Enfance en danger : les élus Mahorais sollicitent le Défenseur des droits

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Une délinquance des mineurs qui a explosé ces dernières années

Le fait est assez rare pour être mentionné : Mayotte vient de parler d’une seule voix de ses enfants en danger au Défenseur des droits. Une situation où la coresponsabilité de l’Etat incite Jacques Toubon à interpeller un Premier ministre déjà au fait de la situation. Et à se déplacer à Mayotte.

Issa Abdou avec Manuel Valls dans l'hémicycle du conseil départemental de Mayotte
Issa Abdou avec Manuel Valls dans l’hémicycle du conseil départemental de Mayotte

Jacques Toubon recevait ce mercredi le président du conseil départemental, Soibahadine Ibrahim, accompagné de son vice-président Issa Abdou, pour évoquer le sort des mineurs isolés sur le territoire. Les ont rejoint dans un deuxième temps les quatre parlementaires (une des seules causes qui les aura réunis) : les députés socialistes Ibrahim Aboubacar et Boinali Saïd, et les sénateurs Thani Mohamed Soilihi, socialiste, et Abdourahamane Soilihi, Les Républicains.

Se retrouver devant le Défenseur des droits lorsqu’on représente un département réputé laxiste en matière de prise en charge de sa jeunesse, aurait pu se transformer en épreuve du feu… « Nous ne sommes pas là pour donner des leçons », les a immédiatement rassurés Jacques Toubon. D’autant plus que le préfet de Mayotte Seymour Morsy, était passé par là quelques jours auparavant pour évoquer auprès du Défenseur des droits la bonne volonté de la nouvelle équipe à la tête du département.

Il n’en demeure pas moins que le conseil départemental était attendu sur la partition à jouer pour prendre en charge ses mineurs isolés.

Trois pistes de travail

Des mineurs laissés à eux-mêmes
Des mineurs livrés à eux-mêmes

Avant toute chose, et pour expliquer la situation d’inertie du département en matière de social, Issa Abdou expliquait être en attente du rapport de l’IGAS (Inspection générale des Affaires sociales), portant sur la Direction de la Solidarité et du Développement social du département et ses éventuels dysfonctionnements.

Ensuite, et puisqu’il faut partir d’un constat, Issa Abdou va se baser sur les chiffres issus de plusieurs études, « entre 2.700 mineurs isolés, selon l’Observatoire départemental de la Protection de l’Enfance en danger, et 3.500 selon le rapport Guyot ».

Les élus mahorais ont donc avancé au Défenseur des droits trois pistes de travail : les 76 familles d’accueil qui prennent actuellement en charge 350 mineurs, seront renforcées en compétence et en nombre, « pour passer à une centaine », les associations comme Tama, la Croix Rouge ou le village d’Eva seront agréées, notamment sur des centres d’activité de jour, et enfin, des foyers fermés pourraient être programmés.

Jacques Toubon à Mayotte

Jacques Toubon ©defenseurdesdroits.fr
Jacques Toubon ©defenseurdesdroits.fr

C’est ce dernier point qui a toujours fait polémique au sein du conseil départemental. D’une part parce qu’il est la résultante d’une immigration clandestine considérée comme prérogative de l’Etat, ensuite parce qu’il demande des investissements conséquents, « les fonds européens y seront consacrés », sans savoir comment sera assuré le fonctionnement. Enfin, pour le risque d’appel d’air qu’il risque de susciter : « nous pourrons accueillir 30 enfant par foyer, et espérons en prendre 65 en charge d’ici la fin de notre mandature. Mais nous raisonnons à chiffre constant, alors que les arrivées continueront. »

Sensibilisé sur ce sujet, Jacques Toubon a indiqué qu’il allait solliciter sur cette mission régalienne Manuel Valls qui n’a lors de sa visite, fait aucune annonce sur ce sujet.

Autre engagement du Défenseur des droits, celle de se rendre à Mayotte, « juste après la venue de deux de ses représentantes en septembre », rapporte Issa Abdou.

Parmi les pistes observées par le conseiller départemental, celle d’une circulaire Taubira qui fait jouer la solidarité nationale en matière de prise en charge des mineurs d’un département à l’autre, « mais Mayotte en est exclue ». Sur ce sujet, Thani Mohamed mettait en garde contre le risque de dépaysement pour les enfants.

Une objection à intégrer pour Issa Abdou, « mais nous devons explorer toutes les pistes. On l’a vu, le statu quo est la pire des solutions ».

C’est la première fois que Mayotte parlait d’une même voix. Sans lui enlever de sa pertinence, rappelons tout de même que le Défenseur des droits ne peut émettre que des recommandations, sans véritables leviers à sa disposition, autre que médiatiques.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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