus ou moins de succès depuis 2013 à Mayotte comme le rappelait le fonctionnaire de police : « aucun véritable bilan n’a été dressé, mais les déménagements fréquents à Mayotte ne penchent pas en faveur d’un référent stable. » Un habitant évoquait le temps de réaction des policiers, « nous ne pouvons pas mettre en service plus de 4 patrouilles la nuit, et 8 en journée. Nous manquons de moyens, surtout au regard de la surveillance que nous demandent les établissement scolaires, gourmande en effectif », plaidait-il. Une spécificité de Mayotte qui aurait donc besoin de renfort en hommes.

Interpeller l’auteur des faits, « mais ne pas se faire justice soi-même »

Les habitants du quartier, entre Convalescence et l'église protestante
Beaucoup de questions des habitants du quartier, entre Convalescence et l’église protestante

Un point positif malgré tout selon le commissaire : le temps d’attente moyen au standard s’est amélioré, « de 11 minutes et demi à dix minutes ».

Ne pas hésiter à appeler le 17 lors de rassemblement régulier d’une bande, « à la sortie de bureaux ou de fermetures de magasins par exemple », et interpeller au besoin l’auteur des faits, « sans se mettre en danger », mettait-il en garde.

Et surtout, « sans se faire justice soi-même. Ce fut l’écueil du Comité de quartier à Mtsapéré, dont les membres sont intervenus à 3h du matin au domicile d’un jeune soupçonné d’être l’auteur d’un vol de portable, sans nous avertir. » Un ange passe au sein de l’assemblée de voisinage où les critiques à propos des mineurs relâchés après leur interpellation allaient bon train avant le début de la réunion. « Ce même comité avait empêché un motard de prendre un sens interdit, qui l’a mal pris », insistait le commissaire Miziniak.

Délation ou protection ?

Sanya Youssouf, référente du Comité de quartier
Sanya Youssouf, référente du Comité de quartier

Mais les habitants demandent des comptes : un homme explique avoir appelé la police après avoir constaté que son scooter volé était stocké proche d’un banga, « la police m’a répondu de pas pouvoir intervenir de nuit… « Le lendemain mon scooter était parti à Anjouan ! », déplorait-il.

Informer la police c’est bien, mais le risque d’être considéré comme un délateur est fréquemment évoqué par les Mahorais, alors qu’il s’agit de se positionner du bon côté de la loi, « et de dénoncer les auteurs d’infractions pénales », expliquait le commissaire.

L’environnement est souvent responsable des conditions dans lesquelles se déroulent les cambriolages ou les agressions : éclaircir les zones en élagant, en rétablissant l’éclairage public, est aussi indispensable. « Je constate une réelle prise de conscience de la mairie actuellement puisque nous avons fait récemment le tour de la ville avec leurs services pour dresser un inventaire des lieux à problèmes, comme le rond point du Baobab ou la Route du Stade. »

Des policiers au frais

Sur ce sujet des abords de leur quartier, les habitants de Convalescence ont tous quelque chose à dire, du banga sauvage en construction, aux ruines de bâtiments de la SIM (Société Immobilière de Mayotte), « qui servent de planque à proximité de nos maisons, voire de commerce la drogue ».

La question sur l’application de lois « qui pourraient sembler peu adaptées à Mayotte », était posée. « L’ordonnance de 1945 privilégie l’éducatif au répressif », rappelle le commissaire Miziniak, « la prison n’est pas la solution miracle. » L’implication pénale des parents de mineurs est systématique, nous avait indiqué le procureur, mais la saisie de biens qui marquerait les esprits, encore rare. Surtout que Mayotte bat des records, « avec la proportion de mineurs délinquants, rapportée à leur population, plus élevée que la moyenne nationale », rapporte le policier.

Une habitante s’interrogeait sur les rondes des policiers, « qui restent au frais dans leur 4X4 sous les yeux des jeunes délinquants. Ne peuvent-ils pas sortir ? ». Le commissaire reconnaissait qu’une meilleure formation des policiers était nécessaire.

Le but de l’après-midi était atteint : les habitants ont échangé leurs coordonnées, et ont pu faire remonter leurs doléances. Il ne leur reste plus qu’à être actifs, dans les limites de la loi.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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